Le groupe énergétique américain TXU reçoit une offre record de 45 milliards

Mené par Kohlberg Kravis Roberts et Texas Pacific Group, deux fonds d’investissements phares aux États-Unis, le consortium intéressé à TXU comprend aussi la banque d’affaires Goldman Sachs et plusieurs autres institutions bancaires.
Photo: Agence Reuters Mené par Kohlberg Kravis Roberts et Texas Pacific Group, deux fonds d’investissements phares aux États-Unis, le consortium intéressé à TXU comprend aussi la banque d’affaires Goldman Sachs et plusieurs autres institutions bancaires.

New York — Un consortium d'investisseurs emmené par les fonds KKR et Texas Pacific a offert la somme record de 45 milliards de dollars pour acquérir le groupe énergétique américain TXU, misant sur des concessions dans le domaine de l'environnement pour obtenir l'accord des régulateurs.

Mené par Kohlberg Kravis Roberts (KKR) et Texas Pacific Group, deux fonds d'investissements phares aux États-Unis qui ont multiplié les acquisitions ces derniers mois, le consortium comprend aussi la banque d'affaires Goldman Sachs et plusieurs autres institutions bancaires. Le prix mis sur la table — 45 milliards de dollars, dette comprise — pour racheter le plus gros producteur régional d'électricité du Texas est un record dans le palmarès des plus grosses acquisitions réalisées par des fonds d'investissement.

Le précédent était détenu par un autre fonds américain, Blackstone, qui a payé début février 39 milliards pour le promoteur immobilier Equity Office Properties Trust.

L'opération est rare pour le secteur énergétique américain, où les fonds se heurtent à une forte régulation, et l'issue n'est pas encore certaine. De précédentes offres de rachat d'opérateurs régionaux ont déjà capoté: l'Arizona a refusé en 2004 le rachat du producteur régional d'énergie UniSource Energy par un consortium mené par KKR. L'année suivante, Texas Pacific, qui convoitait le producteur régional Portland General Electric, a été éconduit par l'État de l'Oregon.

Dans l'offre sur TXU, le consortium a sorti plusieurs atouts pour tenter de s'assurer l'aval des régulateurs américains. Il va ainsi geler la quasi-totalité du projet de TXU de créer 11 nouvelles centrales au charbon pour n'en construire que trois. Cet élément a d'autant plus de poids que le thème de la lutte contre le réchauffement climatique rencontre une audience croissante aux États-Unis.

Le consortium souhaite aussi faire entrer au conseil d'administration de TXU l'ancien secrétaire d'État James Baker, un texan, ainsi que l'ancien patron de l'agence fédérale de protection de l'environnement (EPA), William Reilly.

La proposition s'est déjà ralliée des défenseurs de l'environnement. Le Natural Resources Defense Council (NDRC) et Environmental Defense ont annoncé leur soutien à l'offre du consortium. Hier, le NDRC voyait dans cette offre «l'avènement d'une stratégie centrée sur des énergies propres et efficaces tout en réduisant les émissions polluantes».

Ce soutien intervient alors qu'un projet de construction de 19 centrales au charbon au Texas, dont 11 par TXU, a suscité une levée de boucliers des défenseurs de l'environnement dans cet État et à Washington. Les concessions faite par le consortium «sont une grande victoire dans la guerre contre le charbon, et elle survient après deux autres victoires cette semaine», a souligné l'ONG Public Citizen.

Outre l'environnement, le consortium promet une baisse de 10 % des prix de l'électricité pour les quelque 2,2 millions de clients servis par TXU.

Mais l'offre ne convainc pas tout le monde, la réputation des fonds de rechercher les plus-

values financières à tout prix laissant craindre des hausses de tarifs dans le futur.

D'ailleurs, les rachats d'entreprise par des fonds, qui suscitent des inquiétudes grandissantes parmi les salariés des entreprises visées en Europe notamment, mais aussi des craintes parmi les autorités de régulation financière (car ils font un recours massif à l'endettement), ont atteint un record mondial absolu en 2006.

Leur montant, pour les opérations à fort recours à l'endettement (dites LBO) a atteint près de 600 milliards de dollars (dont 353 milliards aux États-Unis), soit une hausse de 70 % sur les 350 milliards de 2005, selon les chiffres du cabinet Dealogic. Cette explosion s'explique par le fait que l'argent est facile à trouver auprès des banques et sur les marchés financiers pour ces fonds, dans un contexte de forte croissance économique mondiale depuis cinq ans et de faible niveau des taux d'intérêt.

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