Teachers veut augmenter sa part dans BCE

Toronto — Le régime de retraite des enseignants de l'Ontario, mieux connu sous le nom de Teachers, serait en train de tâter le terrain afin de prendre le contrôle de BCE, le géant canadien des télécommunications.

La rumeur a fait bondir le titre de BCE à Toronto. À la clôture, hier, il s'était apprécié de 1,59 $, ou 4,9 %, à 34,23 $.

«Si Teachers décide de passer à l'action, les gestionnaires [de BCE] n'y pourront rien», a expliqué le professeur George Athanassakos, de l'Université de Western Ontario.

Les titres de BCE sont détenus par tellement d'actionnaires que les gestionnaires devront trimer dur s'ils décident de s'engager dans une course aux procurations, a-t-il ajouté. «La question n'est pas de savoir "si" ça va se produire, mais "quand", a-t-il dit au sujet d'une prise de contrôle éventuelle de BCE. Je pense que les actionnaires ont été très patients avec les gestionnaires de BCE. Ils leur ont donné le bénéfice du doute à plusieurs reprises, mais je pense que leur patience est épuisée.»

Teachers est le principal actionnaire de BCE, une entreprise cotée à la Bourse de Toronto, mais aussi à celle de New York.

Selon diverses sources citées par des journaux torontois hier, Teachers, qui gère les rentes de 271 000 enseignants et retraités de l'enseignement ontariens, aurait approché la firme américaine Providence Equity Partners pour constituer une offre de 40 $CAN l'action, pour un total de 32 milliards $CAN, afin d'acquérir BCE.

Selon les informations qui circulent, la caisse de retraite serait contrariée de voir que son investissement dans BCE stagne depuis des années. Teachers serait déterminé à mener la privatisation du capital de BCE.

À la fin mars, des rumeurs ont aussi circulé voulant qu'une autre firme américaine, Kohlberg Kravis Roberts (KKR), était intéressée à prendre le contrôle du géant canadien des télécommunications. La valeur des actions de BCE avait alors soudainement bondi.

Dans un document officiel remis aux autorités américaines en valeurs mobilières, Teachers laisse entendre qu'il pourrait être intéressé à augmenter sa participation actuelle de 5,3 % dans la maison mère de Bell Canada.

Si le régime précise dans ce document qu'il n'est pas en train de procéder à une acquisition de BCE avec KKR, il laisse toutefois un indice à l'effet qu'une prise de contrôle soit possible, a commenté Jeffrey Fan, un analyste de UBC Securities.

Selon l'analyste, le fait que le régime de retraite, qui se réserve le droit de changer ses projets à tout moment, modifie ses déclarations aux autorités américaines en passant du niveau 13G à 13D en environ deux mois, témoigne de son intention d'entamer une transaction ou de participer à une transaction avec BCE.

Le règlement 13G de la Loi américaine sur les valeurs mobilières s'adresse aux investisseurs dits «passifs» qui détiennent plus de 5 % du capital-actions d'un émetteur et qui peuvent assurer qu'ils n'ont pas l'intention d'influencer le contrôle de l'émetteur en question. Pour sa part, le règlement 13D s'adresse à tout détenteur de plus de 5 % des actions d'un émetteur qui pourrait entamer des procédures de prise de contrôle de cet émetteur.

Il y a deux semaines, le régime ontarien annonçait que son actif net avait augmenté, passant de 96,1 milliards en 2005 à 106 milliards en 2006.

Claude Lamoureux, président et chef de la direction de Teachers, a récemment affirmé qu'avec une proportion grandissante d'enseignants retraités par rapport aux enseignants actifs, ainsi qu'un rythme de cotisation qui est dépassé par le rythme de versement des prestations, il n'est désormais pas prudent d'exposer davantage la caisse à la volatilité des marchés des capitaux. Le régime, affirmait-il, est à la recherche de moyens de créer de la valeur qui comportent peu de risques.

Toutefois, jusqu'ici, la direction de BCE, une entreprise dont le siège est à Montréal, a publiquement affirmé qu'elle n'était pas à vendre, ce qui aurait dissuadé Teachers et Providence de déposer une offre formelle. Les discussions avec BCE n'auraient été qu'informelles.

Entre-temps, le New York Times écrivait, également hier, que le régime de retraite ontarien aurait aussi approché la Caisse de dépôt et placement du Québec et l'Office d'investissement du Régime de pension du Canada afin de former un consortium pour acquérir BCE.

Un porte-parole de la Caisse a toutefois nié que l'organisme soit mêlé à des discussions au sujet de BCE.

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