Nissan Sentra - Douloureuse émancipation

La Sentra gagnerait à être mieux chaussée, mais elle montre néanmoins de belles aptitudes: maniabilité, sous-virage et roulis bien maîtrisés, tenue de route sûre, autant de signes qui ne mentent pas sur la qualité du châssis.
Photo: La Sentra gagnerait à être mieux chaussée, mais elle montre néanmoins de belles aptitudes: maniabilité, sous-virage et roulis bien maîtrisés, tenue de route sûre, autant de signes qui ne mentent pas sur la qualité du châssis.

Ça nous est arrivé au moins une fois à tous dans notre recherche de l'âme soeur: on rencontre quelqu'un de bien, de gentil, d'irréprochable même... mais tellement ennuyeux. Résultat: le charme n'opère pas, parce qu'il est tout simplement absent. On l'a tous déjà dit — ou à tout le moins, entendu: «il est bien fin, mais... Oui, oui, elle est super-fine, mais...». Tout est dans le «mais». Il en va ainsi de certaines automobiles, compétentes, efficaces et fiables, mais incapables de séduire. Tel était le karma de la Nissan Sentra.

La Sentra est à Nissan ce que la Corolla est à Toyota: une berline compacte solide, confortable, silencieuse, ni belle ni laide, qui vous transporte du point A au point B sans encombre... L'achat cartésien par excellence. Anonymat garanti ou argent remis. Sauf que Nissan n'a pas une image de marque aussi forte que Toyota, de sorte qu'il se vend deux fois plus de Corolla. Et ce n'est sûrement pas parce que la Corolla a plus de charme!

Audace à l'extérieur, déception à l'intérieur

Dans la catégorie des compactes, les Civic, Corolla et Sentra font figure de vétérans. La Sentra célébrera l'an prochain son premier quart de siècle, et cette nouvelle génération, lancée à l'automne et millésimée 2007, est la sixième. Déjà, la carrosserie annonce un changement, voire une émancipation. Dans le fond, parce qu'elle gagne en longueur, en largeur et en hauteur; mais surtout dans la forme, nettement plus originale que ses devancières. On aime ou on n'aime pas, mais, au moins, la Sentra ne passe plus inaperçue. Chez Nissan, on a visiblement compris qu'avec des rivales comme la Civic et la Mazda3, il fallait désormais faire preuve d'audace en matière de style. Et côté charme, ça ne nuit pas...

À l'intérieur, toutefois, c'est beaucoup moins jojo. C'est même triste. L'habitacle de notre véhicule d'essai avait grise mine, c'est le cas de le dire, en raison de l'omniprésence de cette couleur guillerette et primesautière... La piètre qualité des matériaux n'aide en rien: les plastiques durs qui recouvrent la planche de bord et la console évoquent ce qui se faisait de pire chez GM et Chrysler il y a dix ans. Ce n'est pas un compliment, vous vous en doutez.

L'assemblage montrait aussi quelques lacunes. Rien de grave, certes, mais des choses que l'on ne voit pas dans une Honda, une Mazda ou une Toyota. Hier encore, Nissan faisait jeu égal avec les autres constructeurs japonais pour la finition et la qualité d'assemblage; ce n'est plus le cas depuis le début des années 2000, ce qui coïncide avec la prise de contrôle de Nissan par Renault et l'arrivée de Carlos Ghosn, le cost cutter par excellence, à la tête de la marque nippone. Le sieur Ghosn devrait demander conseil à ses homologues de Detroit, ils peuvent lui en dire long sur l'économie de bouts de chandelles... et ses résultats désastreux.

La Sentra ne brille guère non plus par son habitabilité. Malgré ses dimensions accrues, l'espace pour les jambes à l'arrière est restreint. Sinon, il n'y a rien à redire sur le plan ergonomique: tout est à la bonne place, les commandes sont intuitives, et il y a des espaces de rangement là où il en faut (bien qu'ils contiennent peu). À l'avant, la mollesse du rembourrage des sièges plaira à certains et ils procurent un bon maintien. Les adeptes des sièges chauffants devront toutefois en faire leur deuil: ils ne font pas partie de la liste des options. Dommage.



