Conseil des syndicats nationaux - Le droit de négocier est un acquis

La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, est très préoccupée par les grandes crises qui secouent certains secteurs vulnérables de notre économie, comme le bois, le papier, la production porcine et bien d’autres encore.
Photo: Jacques Nadeau La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, est très préoccupée par les grandes crises qui secouent certains secteurs vulnérables de notre économie, comme le bois, le papier, la production porcine et bien d’autres encore.

On sent l'urgence d'agir à la CSN. À la suite de la récente décision du Bureau international du travail (BIT) condamnant le décret du gouvernement Charest qui a imposé les conditions de travail à 500 000 travailleurs du secteur public québécois en 2005, les Québécois doivent reconquérir leur droit de négocier.

La décision du BIT a été rendue à la fin mars. Elle est sans équivoque. Le projet de loi 142, adopté sous le bâillon et devenu la loi 43, va à l'encontre des conventions internationales du travail dont le Canada et, par conséquent, le Québec sont signataires. «Le BIT, ce n'est pas un repère de gauchistes, mais l'institution spécialisée du système de l'ONU dans les questions relatives au monde du travail, précise d'abord la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau. Ce n'est pas rien, cette décision. C'est même la première fois que le BIT est aussi clair.»

Le BIT prie le gouvernement de Jean Charest d'amender la loi 43 pour la rendre conforme aux conventions 87 sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical et 98 sur le droit d'organisation et de négociation collective. Il demande également au gouvernement de revoir le régime de négociation de manière à rétablir la confiance de toutes les parties et d'y inclure des processus de conciliation, de médiation et d'arbitrage. Le BIT va encore plus loin et recommande au gouvernement de ne pas attendre à la prochaine négociation pour relancer le dialogue.

Reconquérir le droit de négocier

La CSN n'a pas l'intention de laisser cette décision tomber dans l'oubli. «Les effets de cette loi sont carrément désastreux, notamment sur la rémunération et le pouvoir d'achat des salariés de l'État. De plus, ces réalités portent atteinte à la capacité du secteur public d'attirer des travailleurs et c'est particulièrement inquiétant dans le contexte actuel de pénurie et de vieillissement de la population», indique Mme Carbonneau.

La CSN se sent investie d'une mission importante d'interpeller le gouvernement et les partis d'opposition à ce sujet. «Nous devons véritablement reconquérir notre droit de négocier. Ce qui s'est passé est en dehors de tout droit démocratique. C'est certain que nous savons que le gouvernement ne viendra pas s'excuser et nous demander de recommencer au début. Toutefois, cette question n'a pas seulement une valeur morale. On ne peut pas signer des traités internationaux et les violer comme ça, sans en faire de cas», soutient la présidente.

Claudette Carbonneau est convaincue que les partis ne peuvent pas attendre les prochaines négociations de 2010 pour se reparler. «Ce n'est pas une façon de gérer un État démocratique!»

Pour un changement de stratégie pour l'emploi

La CSN est très préoccupée par les grandes crises qui secouent certains secteurs vulnérables de notre économie, comme le bois, le papier, la production porcine et bien d'autres encore. «Au Québec, 250 municipalités sont monoindustrielles. La population est directement touchée par ces crises, qui sont de véritables drames humains», déplore Mme Carbonneau.

Elle croit que le Québec doit adopter une tout autre stratégie que celle de la baisse des salaires pour être concurrentiel dans un contexte de mondialisation. «Les travailleurs chinois gagnent 64 cents l'heure. Je regrette, mais il n'y a pas un chat ici qui est capable de les battre en matière de bas salaires et de mauvaises conditions de travail.»

C'est plutôt en investissant dans la formation des employés, dans l'innovation et dans le renouvellement du parc technologique que les industries québécoises tireront leur épingle du jeu, selon Mme Carbonneau. «Dans le domaine du papier, notre compagnie la plus "à jour" se trouve à Windsor et ses équipements datent de 1987! Si on regarde les équipements de nos scieries, comparativement à ce que l'on retrouve en Colombie-Britannique, nous sommes à l'âge de pierre. Nos industries doivent s'adapter et s'en sortir par le haut, plutôt que par le bas», croit-elle.

Système de santé public en danger

La protection de notre système de santé public demeure également l'un des dossiers prioritaires de la CSN. «Le contexte dans lequel se retrouve actuellement le système de santé est très inquiétant. Le jugement Chaoulli ouvre dangereusement la porte au privé», dénonce Mme Carbonneau.

La CSN considère que la question de la place du privé dans notre système de santé doit être débattue au sein de notre société. La grande organisation syndicale souhaite jouer un rôle actif dans le domaine de l'éducation de la population. «On tente de faire croire aux gens que le privé n'est pas menaçant, que les syndiqués n'auront pas à s'inquiéter, qu'ils pourront bénéficier d'un régime d'assurance privé, alors que ça coûterait les yeux de la tête! La plupart des salariés n'auraient tout simplement pas les moyens de s'offrir une couverture adéquate», s'inquiète la présidente.

Claudette Carbonneau constate que ce n'est pas de la qualité des soins que se plaint la population, mais bien de leur accessibilité. «Nous sommes en situation de pénurie de main-d'oeuvre. Nous devons nous demander comment arriver à améliorer la situation.» La présidente de la CSN croit que le problème d'accessibilité ne peut certainement pas être réglé en réduisant les salaires des travailleurs du secteur de la santé. Elle croit plutôt que le Québec doit investir des fonds nouveaux. «L'argent que nous venons de récupérer d'Ottawa pourrait servir à redonner de l'oxygène à nos systèmes publics de santé et d'éducation, mais il semble que le gouvernement en place en ait décidé autrement. Il baissera les impôts, ce qui, malheureusement, aura un impact insignifiant sur la vie des gens.»

Enfin, Mme Carbonneau voit dans l'élection d'un gouvernement libéral minoritaire un ras-le-bol évident de la population. Elle croit que l'ADQ a bénéficié de l'avantage de n'avoir jamais été au pouvoir, mais elle incite Mario Dumont et ses troupes à être prudents. «La population a manifesté son insatisfaction, mais je suis loin d'être convaincue qu'en ce qui a trait aux valeurs fondamentales, on assiste à un véritable revirement de la population. Le privé n'est pas une solution si on souhaite le bien commun et nous nous lancerons dans de grandes campagnes pour en faire la démonstration concrète.»

Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • Moreau J-F - Inscrit 30 avril 2007 09 h 21

    Des enfant gâtés

    Madame Charbonneau,

    Vous nous faite quier avec vos propos. Vous avez des conditions rêvés alors cessez de pleurnicher et faites en sorte que notre système publis soit plus productif et plus efficient.

    Le B.I.T. mon oeil! Que le Bureau internation du travail donne son opinion, ça vaut quoi??? À genève, ils ont des usine qui ferment??? Des travailleurs âgés sans espoir autre que de travailler au Wal-Mart et chez McDo???

    Notre socièté est malade et que le marché du travail est de plus en plus restreint. Alors quand on a la sécurité d'emploi avec avantages sociaux et fond de retraite et que le reste de la province peine à travailler ou à garder son emploi dans des conditions de plus en plus précaires, on arrête de se regarder le nombril, on de se décentre de sur soi et on fait sa part. Essayez-donc de vous reconnecter sur la vie SVP.

    Merci