Entente entre Air Canada et Québec - Jetsgo s'en remet au Bureau de la concurrence

L'entente de principe conclue entre le gouvernement québécois et Air Canada, visant à réduire les tarifs sur les liaisons aériennes intérieures, déplaît au nouveau venu Jetsgo. Pour le p.-d.g. de ce transporteur à escompte, les fonds publics viennent ainsi soutenir le monopole d'Air Canada et une telle utilisation est anticoncurrentielle, a dénoncé Michel Leblanc, dans sa plainte déposée hier auprès du Bureau de la concurrence.

Dans sa lettre adressée au commissaire, Michel Leblanc a rappelé que Jetsgo avait, en octobre dernier, annoncé son intention d'offrir une liaison entre Montréal et Saguenay dès le 25 novembre. Des discussions étaient également menées avec d'importants clients potentiels dans le but d'offrir éventuellement deux nouvelles dessertes régionales, quelque part au premier trimestre de 2003. Des dessertes visées par l'entente conclue cette semaine entre le gouvernement québécois et Air Canada.

Le p.-d.g. et fondateur du nouveau transporteur à rabais s'en prend ainsi à cette entente de principe, annoncée mercredi, visant à réduire les tarifs sur une quinzaine de liaisons aériennes à l'intérieur du Québec En guise de compensation, le gouvernement du Québec, dont la facture annuelle en billets d'avion atteint les 16 millions, s'est engagé à augmenter, de 11,5 à 14 millions, la part de ses achats chez Air Canada. L'entente de trois ans prévoit également que Québec s'engage à payer le plein tarif pour ses employés et qu'il ne subventionnera pas des concurrents d'Air Canada sur les liaisons régionales.

On espère ainsi que des réductions, pouvant atteindre entre 40 et 70 %, viendront s'appliquer sur au moins la moitié des sièges disponibles. Et que d'autres solutions à la fermeture projetée de certaines liaisons, comme celles de Québec-Mont Joli et de Mont-Joli-Gaspé, soient retenues par Air Canada.

Pour le gouvernement québécois, «cela constitue une solution viable à la problématique du transport aérien régional au Québec». Pour Michel Leblanc, il s'agit d'une façon indécente d'utiliser les fonds publics et une autre illustration de la façon dont Air Canada exerce son rapport de force, a-t-il dénoncé en substance. Air Canada «force le gouvernement du Québec à payer le plein prix pour ses fonctionnaires tout en écartant la concurrence des marchés régionaux». Il a donné l'illustration d'un aller Montréal-Bagottville payé 359 $ sur Air Canada alors qu'il en coûterait 78 $ sur Jetsgo.

M. Leblanc exhorte le Bureau de la concurrence d'agir rapidement, rappelant qu'il espérait introduire une liaison Montréal-Saguenay dès le 25 novembre.

Selon les propos recueillis par la Presse canadienne, Air Canada a déclaré hier ne pas avoir été officiellement avisé qu'une telle plainte avait été déposée. Au bureau du ministre québécois des Transports, Jacques Baril, on s'est dit étonné de la réaction de M. Leblanc. On se défend d'octroyer une subvention directe à Air Canada. On soutient, de plus, que l'intention du gouvernement de négocier une solution permettant d'assurer la viabilité du transport aérien régional était connue des transporteurs depuis le début de l'été, et ce, sans que Jetsgo se manifeste. Au demeurant, les tarifs réduits d'Air Canada couvrent une quinzaine de liaisons alors que Jetsgo ne s'activerait que sur une seule de ces 15 routes.

Selon Michel Leblanc, tout cela s'est négocié dans son dos, au moment où Jetsgo préparait les plans d'une vaste expansion sur les routes régionales québécoises.