Un nouveau coeur

Autant vous le dire tout de suite, j'abordais ma semaine d'essai de la Sentra avec le même enthousiasme que le condamné marchant vers l'échafaud. J'en ai été quitte pour une surprise, une grosse, comme je n'en avais pas eu depuis longtemps.

Le coeur d'une automobile, c'est son moteur. Or, à ce chapitre, la Sentra, comme les autres véhicules de la marque, est bien nantie. Gâtée, même. Cette motorisation toute neuve est efficace, bien servie par la boîte automatique à variation continue Xtronic, qui ne lui enlève rien de sa vivacité. Sur ce plan, c'est beaucoup mieux qu'une boîte automatique traditionnelle.

Cette transmission optimise la puissance et le couple à tous les régimes, de sorte que la Sentra est nerveuse comme elle ne l'a jamais été, et son moteur ronronne doucement à 2000 tours-minute entre 100 et 120 km/h sur l'autoroute. Ce 4-cylindres de 2 litres brille aussi par sa souplesse et sa discrétion. De la belle et bonne mécanique, indiscutablement.

Réduction des coûts oblige, Nissan a cependant poussé le bouchon un peu loin en dotant la Sentra d'un essieu rigide à l'arrière et surtout, d'un système de freinage mixte (disques à l'avant, tambours à l'arrière). Chiche! Dans cette catégorie, la plupart des joueurs offrent des freins à disques aux 4 roues en équipement de série, même les Coréennes — mais pas les Américaines, ce qui, encore une fois, montre les limites de l'économie de bouts de chandelles.

Enfin, du plaisir!

Au Québec, les Honda Civic et Mazda3 sont les championnes des ventes de la catégorie des compactes, loin devant la concurrence. C'est sans doute un hasard, mais ce sont aussi les deux modèles qui procurent le plus d'agrément de conduite... Venez me dire, ensuite, que ce n'est pas important, que tout ce que les acheteurs veulent, c'est aller du point A au point B... Dans un segment de marché aussi concurrentiel — qui est aussi le plus important au Canada en matière de ventes —, les consommateurs se montrent de plus en plus exigeants, parce qu'ils ont un vaste choix.

L'agrément de conduite, ça commence par une bonne direction. Pour ceux et celles qui aiment conduire, il n'y a rien de pire qu'une direction imprécise et surassistée. C'était le cas de la Sentra; ça ne l'est plus. En fait, c'est le jour et de la nuit: la direction est ferme, vive et précise, procurant ainsi une conduite enjouée à cette compacte naguère ennuyeuse comme la pluie. La Sentra gagnerait à être mieux chaussée, mais elle montre néanmoins de belles aptitudes: maniabilité, sous-virage et roulis bien maîtrisés, tenue de route sûre, autant de signes qui ne mentent pas sur la qualité du châssis. Bref, cette berline repose sur une base saine, ce qui est de bon augure en vue de l'ajout d'une version plus sportive.



Conclusion

La Sentra s'est émancipée, c'est clair. Elle ne passe plus inaperçue et n'a jamais été aussi agréable à conduire. Le hic, c'est qu'elle retire d'une main ce qu'elle donne de l'autre. La réduction de coûts à tout prix se traduit de façon hélas! très tangible pour les consommateurs-trices, que ce soit dans la piètre qualité des matériaux utilisés à l'intérieur, l'assemblage bâclé et le choix de certaines solutions techniques. En gérant Nissan «à l'américaine», il se pourrait que monsieur Ghosn finisse par obtenir des résultats «à l'américaine» (lire: désastreux).

La rentabilité est d'ailleurs à la baisse chez Nissan. Heureusement, la fiabilité semble toujours au rendez-vous, mais c'est aussi le cas de bon nombre de rivales de la Sentra. Cela ne suffit donc plus.

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Fiche technique - Nissan Sentra

- Moteurs: 4 cyl 2,0 L

- Puissance: 140 ch 0 à 100 km/h: 9,5 s

- Vitesse maximale: 180 km/h

- Consommation: 7,1 L/100 km

- Échelle de prix: 16 798 $ à 23 998 $

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Collaborateur du Devoir

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