Fonds vert: les pétrolières maintiennent leur version

L'industrie pétrolière a démenti hier l'affirmation d'un de ses pourfendeurs selon lequel les compagnies n'ont pas dit la vérité sur leurs profits lorsqu'elles se sont présentées devant une commission parlementaire en novembre dernier.

Lors d'une séance portant sur le fonds vert de 1,2 milliard que Québec veut amasser sur six ans en pigeant dans les coffres des pétrolières, deux représentants de l'industrie avaient alors affirmé que celle-ci était incapable d'encaisser le coup car ses profits nets par litre sont trop faibles. Logiquement, c'est donc le consommateur qui pourrait avoir à en assumer les frais.

De façon plus spécifique, Alain Perez et Carol Montreuil, de l'Institut canadien des produits pétroliers (ICPP), avaient affirmé au ministre des Ressources naturelles que la cotisation des pétrolières au fonds vert représenterait, selon eux, 1,3 ¢ le litre. Or la marge de profit des compagnies en sol québécois, pour les activités de raffinage et de vente à la pompe, était en moyenne de 1,24 ¢ de 2001 à 2005, ont-ils ajouté. Pour 2005, la marge était de 1,76 ¢.

Un des principaux pourfendeurs de l'industrie, Frédéric Quintal, a affirmé hier qu'il faudrait plutôt parler, pour 2005, d'une marge de profit tournant autour de 5,7 ¢ le litre, chiffre auquel il arrive en s'appuyant notamment sur les rapports annuels des sociétés Shell Canada et Ultramar.

M. Quintal a également affirmé que certaines sociétés, notamment Petro-Canada, font d'énormes profits avant l'étape du raffinage, car elles pompent elles-mêmes le pétrole qu'elles vendent dans leur propre réseau de distribution.

Le vice-président de l'ICPP, M. Montreuil, a affirmé que les estimations avancées par M. Quintal au chapitre des profits nets étaient «impossibles». Quant aux bénéfices provenant de l'extraction, M. Montreuil a dit qu'on ne pouvait pas les inclure dans les calculs présentés en commission parlementaire car «les sables bitumineux de l'Alberta n'ont pas à financer un plan vert québécois».

La cotisation au fonds vert sera vraisemblablement réservée aux plus grands distributeurs de produits pétroliers. La Régie de l'énergie, qui réfléchit actuellement à une façon de calculer cette cotisation, a fait paraître un avis public samedi dernier demandant aux sociétés de lui faire parvenir une déclaration de leurs volumes d'affaires.

M. Quintal souhaite que la question soit de nouveau étudiée en commission et que les parlementaires demandent aux pétrolières d'expliquer davantage les fondements de leurs calculs.