Emprunts immobiliers - Les sociétés de crédit américaines plus souples

New York — Victimes du retour de manivelle de leur politique des années passées, les sociétés de crédit américaines préfèrent désormais renégocier le remboursement des emprunts immobiliers avec les clients en difficulté, plutôt que de saisir les logements et de risquer ainsi l'effondrement de tout un système financier.

Pendant des années, des emprunts ont été accordés à des particuliers pourtant insolvables. Résultat, le nombre des saisies a fortement augmenté aux États-Unis, ce qui entraîne une dépréciation de l'immobilier. Une maison saisie perd de la valeur, plus encore si les autres habitations autour sont dans le même cas.

Selon ECM Mortage Corporation, un des grands établissements de crédit américains, une saisie provoque en moyenne une perte de 40 % sur la valeur d'un prêt, sans compter les taxes et frais divers liés à l'opération. Si le crédit est accordé dans le cadre d'un contrat s'appuyant sur des valeurs boursières, l'investisseur y perd. Tout comme les établissements assurant la garantie financière des sociétés de crédit, qui se rémunèrent normalement sur une partie des intérêts perçus.

En définitive, «plus la perte globale a des risques d'être élevée et plus nous sommes souples», explique Larry Litton, président de Litton Loan Servicing, une société de crédit de Houston. «Nous pouvons renoncer à des arriérés qui nous sont dus. Et dans les situations extrêmes, nous pouvons même effacer la dette principale, si c'est nécessaire», ajoute-t-il.

Les sociétés de crédit et les instituts financiers assurant leur couverture n'ont rien de mécènes, mais partent désormais de ce principe: mieux vaut renégocier que risquer que tout perdre.

ECM a ainsi mis en place une équipe spéciale de 50 personnes, chargées de passer le temps nécessaire au téléphone avec les clients en difficulté, pour les aider à rééchelonner leurs crédits et leur proposer des solutions de remboursement adéquates.

«On ne peut pas faire marcher cela comme un centre d'appel. Il faut que ça fonctionne comme un centre de conseil», souligne John Vella, PDG d'EMC. D'autant plus que la société enregistre 2,1 milliards $ de crédits nom remboursés, représentant 2,74 % de son portefeuille contre 1,93 % en 2006.

Depuis longtemps déjà, la possibilité existe de renégocier un crédit dans des cas graves comme une perte d'emploi, un divorce ou un décès familial. Aujourd'hui, les principales sociétés du secteur encouragent leurs clients à prendre contact avec elles au moindre problème.

La moitié des personnes faisant l'objet d'une saisie n'ont jamais parlé avec leur banquier avant de perdre leur logement et beaucoup auraient pu modifier leur prêt avec un peu d'aide, note Colleen Hernandez, présidente d'une association de défense des propriétaires. «C'est tragique. Nous pouvons aider beaucoup plus de gens». De fait, le numéro spécial mis en place par l'association ne cesse de recevoir des appels: 300 par jour, contre 75 au premier trimestre 2006.

Les associations de défense des consommateurs ont réclamé un moratoire de six mois pour les saisies résultant de prêts accordés à des personnes pourtant peu solvables.

Larry Litton renégocie aujourd'hui 1.000 emprunts immobiliers par mois, contre 300 à 400 il y a six mois. Larry Vella, le p.-d.g. d'ECM, espère atteindre prochainement le chiffre de 2000, contre 500 il y a six mois.

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