La résurrection de Fiat

Une Fiat est garée devant le siège social de l’entreprise, à Turin. Le constructeur italien a versé cette année un dividende à ses actionnaires pour la première fois depuis 2001.
Photo: Agence Reuters Une Fiat est garée devant le siège social de l’entreprise, à Turin. Le constructeur italien a versé cette année un dividende à ses actionnaires pour la première fois depuis 2001.

Rien n'est plus doux aux oreilles d'un actionnaire que l'annonce de dividendes. Jeudi 5 avril, la direction de Fiat, à l'occasion de l'assemblée générale annuelle du groupe à Turin, a proposé de distribuer 275,6 millions d'euros de dividendes, soit 25 % du bénéfice net consolidé. C'est la première fois depuis 2001 que le constructeur automobile italien rétribue ses actionnaires.

L'exercice 2006 a confirmé le redressement de Fiat, avec un résultat net de 1,2 milliard d'euros et un chiffre d'affaires en hausse de 11 %, à 51,8 milliards. En 2005, le groupe avait enregistré un timide retour aux bénéfices après plusieurs années de crise.

Cette performance repose d'abord sur la branche automobile, qui fut le point faible du groupe jusqu'en 2005. Environ deux millions de voitures ont été vendues en 2006, soit 17 % de plus qu'en 2005.

Grâce au succès de la Grande Punto (344 000 exemplaires vendus), Fiat a obtenu la plus forte croissance des ventes de tous les constructeurs européens. En Italie, les immatriculations de Fiat, d'Alfa Romeo et de Lancia ont augmenté de 6,6 % en mars, ce qui confère au groupe de Turin une part de marché de 31,8 %, contre 30,5 % en mars 2006. La division automobile de Fiat (Fiat Group Automobiles) gagne de l'argent, une première depuis six ans (275 millions d'euros).

Mais les autres activités de Fiat — les véhicules industriels (Iveco) et les machines agricoles ou de travaux publics (Case, New Holland) — ont atteint, voire dépassé, les objectifs fixés pour 2006.

4 % du PIB italien

Devant les actionnaires, le président de Fiat, Luca di Montezemolo, a le triomphe modeste: «Aujourd'hui nous pouvons dire, sans nous vanter, que votre confiance a été bien placée.» Le titre a bondi de 80 % en un an et la capitalisation atteint 24 milliards. «La clé du succès, juge-t-il, est d'avoir fait le choix d'un développement industriel, non pas financier.»

L'administrateur délégué, Sergio Marchionne — arrivé en 2004 quand les problèmes de succession des Agnelli s'ajoutaient à une crise industrielle — est l'artisan de la «résurrection». Après avoir négocié un divorce à l'amiable avec General Motors, qui a rapporté 1,55 milliard à Fiat, le gérant italo-canadien s'est séparé des actifs non stratégiques pour recentrer le groupe sur son métier d'origine.

Plutôt que de chercher une nouvelle alliance stratégique, il a multiplié les coopérations commerciales et industrielles ciblées. Douze accords de ce type ont été signés avec PSA, Tata Motors ou Suzuki.

La nouvelle Fiat 500, qui doit sortir le 4 juillet, est le fruit de cette stratégie: conçue en collaboration avec Ford, elle est «l'ADN de Fiat», dit M. Montezemolo. Le groupe compte sur le succès de ce «modèle mythique», dont il espère vendre 120 000 exemplaires. Soit autant que la nouvelle Fiat Bravo, lancée en janvier, dont la mission est de replacer la marque sur le très concurrentiel segment C.

Avec le Scudo (janvier) et la Linea (mai), le constructeur poursuit le renouvellement à marche forcée de sa gamme: d'ici à 2010, Fiat, Alfa Romeo, Lancia, Maserati, Ferrari lanceront 23 modèles.

Le fleuron de l'industrie italienne, qui pèse 4 % du produit intérieur brut du pays, est sorti de l'urgence. «2007 est un tournant, c'est l'année de la reconstruction», estime le président de Fiat. Le «bon premier trimestre» annonce un déroulement normal du plan stratégique 2007-10. À cette échéance, le chiffre d'affaires devrait atteindre 67 milliards, le bénéfice net entre 3,4 et 3,6 milliards, et l'endettement sera réduit au minimum.

«Dans ce plan, nous n'avons jamais parlé de croissance externe, a précisé M. Marchionne. Mais il est hautement improbable que d'ici à 2010 nous ne fassions pas d'acquisition.» M. Marchionne rejette «catégoriquement» l'hypothèse Chrysler. Il a en revanche confirmé que Fiat travaille à une importante alliance industrielle, qui pourrait être conclue avant l'été.

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