Malgré une hausse de la confiance - La faiblesse de l'industrie américaine reste préoccupante

Washington - Le secteur industriel continue d'afficher une faiblesse préoccupante aux États-Unis, handicapant la reprise même si la confiance des consommateurs se redresse et que les risques de déflation semblent s'éloigner, selon des chiffres publiés hier.

Pour le troisième mois successif, la production industrielle a reculé en octobre, baissant de 0,8 % par rapport à septembre, a indiqué la Réserve fédérale (Fed). Une grande part de cette baisse est due au secteur automobile, dont la production a chuté de 5,2 % en octobre, notamment à cause du manque de pièces détachées dû à la paralysie des ports de la côte ouest lors du conflit des dockers. Mais même hors du secteur automobile, la baisse a atteint 0,4 % en octobre.

Le taux d'utilisation des capacités industrielles a lui aussi baissé, à 75,2 %, soit son plus bas niveau depuis mars 2002.

«La forte baisse d'octobre confirme que le secteur manufacturier approche de façon précaire d'une rechute dans la récession», a commenté Daniel Meckstroth, chef économiste à l'institut professionnel Manufacturers Alliance/MAPI. «La production industrielle a baissé pendant trois mois consécutifs, ce qui a effacé la plupart des gains engrangés pendant les sept premiers mois de l'année.»

Sur l'année, la production industrielle a augmenté de 1,2 %. «Je m'inquiète pour le secteur industriel», a ajouté l'économiste indépendant Joel Naroff, en parlant d'un «déclin réel et significatif du secteur, même hors automobile».

Autre indice publié hier, celui des stocks des entreprises: il a augmenté de 0,5 % en septembre par rapport à août, tandis que leurs ventes diminuaient de 0,5 %. Sur un an, les stocks des entreprises ont reculé de 2,4 %, tandis que leurs ventes ont progressé de 4 %, selon le département du Commerce.

Une bouffée d'air frais

Face à une industrie morose, l'amélioration du moral des consommateurs apparaît comme une bouffée d'air essentielle à la résistance de l'économie. L'indice de confiance des consommateurs s'est amélioré en novembre, passant à 85 points, soit un gain de 4,4 points par rapport à octobre, selon l'indice de l'université du Michigan publié hier. C'est la première hausse depuis le mois de mai, et une bonne nouvelle qui corrobore la hausse de 0,7 % des ventes de détail en octobre (hors automobile) annoncée jeudi.

«La confiance des consommateurs est revenue à la normale», a souligné Joel Naroff, qui ne s'attend cependant pas à une «tendance à la hausse» en raison «des incertitudes liées à la menace d'une guerre et aux mises en garde à propos d'attaques terroristes».

Comme les autres analystes, M. Naroff ne s'inquiète pas outre mesure du dernier indice sur les prix à la production, y voyant même un signe de conjuration du risque déflationniste. L'indice a fait un bond de 1,1 % en octobre par rapport à septembre, et l'indice de base (hors alimentation et énergie) a augmenté de 0,5 %. Ces chiffres sont nettement plus mauvais que ceux prévus par les analystes, mais ils s'expliquent par des facteurs exceptionnels, comme la flambée des prix de l'énergie (+4,2 % et même +17,9 % pour l'essence) et des voitures (+2,2 %), alors que les constructeurs sortent leurs nouveaux modèles.

«Il est un peu surprenant que les prix dans l'automobile aient autant augmenté en un mois. Mais si on excepte l'automobile, l'indice de base est en hausse de 0,1 % seulement» en octobre, a souligné Sal Guatieri, économiste à la Banque de Montréal. Ces chiffres ne montrent «ni que l'inflation grimpe ni que nous allons vers la déflation», mais indiquent que «les pressions inflationnistes sont très bien contenues», a-t-il ajouté.