Lacroix veut faire témoigner son délateur

L'ancien président de Norbourg, Vincent Lacroix, veut faire témoigner celui qui l'a épaulé pendant plusieurs années avant de le dénoncer auprès des autorités à l'été 2005, a-t-il indiqué hier lors d'une audience préliminaire devant un juge de la Cour du Québec.

À moins d'un mois de son procès, M. Lacroix semble déterminé à faire en sorte qu'Éric Asselin, l'ancien directeur des finances dont l'acte de délation s'est fait en contrepartie d'une immunité avec la GRC et l'Autorité des marchés financiers (AMF), vienne à la barre des témoins.

Devant le juge Claude Leblond, qui présidera le procès, M. Lacroix a affirmé hier que M. Asselin avait fait un certain nombre de déclarations depuis l'éclatement du scandale en août 2005. «J'ai des questions à lui poser», a dit l'ancien président de Norbourg, qui fait face à 51 chefs d'accusation en vertu de la Loi sur les valeurs mobilières.

Tout comme la veille, les avocats de l'AMF ont affirmé hier qu'il n'apparaît pas absolument essentiel, pour eux, de convoquer M. Asselin à la barre des témoins.

Éric Asselin, dont le séjour chez Norbourg avait été précédé d'un passage à la Commission des valeurs mobilières (l'ancêtre de l'AMF) en qualité d'enquêteur, n'a rien dit depuis août 2005 à l'exception d'une déclaration d'innocence en février. Se trouvant malgré lui au centre de certaines informations, il avait alors rencontré la presse avec un avocat pour nier toute responsabilité dans l'affaire.

Bien qu'il soit épargné par les autorités, M. Asselin est poursuivi par le syndic RSM Richter pour 800 000 $. Le syndic allègue que M. Asselin, de par son poste de directeur financier, était littéralement au coeur des multiples inconduites chez Norbourg.

L'affaire Norbourg porte sur un présumé détournement de fonds de 130 millions de dollars. Environ 8200 personnes ont été flouées. Puisque la GRC enquête elle aussi, il pourrait un jour y avoir des accusations de nature criminelle. Un recours collectif est également en marche.

Procès juste et équitable

M. Lacroix est en train de déposer des requêtes pour contester divers aspects des procédures entreprises contre lui. Hier, il s'est attaqué aux déclarations faites à son sujet par les autorités, déclarations qui, selon lui, empêcheront la tenue d'un procès «juste et équitable». L'ancien président de Norbourg en veut particulièrement au p.-d.g. de l'AMF, Jean St-Gelais, à l'ex-ministre des Finances, Michel Audet, et aux membres d'une récente commission parlementaire sur la protection des épargnants.

Selon Vincent Lacroix, les multiples déclarations de M. St-Gelais au sujet de l'affaire Norbourg, pour ne nommer que celles-là, sont inacceptables dans la mesure où elles semblent conclure à la culpabilité de M. Lacroix sans aucun procès. Il déplore également que les personnes qui ont participé à la commission parlementaire se servaient entre autres du mot «scandale».

Un des avocats de l'AMF, Me Éric Downs, a fait valoir qu'on ne peut pas empêcher les instances concernées de commenter une situation aussi grosse que celle de l'affaire Norbourg.

«On ne peut pas arrêter la Terre de tourner juste parce qu'il y a un procès pénal qui s'en vient contre une personne en particulier, a dit Me Downs. On ne peut pas empêcher les médias de parler de Norbourg. On ne vit pas dans un monde désincarné où on ne peut pas parler des accusations portées contre une personne.»

M. Lacroix, qui n'a toujours pas d'avocat malgré quatre tentatives pour s'en faire payer un, s'est alors lancé dans un plaidoyer sur le rôle et l'impact de la presse québécoise. «La médiatisation de l'ensemble des événements dans le dossier Norbourg a contaminé le processus», a-t-il dit. Allant plus loin, M. Lacroix a alors avancé que le juge lui-même, lors d'une récente audience, semblait avoir été influencé par les médias. «Lors du témoignage d'un employé du syndic Ernst & Young, vous lui avez posé une question au sujet du collier [que M. Lacroix a jadis acheté à sa femme]», a lancé M. Lacroix. Piqué au vif, le juge a rapidement ramené M. Lacroix à l'ordre, lui signalant que l'achat du collier était mentionné noir sur blanc dans son jugement de faillite rendu l'an dernier par la Cour supérieure et que c'est M. Lacroix qui a fait inclure ces documents dans le présent procès. Disant ne pas vouloir «mettre en cause l'intégrité de la magistrature», M. Lacroix a affirmé que la couverture médiatique de l'affaire Norbourg avait joué un rôle dans le processus de sa mise en faillite en Cour supérieure l'an dernier et qu'il craignait la même chose cette fois-ci. Pour cette requête qui demande ni plus ni moins un arrêt de procédure, le juge entend se prononcer le 2 mai.

M. Lacroix semble viser le dépôt de cinq requêtes. Il en a aussi déposé une pour obtenir certains documents internes de l'AMF et pourrait en déposer une autre pour contester les mandats de perquisition du 25 août 2005.

Le juge en a déjà rejeté deux. Jeudi, il a rejeté celle demandant la tenue d'un procès avec jury, que M. Lacroix estimait plus juste à son égard.

Hier, il a rejeté celle demandant à l'AMF de préciser davantage les chefs d'accusation qu'elle a portés contre M. Lacroix.

En raison du travail que nécessitera le traitement des diverses requêtes d'ici le procès, les parties ont convenu hier que le procès débutera le 9 mai, et non le 7 mai.

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