Fonds vert: les pétrolières auraient menti sur leur niveau de rentabilité

Lors d’une séance de la Commission parlementaire de l’économie et du travail, deux représentants de l’industrie ont affirmé que la somme annuelle de 200 millions que veut leur facturer le gouvernement Charest représente 1,3 ¢ par litre. Or la
Photo: Agence Reuters Lors d’une séance de la Commission parlementaire de l’économie et du travail, deux représentants de l’industrie ont affirmé que la somme annuelle de 200 millions que veut leur facturer le gouvernement Charest représente 1,3 ¢ par litre. Or la

La marge de profit net de l'industrie pétrolière dépasse largement celle de 1,24 ¢ le litre qu'elle a présentée au ministre des Ressources naturelles lors d'une commission parlementaire en novembre, estime un observateur aguerri du secteur.

Le niveau de rentabilité des pétrolières, dont le passage à Québec portait sur le fonds vert de 1,2 milliard que veut constituer le gouvernement à même leurs coffres, est plutôt de deux à quatre fois plus élevé, selon Frédéric Quintal, un des principaux pourfendeurs de l'industrie.

Lors d'une séance de la Commission parlementaire de l'économie et du travail, le 29 novembre dernier, deux représentants de l'industrie ont affirmé que la somme annuelle de 200 millions que veut leur facturer le gouvernement Charest représente 1,3 ¢ par litre. Or la marge de profit net de l'industrie, ont-ils ajouté, ne se situe qu'à 1,24 ¢ le litre.

En désaccord avec cette affirmation, M. Quintal dit avoir retenu l'avis de «quatre sources reconnues du secteur pétrolier nord-américain», dont il présentera les conclusions ce matin lors d'une conférence de presse.

Le passage en commission parlementaire des deux représentants de l'Institut canadien des produits pétroliers (ICPP), Carol Montreuil et Alain Perez, avait duré moins d'une heure et portait essentiellement sur la présentation du mémoire de l'ICPP. À la lecture de la transcription des discussions, auxquelles participent le ministre Pierre Corbeil et la critique du PQ en matière d'énergie, Rita Dionne-Marsolais, il appert qu'à aucun moment les deux hommes ont été obligés d'expliquer la base de leurs calculs.

Quel mécanisme?

Le gouvernement Charest a dévoilé son plan d'efficacité énergétique en juin dernier, mais l'incertitude plane toujours quant au mécanisme de financement qui sera institué afin de bâtir la réserve annuelle de 200 millions pendant six ans.

Pour y parvenir, Québec compte aussi s'adresser aux sociétés spécialisées dans le gaz naturel.

L'industrie pétrolière dit appuyer le plan vert de Québec, affirmant avoir investi elle-même dans l'efficacité énergétique au fil des ans. MM. Perez et Montreuil se sont toutefois inquiétés, en commission, de l'usage qui sera fait des sommes récoltées pour le plan vert de Québec. «Nous posons donc la question: "Les sommes qui seront affectées au plan vert, elles seront affectées en fonction de quels tests de rentabilité?"», a demandé M. Montreuil, qui est vice-président de l'ICPP. M. Perez en est le président.

L'ICPP propose que le nombre de distributeurs pétroliers sollicités pour constituer le fonds soit limité aux 30 plus gros, chose qui inquiète les indépendants, car ceux-ci s'estiment déjà aux prises avec de faibles marges de profit.

L'estimation de 1,3 ¢ le litre a défrayé la manchette le mois dernier, lorsqu'une automobiliste a demandé à la Cour supérieure d'autoriser un recours collectif contre les pétrolières, leur reprochant d'avoir déjà augmenté leurs prix en fonction du plan vert.

La demande de recours, qui vise Esso, Petro-Canada, Ultramar et Shell, porte sur les premiers jours du mois de janvier. M. Montreuil avait cependant affirmé dans les médias que les prix avaient tout simplement fluctué en fonction du marché.

Les trois ténors de l'industrie pétrolière canadienne, Petro-Canada, Shell et Esso, ont engrangé au cours de l'année 2006 des profits combinés de 6,4 milliards. Bon nombre d'analystes affirment que les marges de profit les plus substantielles surviennent immédiatement après le raffinage, lorsque les grandes pétrolières distribuent l'essence à leurs stations et aux indépendants.

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