Gildan ferme ses deux dernières usines au Canada

L'entreprise montréalaise Gildan fermera bientôt ses deux dernières usines encore en activité au pays. Le fabricant de vêtements de sport achèvera ainsi le transfert de sa production dans les pays du Sud.

La délocalisation à la mi-août des usines montréalaises de teinture et de finition de la rue Louvain et de tricot de l'autoroute Côte-de-Liesse se traduira par la mise à pied de 391 travailleurs. L'entreprise ne conservera au Québec que son siège social, dont les 165 employés seront déménagés de l'usine de la rue Côte-de-Liesse à un édifice à bureaux du centre-ville. Elle dit même vouloir en augmenter prochainement les effectifs, en les portant à 210 personnes d'ici deux ans, et même 260 en comptant les consultants.

Gildan a annoncé hier du même souffle la fermeture d'une petite usine de 75 employés à Bombay, dans l'État de New York, ainsi que de deux plus grandes installations de couture qui employaient 1365 travailleurs au Mexique. Toutes ces activités de production seront déplacées dans les grandes usines que la société a récemment fait construire au Honduras et au Nicaragua, ainsi qu'en République dominicaine et en Haïti.

«Ça n'a rien à voir avec la qualité de nos employés à Montréal. Ils font du bon travail. Mais nous faisons dans la production de masse, et la différence de coûts de fabrication [avec les pays du Sud] ne nous laisse pas de choix, a déclaré lors d'un entretien téléphonique Cam Gentile, premier vice-président, développement organisationnel et gestion du changement. Nos concurrents produisent là-bas. Si on ne le fait pas nous aussi, les consommateurs vont acheter les vêtements fabriqués par d'autres compagnies. Et ils auront raison.»

Le fabricant de t-shirts, de vêtements molletonnés et de chaussettes a longtemps été présenté comme le champion du Québec, une entreprise qui avait réussi à maintenir ici d'importantes activités de production dans un secteur qui s'en remet de plus en plus aux pays à faibles coûts de main-d'oeuvre. La compagnie comptait encore près de 1000 employés au Québec à la fin de 2003 en dépit de l'augmentation rapide de ses capacités de production dans les pays du Sud. Ce nombre a toutefois fondu par la suite.

Gildan compte aujourd'hui près de 15 000 employés au total, principalement en Amérique centrale et dans les Caraïbes, ainsi qu'au Mexique et dans le sud des États-Unis. Il y a quelques années, l'entreprise a durement été critiquée pour l'attitude antisyndicale et les mauvaises conditions de travail régnant dans certaines de ses usines au Honduras. L'épisode avait incité le Fonds de solidarité de la FTQ à vendre les parts qu'il détenait dans l'entreprise. Depuis, la compagnie a fait amende honorable et n'a plus été prise en défaut.

Trop tard pour le Québec

Les 160 employés de l'usine Gildan de la rue Louvain à Montréal n'ont pas perdu espoir de faire revenir leurs patrons sur leur décision. Lors du renouvellement de leur convention collective en 2005, ils avaient fait des concessions afin d'améliorer leur productivité et de sauver leur usine. «Malgré nos efforts, malgré l'amélioration de la productivité, malgré les profits que fait la compagnie, on nous dit qu'il n'y a plus rien à faire, que les promesses de la compagnie n'étaient que du vent, a dénoncé hier Stéphane Lacroix, porte-parole du syndicat des Teamsters. On va se battre pour garder ces emplois au Québec. On ne peut pas croire qu'il ne reste pas une possibilité de s'entendre avec la direction.»

Cette dernière ne laissait toutefois hier aucun espoir. «Cette décision n'a pas été facile à prendre. On a pris le temps de regarder toutes les autres options. Je crains, malheureusement, que cette décision soit finale», a fait savoir Cam Gentile. Tout sera fait pour rendre les fermetures les moins pénibles que possible, a-t-il assuré. Les indemnités de départ seront plus généreuses qu'à l'habitude, et un comité de reclassement sera mis sur pied.

La décision annoncée hier coûtera à la compagnie environ 21,5 millions $US en charges de restructuration en 2007. Elle précise que cela ne devrait pas l'empêcher d'atteindre les objectifs de ventes et de profits qu'elle avaient fixés pour l'année. Grâce à cette opération, elle s'attend même à réaliser des économies annuelles de 45 millions dès l'année prochaine.

L'entreprise a expliqué hier que l'un des avantages de ses nouvelles usines d'Amérique centrale et des Caraïbes est que toutes les étapes de production peuvent se faire au même endroit. Elle a également rappelé que la décision du Canada, en 2003, d'exempter de droits de douanes et de quotas les 48 pays les plus pauvres au monde avait ouvert en grand la porte à la concurrence, non pas de la Chine, mais à tout le moins du Bangladesh. Elle a aussi rappelé que le Canada se trouve exclu de la toile d'accords commerciaux bilatéraux tissée par les États-Unis, par lesquels ils exemptent de droits de douane les vêtements fabriqués dans plusieurs pays d'Amérique centrale et des Caraïbes à condition que la matière première utilisée soit du coton américain. Or le marché américain représente 88 % des ventes de Gildan, contre seulement 7 % pour le marché canadien.

L'action de Gildan à la Bourse de Toronto a gagné 1,21 $ hier, ou 1,84 %, et a clôturé à 67,03 $.