Les places boursières piquent du nez

Le parquet chinois a encaissé son plus important recul en plus de dix ans. Cette chute, qui fait craindre un éclatement brutal de la bulle boursière chinoise, doit toutefois être mise dans la perspective d’un marché fortement surévalué
Photo: Agence France-Presse (photo) Le parquet chinois a encaissé son plus important recul en plus de dix ans. Cette chute, qui fait craindre un éclatement brutal de la bulle boursière chinoise, doit toutefois être mise dans la perspective d’un marché fortement surévalué

Craignant un environnement économique devenu soudainement plus austère, investisseurs et spéculateurs ont forcé les places boursières à encaisser leur plus lourde perte (en points) depuis les sombres événements du 11 septembre 2001. La Bourse de Shanghai a donné le ton, en réaction aux propos tenus la veille par l'ex-président de la Réserve fédérale évoquant une récession aux États-Unis cette année.

Devenus très sensibles et très volatiles après une phase haussière ininterrompue de quatre ans, les cours boursiers ont piqué du nez hier. La ruée vers les portes de sortie a été provoquée par le plongeon de 8,8 % de l'indice boursier de référence de la Bourse de Shanghai, le parquet chinois encaissant alors son plus important recul en plus de dix ans. Cette chute, qui fait craindre un éclatement brutal de la bulle boursière chinoise, doit toutefois être mise dans la perspective d'un marché fortement surévalué, tel qu'illustré par le bond de 175 % de l'indice baromètre chinois depuis le milieu de 2005 — d'un doublement en un an. L'indice composite avait culminé lundi à 3040,60 points, un nouveau record en fermeture.

Sur les parquets nord-américains, l'indice S&P/TSX de la Bourse de Toronto a répondu à l'onde de choc en abandonnant 364,35 points, ou 2,7 %, pour fermer hier à 13 040,11. À New York, l'indice symbolique de Dow Jones a fondu de 415,70 points, à 12 216,56, subissant du coup son plus fort recul depuis celui de 685 points mesuré le 17 septembre 2001. En pourcentage cependant, la perte d'hier atteint les 3,3 %, contre 7,1 % au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Les analystes ont attribué une partie de contraction, hier, aux ordres de ventes automatiques, qui sont déclenchés quand certains niveaux de baisse sont atteints. Ce déclenchement pourrait expliquer une chute rapide de quelque 200 points observée vers la fin de la séance.

Craignant un ralentissement économique plus prononcé que prévu cette année, les boursicoteurs ont imposé la plus forte débandade de la séance aux titres du segment des ressources naturelles (-5,3 %).

Alan Greenspan n'est pas étranger à ce brusque mouvement de prises de profits. Lundi, dans une allocution devant des gens d'affaires de Hong Kong, l'ex-président de la Réserve fédérale américaine avait consacré l'essentiel de son discours au risque croissant de voir l'économie américaine glisser en récession à la fin de 2007. Celui qui n'a pas perdu de son influence a fait part de signaux indiquant la fin imminente de ce cycle expansionniste, qui a vu le jour en 2001 aux États-Unis. «Quand on est aussi loin d'une récession, la pression augmente invariablement pour la prochaine et, en effet, on commence à voir ce signal-là», a-t-il résumé.

Cette sortie «a été perçue comme une action concertée avec les responsables actuels de la Fed pour calmer les marchés après leurs fortes hausses des dernières semaines», a soutenu Alice Lhabouz, gérante d'une firme de courtage. M. Greenspan «pense qu'il vaut mieux une petite crise maintenant qu'une grosse crise plus tard», a renchéri François Xavier-Chevallier, stratégiste du Crédit Mutuel CIC.

C'est ajoutée hier, avant l'ouverture des marchés, la statistique annonçant un recul de 7,8 % des commandes de biens durables aux États-Unis en janvier, soit la plus forte baisse mensuelle depuis octobre dernier. «Jusqu'ici, les opérateurs craignaient surtout un ralentissement trop important de l'économie américaine et une accélération de l'inflation, a souligné l'analyste new-yorkais Art Hogan. Désormais, la première crainte a largement pris le dessus.»

Ailleurs, les Bourses mondiales n'ont pas fait la sourde oreille au scénario de récession aux États-Unis et d'éclatement de la bulle boursière en Chine. La Bourse de Paris a dégringolé de 3 %, un jour après avoir atteint son plus haut niveau en six ans. Londres a lâché 2,3 %, Francfort 3 %, Madrid 3 %, Milan 2,9 %, Bruxelles 2,9 %, Stockholm 3,9 % et la Bourse suisse 3,4 %.

En Asie, le repli de la place chinoise a pesé sur l'ensemble des marchés, quoique moins lourdement. Tokyo a clôturé en baisse de 0,5 %, Kuala Lumpur de 2,8 %, Jakarta de 1,1 %, Manille de 1,4 %, Singapour de 2,3 % et Bangkok de 0,7 %.

Plus ébranlées, les Bourses latino-américaines ont également fini en baisse. La Bourse de Mexico a décroché de 5,8 %, la Bourse de Buenos Aires a perdu 7,5 % et la Bourse de São Paulo a abandonné 6,6 %.

***

Avec l'Agence France-Presse

À voir en vidéo