Accélération de la mondialisation - Le poids relatif des revenus des travailleurs a reculé dans les pays développés, admet pour la première fois le FMI

La mondialisation a globalement bénéficié aux travailleurs des pays développés. Un écart se creuse toutefois entre la croissance de l'économie et celle, moins rapide, de leur salaire, admet aujourd'hui le Fonds monétaire international. Aussi est-il urgent que leurs gouvernements adoptent de meilleures politiques de redistribution.

Le poids relatif des revenus des travailleurs a reculé dans les économies avancées avec l'accélération de la mondialisation, a reconnu pour la première fois aussi clairement le FMI dans un rapport rendu public la semaine dernière. Le recul en 25 ans a été en moyenne de près de sept points de pourcentage, les revenus totaux des travailleurs ne représentant plus que 62 % du produit intérieur brut (PIB) des pays en 2005, alors qu'ils étaient encore à environ 69 % en 1980.

«Le recul a été plus important dans les pays européens et dans les secteurs de l'économie faisant appel à une main-d'oeuvre non qualifiée», précisent les auteurs du document d'une trentaine de pages intitulé «La mondialisation de la main-d'oeuvre». Le document est en fait un extrait de la future édition 2007 des Perspectives de l'économie mondiale du FMI qui a été dévoilé en prévision de sa réunion printanière des ministres des Finances durant la fin de semaine prochaine.

L'entrée en scène notamment des économies de la Chine, de l'Inde et des anciens pays du bloc soviétique a considérablement changé le visage de l'économie mondiale, y notent les auteurs. Elle a fait quadrupler en 20 ans sa population active effective. Cette population pourrait encore doubler d'ici 2050. «Les pays avancés puisent dans ce vivier croissant de main-d'oeuvre au moyen de l'importation de produits finis, de la délocalisation et de l'immigration», dit le rapport.

Ce phénomène a permis, dans l'ensemble, une réduction des coûts de production et une augmentation de la productivité qui n'a pas manqué de profiter aux travailleurs des pays avancés. Même après avoir soustrait l'effet de l'inflation, leur rémunération se serait globalement appréciée de 6 % en 25 ans.

Plusieurs ont néanmoins été confrontés à des changements difficiles. Contrairement à la perception générale, les principales victimes du phénomène de délocalisation d'activités de production des pays riches vers les pays pauvres sont au premier chef les travailleurs de secteurs industriels requérant un certain niveau de qualification, comme l'électronique, la fabrication de machines et d'équipements, les produits chimiques, le caoutchouc et le plastique. Même si l'on a généralement tendance à exagérer l'ampleur de ce phénomène de délocalisation, certains pays, dont le

Canada, y ont beaucoup plus recours qu'auparavant.

«Cela dit, la mondialisation de la main-d'oeuvre n'est qu'un des multiples facteurs qui agissent sur la part des revenus du travail, précise le FMI. Les percées technologiques ont eu un effet plus marqué, notamment dans les secteurs à main-d'oeuvre non qualifiée.»

Politiques de redistribution

Il n'en demeure pas moins qu'en définitive la population des pays développés se rend bien compte qu'une part grandissante de la croissance économique de leurs pays leur échappe. «La mondialisation est un important ressort de la croissance mondiale, mais il convient d'accorder une plus grande attention à ses conséquences "distributives"», dit le rapport.

L'un des objectifs devrait être, à l'exemple des États-Unis et du Royaume-Uni, une réduction des coûts et obstacles à l'embauche des travailleurs, comme à leur mise à pied. Mais contrairement aux États-Unis, il faut aussi des systèmes d'assurance maladie et de régime de pension qui soient moins directement liés aux entreprises «afin d'aider les travailleurs à passer des secteurs en perte de vitesse aux secteurs en expansion».

Une attention toute particulière devrait également être accordée à l'enseignement et à la formation continue des travailleurs. Il n'y a pas de meilleure façon de les aider à s'adapter aux bouleversements dus à la mondialisation et aux changements technologiques.

Le maintien d'un bon filet social est également requis, avertit le FMI, notamment durant la période de temps où un travailleur qui a perdu son emploi cherche à se placer les pieds autre part. «Un soutien adéquat en matière de revenu devrait exister pour amortir les effets du processus de changement sans pour autant lui faire obstacle.»

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