Expertech: le syndicat lance un appel à Bell

Assis devant le grand patron de Bell Canada dans le cadre d'un rendez-vous prévu depuis longtemps et pour autre chose, des représentants syndicaux ont profité de l'occasion hier matin pour demander à Michael Sabia s'il y avait moyen de relancer les pourparlers pour éviter la fermeture d'Expertech.

Expertech, un gros sous-traitant de Bell spécialisé dans la construction de réseaux, a indiqué lundi qu'il était incapable de réduire ses coûts pour demeurer «fournisseur privilégié de Bell» et que le rejet d'une offre «finale» par les syndiqués faisait en sorte qu'il devra carrément fermer ses portes. Les deux actionnaires de la compagnie sont Bell (75 %) et SNC-Lavalin (25 %).

Selon le vice-président du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP-FTQ) pour le Québec, Michel Ouimet, M. Sabia a dit à lui et à un dirigeant syndical ontarien: «On discutera de ça à l'interne et on vous donnera une réponse dans les prochains jours.»

Filiale de Bell jusque dans les années 90, Expertech compte environ 1300 techniciens et employés de bureau, dont 600 au Québec. La compagnie, qui tire 90 % de ses revenus des contrats venant de Bell, affirme que l'impossibilité de se réorganiser la laisse avec des coûts se situant 25 % au-dessus de la moyenne du marché.

Cette pression sur Expertech découle de la restructuration majeure que Bell a entamée en 2004 afin de maximiser les économies. L'opération, qui visait en partie à donner de la vie à son action en Bourse, s'est soldée par des milliers de licenciements.

«On a fait un "pitch" complet pour Expertech, pour l'expertise des employés», a dit M. Ouimet lors d'un entretien hier. «On a fait valoir que plusieurs d'entre eux sont à quatre ou cinq ans de leur retraite, qu'on aurait pu faire ça progressivement et qu'on aurait accepté quelques concessions», a-t-il ajouté en précisant ne pas avoir eu «beaucoup d'écoute».

Il a été impossible hier de joindre la haute direction de Bell pour confirmer les dires du syndicat et en savoir davantage sur les propos de M. Sabia. La réunion d'hier matin avait été convoquée il y a longtemps pour discuter du secteur des télécommunications et de la concurrence.

Pas une tactique

Expertech et le SCEP ont bénéficié de la présence d'un conciliateur jusqu'à la mi-janvier, à la suite de quoi cette personne a occupé un rôle de médiateur sur appel. L'écart entre les demandes d'Expertech et la réponse syndicale a toutefois fait en sorte que les employés ont rejeté les dernières offres patronales à 65 %. Le SCEP affirme qu'on demandait notamment des baisses salariales, de plus longues heures, une diminution des avantages sociaux et le licenciement de 400 employés.

Prié de dire s'il s'agissait d'une tactique de négociation, le porte-parole d'Expertech, Philip van Leeuwen, a dit que la décision de fermer la compagnie était finale et que, «sans Bell, on n'est plus viables». Les revenus annuels d'Expertech oscillent entre 200 et 300 millions. Idéalement, la compagnie aurait voulu réduire ses coûts de 50 millions.

Le contrat d'Expertech avec Bell prend fin cette année. Bell a indiqué lundi qu'elle n'allait pas renouveler le contrat et qu'elle allait tout simplement procéder au transfert des services d'installation à d'autres fournisseurs.

Dès 2005, Expertech a commencé à licencier des employés. Sur une période d'un an, 200 personnes ont perdu leur emploi dans l'administration et la direction. Le SCEP a déjà affirmé que la compagnie voulait en licencier 400 de plus et souhaitait réduire les salaires de 44 % pour le tiers des employés restants.

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