L'immobilier américain inquiète la BN

Les données américaines du mois de janvier signalent que les mises en chantier en janvier étaient à leur plus bas niveau en 10 ans et évoluaient à une vitesse de 35 % inférieure à ce qu’elle était au sommet du cycle.
Photo: Agence Reuters Les données américaines du mois de janvier signalent que les mises en chantier en janvier étaient à leur plus bas niveau en 10 ans et évoluaient à une vitesse de 35 % inférieure à ce qu’elle était au sommet du cycle.

Le ralentissement du secteur immobilier aux États-Unis ne s'est pas encore traduit par des pertes d'emploi pour l'économie du sud de la frontière, mais cela ne saurait tarder, a estimé hier la Financière Banque Nationale (FBN) en prédisant des jours plutôt sombres pour l'industrie de la construction.

Les propos de la FBN surviennent environ deux semaines après que la Réserve fédérale américaine eut exprimé sa confiance en l'économie malgré les prix élevés de l'énergie, l'inflation qui demeure au-delà de la zone de confort et les perturbations dans l'immobilier.

«Nous croyons que les risques qui planent sur l'économie américaine sont moins équilibrés que ne le prétend la Fed, car, justement, le marché de l'emploi américain n'a pas encore réagi à la baisse de l'offre dans le secteur du logement», a écrit l'économiste Yanick Desnoyers, économiste principal à la FBN.

M. Desnoyers s'attend à ce que les données américaines commencent bientôt à montrer qu'en dépit de l'ajustement «considérable» des mises en chantier, l'emploi en prendra pour son rhume dans les prochains mois. «Les pertes d'emplois dans ce secteur n'ont pas encore débuté, mais sont sur le point de s'amorcer. Car après une récession aussi sévère dans l'immobilier résidentiel, des répercussions sont à prévoir.»

Impact limité, mais concret

Il est généralement convenu que toute perturbation de l'économie américaine peut avoir des conséquences toxiques pour le Canada, qui expédie chez son voisin 85 % de ses exportations totales. À elles seules, les exportations de bois d'oeuvre ont atteint 8,5 milliards en 2005 et fournissent de l'emploi à 280 000 personnes.

La construction résidentielle représente 5 % de l'économie américaine. Or les données américaines du mois de janvier signalent que les mises en chantier en janvier étaient à leur plus bas niveau en 10 ans et évoluaient à une vitesse de 35 % inférieure à ce qu'elle était au sommet du cycle. De plus, la National Association of Realtors a récemment indiqué que le prix médian d'une maison unifamiliale avait diminué de 2,7 % au quatrième trimestre, du jamais vu en 50 ans.

Dans sa note de recherche transmise hier, la FBN a rappelé la hausse présentement observée au chapitre des défauts de paiements. «Les institutions financières réagissent. La proportion des banques qui resserrent la vis du crédit hypothécaire a atteint un sommet depuis 1991», a écrit M. Desnoyers.

La baisse de régime de l'immobilier décrit d'ailleurs un parcours que la FBN associe aux années 90. «Si la chute du secteur se poursuivait en première moitié de 2007, comme nous le prévoyons, la dégelée deviendrait tout à fait comparable à celle de la récession de 1990-91», a estimé l'économiste.

Malgré tout, la Fed prévoit pour 2007 une croissance économique entre 2,5 % et 3 %, et pour 2008 entre 2,75 % et 3 %. L'inflation se maintiendra entre 2 % et 2,25 %, et le taux de chômage se situera cette année entre 4,5 % et 4,75 %, croit-elle par ailleurs.

Greenspan voit une récession

L'état de l'immobilier n'est pas le seul souci qui plane au-dessus de l'économie américaine. L'ancien président de la Fed, Alan Greenspan, a affirmé hier qu'il est «possible» que les États-Unis glissent en récession d'ici à la fin 2007. L'économie carbure depuis 2001, et certains signaux semblent annoncer la fin du cycle, a-t-il suggéré.

«Quand on est aussi loin d'une récession, la pression augmente invariablement pour la prochaine et, en effet, on commence à voir ce signal-là», a-t-il dit. M. Greenspan s'adressait aux gens d'affaires de Hong Kong par l'entremise d'une conférence vidéo.

«Par exemple, les marges de profit des compagnies américaines ont commencé à se stabiliser, ce qui signifie que l'on est dans le dernier droit du cycle», a indiqué l'ancien patron de la plus influente banque centrale au monde. Il a aussi reconnu que peu de gens tiennent ce genre de propos. «Bien qu'une récession à la fin 2007 soit possible, la plupart des économistes ne tirent pas cette conclusion et font plutôt référence à 2008, moment auquel on observerait un ralentissement.»

En ce qui concerne le secteur immobilier, M. Greenspan a estimé que le ralentissement n'avait jusqu'à maintenant infecté aucun autre secteur de l'économie américaine.

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