États-Unis: l'inflation n'a peut-être pas dit son dernier mot

Washington — Les prix à la consommation ont plus augmenté que prévu en janvier aux États-Unis, rappelant que l'inflation n'a peut-être pas dit son dernier mot.

Les prix à la consommation ont augmenté de 0,2 % en janvier par rapport à décembre, et de 0,3 % pour l'indice de base (hors alimentation et énergie), a annoncé hier le département du Travail.

Sur un an, le rapport envoie aussi des signaux mitigés: l'indice général a progressé de 2,1 %, ce qui marque un ralentissement. Mais l'indice de base, qui est jugé plus représentatif parce qu'il exclut les éléments volatils que sont l'alimentation et l'énergie, a progressé de 2,7 % — sa plus forte progression depuis septembre.

«Ce n'est pas exactement ce que la Fed a envie de voir, avec un indice de base qui s'éloigne de la zone de confort», a estimé Sal Guatieri de BMO Financial Group. «Vous pouvez retourner les chiffres dans tous les sens, la réalité est que l'inflation reste un problème pour la Fed», a ajouté l'économiste indépendant Joel Naroff

La banque centrale souhaiterait maintenir l'inflation en dessous de 2 %. Depuis des mois, les indices de base restent obstinément au dessus mais les marchés ont voulu voir un signe d'espoir dans le fait qu'ils n'accéléraient plus — voire commençaient à refluer.

Le président de la Fed Ben Bernanke a lui-même conforté cet optimisme lors de son audition par le congrès la semaine dernière, en jugeant «encourageants» les derniers indicateurs. Il a toutefois assorti ce jugement d'une mise en garde: «si, pour une raison ou une autre, l'inflation augmentait, alors la Réserve fédérale devrait réagir en relevant ses taux d'intérêt», avait-il affirmé.

Le principal taux de la Fed est fixé à 5,25 %.

Pour Bernard Baumohl de l'Economic Outlook Group, «dans un contexte de tensions du marché du travail et de ralentissement de la productivité, un rebond de la croissance va sans doute provoquer une hausse de taux cette année». L'économiste chiffre à 70 % la probabilité que la banque centrale relève son principal taux d'ici la fin 2007.

D'autres au contraire jugent que les chiffres de janvier ne sont qu'un accident et parient toujours sur un ralentissement de l'inflation. «L'économie va croître modérément cette année et l'inflation refluer, ce qui ouvre la voie à une baisse des taux», estime M. Guatieri.

Les chiffres médiocres sur l'immobilier reçus la semaine dernière — notamment la chute des mises en chantier de logement — s'inscrivent parfaitement dans ce scénario. L'immobilier est avec l'inflation l'autre grande inconnue de l'équation dans l'économie américaine aujourd'hui, et même si la Fed estime que le retournement du secteur s'est fait sans dommage pour le reste de l'économie, il se pourrait que le pire soit encore à venir.

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