La Yaris: une déception signée Toyota

Héritière directe de la Toyota Echo, elle-même la descendante de la Tercel, la Yaris n’a pas que des défauts: sa ligne est plutôt sympathique, et son habitacle est truffé d’astuces pratiques.
Photo: Héritière directe de la Toyota Echo, elle-même la descendante de la Tercel, la Yaris n’a pas que des défauts: sa ligne est plutôt sympathique, et son habitacle est truffé d’astuces pratiques.

C'est devenu un lieu commun: les termes qualité, fiabilité et valeur de revente riment, dans la bouche de bien des gens, avec le nom Toyota. Même de parfaits néophytes de la chose automobile, qui ne sauraient faire la différence entre une Jaguar et une Lada, même si elles leur passaient sur le corps, savent cela, et le répètent avec assurance à qui veut bien écouter leurs doctes recommandations. Suivant cette logique, la sous-compacte Toyota Yaris devrait automatiquement être couronnée reine de sa catégorie, mais, comme l'ont révélé les essais successifs d'une version berline et d'une version à hayon ouvrant de cette voiture, on est bien loin du compte!

À l'instar de la thèse du réchauffement global, ou de la théorie de Darwin, il est de ces certitudes qu'il vaut mieux ne pas contester, au risque de passer pour un hérétique, un ignare ou, simplement, pour un demeuré. Ainsi, quiconque s'inscrit en faux en osant insinuer que les produits Toyota ne seraient pas la hauteur de leur réputation de qualité inattaquable, ou de fiabilité à toute épreuve, risque de subir l'opprobre d'une horde de fanatiques de la marque, conditionnés par trois décennies de voitures ternes, mais aussi infaillibles qu'irréprochables sur le plan mécanique.

Confession d'un hérétique

Mais je me dois, ici, d'affirmer ma dissidence en lançant un gros pavé dans la mare: la Toyota Yaris est une voiture peu recommandable qui fait pâle figure par rapport à ses principales rivales de chez Nissan et Honda mais, aussi, celles de chez Hyundai et de chez Kia. Il y a d'abord le prix, car la Yaris est très chère pour ce qu'elle offre. Ensuite, il y a son petit moteur 4 cylindres de 1,5 L qui, bien que frugal, se révèle, à l'usage, être un compagnon de voyage grincheux, désagréable, et bruyant. Mais il y a pire: le comportement routier n'inspire pas confiance. En fait, il n'inspire rien qui vaille. Par ailleurs, mentionnons que le très respecté Consumer Report américain, habituellement favorable, voire élogieux, avec l'ensemble des produits Toyota a choisi de ne pas placer la Yaris sur sa liste de véhicules recommandés.

Héritière directe de la Toyota Echo, elle-même la descendante de la Tercel, la Yaris n'a pas que des défauts: sa ligne est plutôt sympathique et son habitacle est truffé d'astuces pratiques. La berline arrive même à intégrer harmonieusement son volumineux coffre arrière. Saluons ce progrès, car on peut se souvenir de l'Echo berline dont le coffre semblait être une idée de dernière minute, soudé maladroitement à la coque à la fin de la ligne d'assemblage. D'ailleurs, si l'on songe transporter des bagages, il faut opter pour la version berline, car les versions à hayon ouvrant, trois ou cinq portes, n'ont vraisemblablement pas prévu d'espace à cet effet. L'intérieur offre bien de multiples espaces de rangement, dont trois boîtes à gants (!), mais il faudra choisir entre les passagers arrière ou des valises. L'aménagement de l'habitacle reprend l'approche ludique déjà présente dans l'Echo: de gros boutons de contrôle qui font un peu jouet, ainsi qu'un tableau de bord simpliste où les instruments sont situés au centre, près du pare-brise. Ce n'est pas au goût de tous, mais on finit par s'y habituer... On ne peut pas dire la même chose de la position de conduite, ainsi que des sièges — le terme chaises serait plus judicieux — dont il faut retenir que l'on s'assied dessus et non dedans. Aucun support latéral à l'horizon!

On ne rigole plus

Si l'intérieur de la Yaris peut faire sourire, la rigolade est terminée aussitôt que l'on en prend le volant! Sa tenue de route est inquiétante, et cela est particulièrement vrai pour la version berline. Mis à part l'utilitaire Dodge Nitro, peu de véhicules essayés au cours des dernières années m'ont paru aussi instables et difficiles à contrôler en conduite normale. L'Echo, sa devancière, avait un comportement routier docile, sain et enjoué qui ajoutait beaucoup à la personnalité de cette voiture, mais rien de cela ne subsiste avec la Yaris. La direction est floue et flasque; il n'y a aucune tenue de cap et, sur l'autoroute, on doit constamment corriger la trajectoire afin de ne pas aller labourer la campagne. La voiture ballotte de gauche à droite et paraît très sensible au vent latéral, et ce, même en absence complète de vent. Sur mauvais revêtement, la Yaris sautille et crépite comme une tranche de bacon qui frit dans la poêle. J'ai toujours cru qu'il fallait profondément détester l'automobile et, probablement, se détester un peu soi-même pour choisir de conduire un produit Toyota et, ainsi, s'infliger des années de bagne derrière son volant. Au chapitre du comportement routier, la Yaris repousse le seuil du masochisme exigé des acheteurs traditionnels de la marque.

Avec ses défauts, et malgré quelques qualités, la Toyota Yaris n'est tout simplement pas le meilleur choix de sa catégorie. C'est regrettable, car des constructeurs plus petits, devant affronter des situations financières parfois désastreuses, font beaucoup mieux en concevant des produits plus intéressants pour un prix moindre. On pardonnerait peut-être ses failles à la Yaris s'il s'agissait d'une autre marque. Mais ce n'est pas excusable de la part de Toyota, assise sur un butin de plusieurs dizaines de milliards de dollars et qui ne peut donc pas invoquer un manque de liquidité pour justifier le peu de raffinement de ce produit.

Accepter l'inacceptable?

Pendant longtemps, on a reproché à General Motors, Ford ou Chrysler de ne pas en donner pour leur argent à leurs clients, préférant s'asseoir cyniquement sur leurs lauriers en mettant en marché de voitures de piètre qualité. On connaît la suite: ces géants de l'automobile, aujourd'hui agenouillés et résignés, ont tour à tour dû céder le pas à Toyota, qui aura su se doter, pendant son ascension implacable, de l'image d'un vertueux et courageux challenger venu réparer l'affront en fabriquant des véhicules honnêtes et durables.

Aussi, est-il curieux de constater que Toyota, maintenant parvenu au sommet de la hiérarchie mondiale des constructeurs d'automobiles, se permet de produire des voitures, telle la Yaris, qui tablent sur la réputation de la marque pour faire accepter l'inacceptable à un public crédule. Reste à voir combien d'années cela prendra pour que le mythe de Toyota cesse d'être un dogme absolu pour se transformer en simple légende urbaine.

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FICHE TECHNIQUE - Toyota Yaris Berline et Hatchback

- Moteur : I4 1,5 L

- Puissance : 106 ch / 103 lb-pi

- 0 à 100 km/h : 11,1 s

- Vitesse maximale : 180 km/h

- Consommation : 6,3 L/100 km

- Échelle de prix Berline: 14 530 $ (Manuelle) à 19 825 $ (Gr. Aero - Auto - Clim)

- Échelle de prix Hatchback: 13 725 $ (Manuelle) à 18 400 $ (Auto - Clim)

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