Automobile - La Lincoln MKZ: délire psychotronique avec Dean, Frank et Sammy

L’an dernier, cette voiture s’appelait Lincoln Zephyr, mais la voilà maintenant rebaptisée MKZ et dotée d’un tout nouveau V6 Duratec de 3,5 litres qui apporte un gain de puissance d’une quarantaine de chevaux par rapport à l’ancien V6 de 3,
Photo: L’an dernier, cette voiture s’appelait Lincoln Zephyr, mais la voilà maintenant rebaptisée MKZ et dotée d’un tout nouveau V6 Duratec de 3,5 litres qui apporte un gain de puissance d’une quarantaine de chevaux par rapport à l’ancien V6 de 3,

Aujourd'hui menacée par la disparition graduelle et inexorable de sa clientèle traditionnelle, la marque Lincoln incarnait depuis ses origines le summum du luxe parmi les produits Ford. Mais cette marque s'est perdue en chemin. Depuis les années 1970, Lincoln tente sans succès de fidéliser une nouvelle clientèle en renouvelant son image, quitte à faire flèche de tout bois. D'ailleurs, au cours de la dernière décennie, les diverses tribulations de la gamme de Lincoln ont été plutôt déconcertantes: après les prévisibles et «quétainissimes» Town Car, généralement utilisés en tant que limousines d'aéroport, on nous a ensuite présenté la série LS, que l'on prétendait, par aveuglement ou par inconscience, la rivale des meilleures berlines germaniques. Puis, après avoir embrassé l'Europe, Lincoln a décidé de jouer à fond la carte du luxe à l'américaine, en mettant l'accent sur ses grotesques et monstrueux véhicules utilitaires sport, dégoulinants de chrome, et au volant desquels on se sent obligatoirement ridicule, à moins d'être une star du basket de la NBA, un chanteur de rap, ou encore un trafiquant de drogue soucieux d'afficher sa soudaine prospérité. Que faut-il donc comprendre et conclure au sujet de Lincoln? Et surtout, comment situer la nouvelle berline MKZ dans cette gamme hétéroclite?

Je ne m'attendais pas à avoir beaucoup d'atomes crochus avec la Lincoln MKZ, bien que j'aie un petit faible pour la Mazda 6 qui lui a légué sa plateforme mécanique. La Mazda 6 est une bonne berline, une routière efficace et agile qui, de plus, est aussi bien construite que joliment dessinée. Je ne voyais franchement pas la pertinence d'en faire une version américanisée, clinquante et fardée, et de venir nous présenter le tout en tant que produit de luxe. Mais il n'aura suffi que d'une simple chanson de Frank Sinatra, diffusée alors que j'étais au volant de la MKZ, pour faire complètement basculer ma perception de cette voiture.

Sacré Sinatra

Soudainement, avec la bande sonore appropriée, l'américanité de cette Lincoln cessait d'être affligeante et devenait subitement aussi amusante que kitsch. En regardant les formes rétro du tableau de bord, évoquant les heures de gloire passées de Lincoln, je me suis mis à imaginer que le fantôme de Ol' Blue Eyes Sinatra en personne était assis à mes côtés et chantonnait en claquant des doigts. À l'extérieur, la route bosselée et enneigée de la Montérégie avait fait place au paysage aride du désert du Nevada, et nous faisions maintenant route vers Las Vegas. Dans mon rétroviseur, j'apercevais d'ailleurs deux autres spectres tout droit sortis des sixties, également du voyage, qui prenaient leurs aises sur la banquette arrière: Sammy Davis Jr ricanait sans arrêt pendant que Dean Martin, déjà éméché, continuait de picoler.

Les trois comparses semblaient apprécier les sièges très confortables de la MKZ. Bien entendu, la finition laisse un peu à désirer, les plastiques ne sont pas de premier ordre, et certains détails font présager le pire à long terme. Mes trois revenants, eux, n'y voyaient que du feu. Mais, que voulez-vous, quand on fréquente les casinos de Fremont Street, on s'habitue à certains standards. J'entendais siffler, mais ce n'était pas Sammy Davis Jr, c'était seulement le toit ouvrant qui n'est pas étanche.

Et lorsque je leur demandai ce qu'ils pensaient de l'extérieur de la voiture, les trois célèbres entertainers me répondirent, tous en choeur: «Sobre! Beaucoup trop sobre!» Puis, ils éclatèrent de rire. Sinatra me précisa cependant que quelques-unes de ses fréquentations interlopes de Vegas auraient un vif intérêt pour l'immense coffre arrière de la MKZ.

L'an dernier, cette voiture s'appelait Lincoln Zephyr, mais la voilà maintenant rebaptisée MKZ et dotée d'un tout nouveau V6 Duratec de 3,5 litres qui apporte un gain de puissance d'une quarantaine de chevaux par rapport à l'ancien V6 de 3,0 L. En plus, ce moteur est jumelé à une excellente boîte automatique à six rapports, et la MKZ peut être commandée avec la traction intégrale optionnelle. Le rendement du moteur n'a pas manqué de capter l'attention de Sammy: «Moi, d'habitude je suis plutôt Cadillac, mais écoute-moi ça, Frank, cette voix! Ce moteur-là chante!» En effet, le nouveau V6 Ford s'exprime avec aisance dans les graves comme dans les aiguës. Ses reprises sont énergiques et sa sonorité est toujours intéressante. En conduite urbaine et à bas régime, il sait aussi se montrer extrêmement silencieux et se faire oublier. Pas comme Dean Martin qui, dans mon délire, parle comme Claude Blanchard. Malgré son état avancé, il n'a pas quitté l'indicateur de consommation d'essence des yeux et nous fait remarquer que «d'accord, il chante bien votre moulin, mais il boit plus que moi!». Et avec une moyenne combinée ville/autoroute qui ne descend jamais sous les 13 litres au 100 km, il faut bien lui donner raison.

Pour de longues distances, la MKZ est une parfaite grande routière qui engloutit les kilomètres comme mes passagers descendent des martinis. Sa suspension légèrement souple procure un confort moelleux et une grande douceur de roulement. Malgré cela, le châssis rigoureux de la Mazda 6 transparaît: la direction est précise et la tenue de cap n'est jamais floue.

Peut-être êtes-vous de ceux qui pensent que Sinatra et sa bande du «Rat Pack» ne sont que des ringards alcoolos, des vestiges psychotroniques des années 1950-60? Vous n'avez, alors, probablement pas plus d'estime pour des voitures portant la marque Lincoln, ma bande «d'intelligentsia du Plateau Mont-Royal», de gauche caviar des beaux quartiers, de yuppies du 450. Continuez donc d'acheter des BMW pour leur comportement routier incisif, des Audi pour la prestance de leurs intérieurs, ou des Acura pour leur raffinement mécanique...

Mais si, au premier, au deuxième ou au 37e degré, vous vous plaisez à croire que Las Vegas est la capitale culturelle de l'Occident, il faut vous rendre à cette évidence implacable: être au volant d'une Lincoln, c'est la classe. La grande classe! Et si, en plus, Frank Sinatra (ou Elvis) chante My Way à tue-tête pendant que vous conduisez, ça devient une expérience véritablement transcendante.

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FICHE TECHNIQUE Lincoln MKZ

- Moteurs: V6 3,5L DACT

- Puissance: 263 ch / 249 lb-pi

- 0 à 100 km/h: 7,5s

- Vitesse maximale: 204 km/h

- Consommation: 13,4 L/100km

- Échelle de prix: 37 500 $ (traction avant), 39 900 $ (intégrale)

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Collaborateur du Devoir

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