Évincé de la présidence de Vivendi Universal - Jean-Marie Messier contre les «papys actionnaires»

Paris — Évincé début juillet de la présidence de Vivendi Universal, Jean-Marie Messier s'estime victime d'une machination de «papys actionnaires» menés par Claude Bébéar, l'ancien patron d'Axa.

Dans son livre Mon vrai journal, dont Le Monde publie des extraits dans son édition datée d'aujourd'hui, l'ex-p.-d.g. de Vivendi livre sa version de la crise qui a secoué l'entreprise au premier semestre 2002. L'ouvrage, imprimé à 15 000 exemplaires par les éditions Balland selon le quotidien, devrait être proposé jeudi en librairie en France.

S'il reconnaît des erreurs de gestion, Jean-Marie Messier y expose surtout le complot dont il s'estime victime. Claude Bébéar, qui n'est pas membre du conseil d'administration de Vivendi, aurait par l'intermédiaire d'Henri Lachmann, p.-d.g. de Schneider Electric, conduit une «traque à la française avec les réseaux souterrains, les petits rabatteurs, les mensonges et les faux-semblants».

Il qualifie Claude Bébéar de «grand chasseur de fauves mais pas seulement en Afrique», selon des passages de l'ouvrage révélés par Le Monde. Le jour où M. Fourtou a pris la tête de Vivendi Universal, le 3 juillet dernier, Claude Bébéar en est devenu membre du conseil d'administration. À partir de juillet, «Claude est là, chez Vivendi Universal, au "bureau", tous les jours, en véritable coprésident. Il apporte un président, Jean-René Fourtou, ainsi qu'un président de comité de la stratégie, Henri Lachmann», écrit Jean-Marie Messier dans son ouvrage.

«Il fournit également un auditeur avec Price Waterhouse. Le hasard faisant bien les choses, ce dernier se trouve également être l'auditeur d'Axa, mais aussi d'Aventis, dont est issu Jean-René Fourtou, et de Schneider Electric, que préside Henri Lachmann», poursuit-il.

Il accuse en outre certains actionnaires américains, notamment la branche familiale de Charles Bronfman, ancienne actionnaire de Seagram-Universal, de l'avoir «harcelé». L'ex-p.-d.g. estime que ces actionnaires américains, ainsi que le journal Le Monde, ont joué un rôle dans son éviction.

Jean-Marie Messier admet toutefois avoir commis des erreurs ayant conduit à une crise de liquidités à l'été 2002. Il avait contracté des «dettes mal réparties, trop concentrées dans le temps» et regrette de n'avoir pas «emprunté plus cher, mais à plus long terme». Il considère qu'il aurait dû céder Vivendi Environnement «quelques mois plus tôt». Son successeur Jean-René Fourtou a pris cette décision le 7 novembre.

Par ailleurs, l'ex-p.-d.g. de Vivendi révèle dans son livre être à l'origine de la vente du groupe L'Express au Figaro par M. Fourtou: «Les négociations avaient été ouvertes avec mon accord afin d'aider à la constitution d'un groupe de presse puissant face au Monde.»

Jean-Marie Messier y confie aussi des souvenirs personnels: sa rencontre avec les loups élevés par la pianiste Hélène Grimaud sur la côte est des États-Unis; ou encore sa descente d'un rapide avec Bill Gates lors d'un week-end à Sun Valley.

Enfin, dans ses considérations sur la réforme du capitalisme, il plaide pour la limitation du recours aux stock-options, le retour d'une prédominance du politique sur l'économique et l'introduction de contre-pouvoirs face à la mondialisation.