Le récréotourisme est une industrie

Il y a les événements, petits, moyens et grands. Il y a les sites naturels qui sont de toute beauté ou plus ou moins attrayants. Il y a les musées, le patrimoine et la culture. Il y a les hôtels, plus ou moins bien classés, les divers gîtes et les multiples restaurants. Il y a les activités physiques à pratiquer et les corps à dorloter. Et quoi encore? Décidément, le monde «récréotouristique» est bien vaste et il est éparpillé dans les coins et recoins d'un Québec immense. Ces multiples réalités forment un tout.

Normand Legault est le président et chef de la direction du Grand Prix du Canada. Il a été à la barre de sa première course de Formule 1 il y a un quart de siècle, aussi bien dire qu'il circule dans le trafic du «récréotourisme» depuis des lunes. Sachant que le portefeuille du Fonds de solidarité s'élève à 100 millions de dollars dans ce secteur et que Tourisme Québec évalue à 10,6 milliards de dollars les recettes touristiques totales du Québec en 2006, comment arrive-t-il à définir cette réalité économique multidirectionnelle? «C'est une énorme industrie mais qui, pour toutes sortes de raisons, n'est pas perçue comme telle tant par la population que, très souvent, par les intervenants gouvernementaux. C'est peut-être parce qu'elle est extrêmement fragmentée.»

Points de repères et importance

Il s'explique: «Quand on parle de l'aluminium, c'est facile d'énumérer les joueurs sur les doigts d'une main. Par contre, le secteur récréotouristique, ça peut être quelqu'un qui exploite une pourvoirie en Abitibi ou un gîte dans Charlevoix; c'est aussi les bannières des grands hôtels comme Marriott ou Sheraton quand on se promène dans les rues de Montréal, ce qui est facile à saisir dans ce cas.»

«Dans la restauration, il existe là aussi une composante touristique, qui est chiffrée par le ministère même si elle est plus difficile à départager», dit-il, avant de se situer lui-même à l'intérieur de ce secteur d'activité: «Je dis d'emblée, sans faire de mauvais jeu de mots, que je suis un peu dans cette industrie-là par accident, contrairement à l'opérateur des bateaux-mouches sur le fleuve, qui destine son produit en bonne partie à des touristes. Dans le cas d'événements comme les nôtres, que ce soit le Grand Prix, le Festival de jazz ou autres, il y a des visiteurs qui viennent de l'étranger et qui sont forcément des touristes, mais à la base, nous ne sommes pas des "opérateurs" touristiques, mais des gens qui exportons une partie de notre production.»

Il en tire cette conclusion: «On le voit bien. C'est une industrie extrêmement fragmentée et diverse; ce n'est pas un paquet de joueurs avec plus ou moins d'importance, mais ce sont toutes sortes de joueurs à différents "paliers" de l'industrie.» D'où l'importance qu'elle revêt: «Ce n'est pas parce qu'on ne la perçoit pas comme telle qu'elle n'est pas une industrie. Celle-ci crée, pour chaque dollar investi, plus d'emplois que l'aérospatiale ou la construction résidentielle.»

Il importe donc de ne pas considérer le secteur récréotouristique comme une solution de rechange facile dans le cas de certains coups durs économiques, considère M. Legault: «On voit les avantages économiques que ça peut apporter immédiatement, mais on n'est pas trop conscient de ce que cela demande en matière d'investissement en temps et en argent pour procéder à une formation adéquate de la main-d'oeuvre; cette dernière représente un des principaux défis à relever pour en arriver à présenter un produit valable.» Ce à quoi il faut arriver pour cette raison: «C'est une industrie qui est des plus concurrentielle non seulement entre les intervenants et les établissements québécois, mais on est également en concurrence avec l'Ontario et les provinces maritimes.» Et le reste du monde affiche lui aussi ses couleurs.

Sur la scène mondiale

Il est devenu plus difficile aujourd'hui de travailler dans ce domaine: «Le client est plus exigeant parce que, dans de nombreux cas, il voyage plus. Il est davantage en mesure de comparer la qualité du produit et les prix qu'on lui offre. On est très concurrentiel sur ce plan par rapport à Toronto ou à Vancouver, mais il ne faut pas perdre de vue que, en ce qui concerne le tourisme européen, les gens peuvent facilement aller vers l'Asie, où la qualité du produit est sans cesse croissante et les prix, très concurrentiels.»

Dans ce contexte et au fil du temps, le produit touristique québécois est devenu moins authentique ou exotique bien qu'il soit de meilleure qualité: «Pour retrouver cet aspect, il faut diriger les Européens vers Obedjiwan ou Chibougamau, il faut les amener visiter le zoo de M. Pageau à Amos. On doit leur montrer le Québec profond pour qu'ils sentent à nouveau l'aspect de l'authenticité.» Il y a une sorte d'uniformisation qui guette toutes les villes qui visent à être une destination touristique.

Financement et existence

Normand Legault analyse la situation dans laquelle se trouve présentement l'industrie: «Un des obstacles pour cette dernière, c'est le financement. À cet égard, il est important que des organismes comme le Fonds de solidarité investissent dans le récréotourisme parce qu'il est très difficile pour beaucoup de joueurs de trouver du financement dans ce secteur.» Ce manque d'investissement est déplorable: «C'est une industrie qui peut créer beaucoup d'emplois pour les jeunes, particulièrement dans les régions québécoises qui font face au défi de garder ces jeunes dans leur milieu d'origine.»

Il préconise cette orientation: «Je crois qu'il est nécessaire que les milieux financiers fassent preuve d'une ouverture un peu plus large par rapport au financement. Il faut aussi que le gouvernement joue un rôle sur ce plan, que ce soit par l'intermédiaire de programmes incitatifs ou de garanties; il existe différentes façons de faciliter cela, comme on l'a vu avec les régimes d'épargne-actions et les actions accréditées dans le secteur minier. Il y a différents outils qui sont mis à la disposition des gouvernements mais, avant de convaincre les intervenants gouvernementaux de créer ce genre d'outils-là, encore faut-il les convaincre de l'existence même de l'industrie...»
1 commentaire
  • Carole Richer - Inscrite 7 juin 2007 09 h 25

    Industrie du cheap labor

    Il est vrai que le développement touristique des dernières années au Québec laisse présumer qu'il y a là une véritable une industrie. Là où rien ne va plus, c'est au niveau salarial. La plupart des emplois reliés au tourisme (en région) sont des emplois sous-payés, pour une large part occupés par des étudiants ou des gens ayant peu de formation pour qui "Qualité totale" ne veut rien dire. Disons que c'est une industrie qui en est à ses premiers balbutiements.