Un deuxième grand rendez-vous avec l'énergie

Sophie Brochu a profité de sa première grande sortie publique depuis sa nomination, il y a trois mois, comme présidente et chef de la direction de Gaz Métro, pour inviter le Québec à relever le défi de «son deuxième grand rendez-vous avec l'énergie», à savoir réfléchir sur le meilleur moyen de valoriser nos extraordinaires ressources énergétiques et ensuite de passer à l'action.

Mme Brochu donnait une conférence hier devant 500 convives au déjeuner de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Elle vient à peine de célébrer son 44e anniversaire et se situe complètement dans le courant d'une jeune génération qui croit au développement durable tout en adhérant à l'idéal social du Québec s'appuyant sur un système social accessible et efficace, des réseaux d'éducation de qualité et un cadre culturel propice à l'innovation. Toutefois, il y a les finances publiques trop serrées qui freinent la réalisation de nos ambitions les plus légitimes, note-t-elle. Et sa solution? «Le levier économique qui nous permettra de dénouer l'impasse est déjà en place. Il s'agit de la valorisation de l'énergie. Il ne nous reste qu'à activer ce levier en dosant avec doigté l'utilisation d'un ensemble de mesures.»

Trois mesures

Mme Brochu propose donc les trois mesures suivantes: être rigoureux en matière d'efficacité énergétique; tirer profit des énergies renouvelables et des nouvelles capacités de production électrique qui s'ajouteront au réseau dans les prochaines années; et enfin corriger graduellement la tarification de l'électricité utilisée aux fins de la chauffe de l'eau et des bâtiments pour «permettre au gaz naturel de jouer le rôle qui est le sien dans toutes les sociétés industrialisées». Cette dernière mesure, soutient la présidente de Gaz Métro, permettra de libérer graduellement des volumes d'électricité pour des marchés d'exportation qui rapportent gros.

À quel rythme l'augmentation des tarifs d'électricité devrait-elle se faire? Mme Brochu répond qu'il ne lui appartient pas de dire comment cela devrait se faire. Elle affirme cependant que le gel des tarifs pendant plusieurs années fut une erreur, envoyant un mauvais signal aux consommateurs au fur et à mesure que l'écart grandissait entre le coût de cette énergie et son prix de vente aux usagers. Selon elle, le point tournant est survenu en 2004, alors qu'Hydro-Québec s'est vue dans l'obligation d'importer de l'électricité venant de centrales thermiques fonctionnant au charbon ou au pétrole, donc très génératrices de gaz à effet de serre.

«C'est bien d'une correction tarifaire qu'il s'agit et non pas d'un choc tarifaire», précise-t-elle. Jusqu'à maintenant, selon elle, les hausses de tarifs approuvées par la Régie de l'énergie peuvent être considérées comme «un mini-choc». Le plus important, fait-elle valoir, est de sensibiliser le consommateur au coût réel de l'électricité, par exemple en indiquant sur la facture les coûts de l'électricité, selon leur provenance, au lieu de n'avoir qu'un mélange des coûts en un seul prix affiché qui cache la réalité. Au sujet du bloc patrimonial établi par une loi à un prix de 2,79 le kWh, la présidente de Gaz Métro a fait cette remarque: «Curieusement, la tarification subventionnée de l'électricité qui s'est installée au fil des ans nous a plongés dans un état profondément individualiste. À cela s'ajoute une relation désabusée avec l'État. Résultat: chacun préfère en son for intérieur avoir l'argent dans sa poche plutôt que de laisser à l'État la responsabilité de redistribuer la richesse collective là où ce serait le plus profitable. Au pays de l'universalité, nous avons décidé de saupoudrer la subvention même auprès de ceux qui n'en ont absolument pas besoin. Nos tarifs favorisent dès lors les plus riches, qui utilisent beaucoup plus d'énergie et qui auraient pourtant les moyens de payer le coût réel de leur choix de consommation.»

Remplacer l'électricité par le gaz naturel pour chauffer les maisons ne veut pas dire arracher les plinthes électriques des maisons existantes, rassure Mme Brochu, qui pense surtout à l'avenir et aux 200 000 habitations qui seront construites au Québec d'ici à 2015. Sur un horizon de 10 ans, c'est jusqu'à 4 TWh qu'une meilleure pénétration du gaz naturel dans le secteur résidentiel pourrait dégager, ce qui pourrait représenter 250 millions de revenus supplémentaires par année provenant des exportations d'Hydro-Québec.

Mais le gaz naturel ne génère-t-il pas des gaz à effet de serre? Oui, répond la présidente, mais trois ou quatre fois moins de façon nette, en prenant en compte l'électricité supplémentaire qu'on vendrait aux États-Unis, réduisant d'autant le recours aux centrales thermiques.