Portrait - VertigoXmedia a des géants pour partenaires

Mardi dernier, tous les employés de VertigoXmédia ont suivi les élections législatives américaines à la télévision. C'est que la soirée marquait non seulement l'apothéose de George W. Bush mais aussi celle de mois, voire d'années de travail acharné dans les studios de la PME logée dans un bâtiment historique du Vieux-Montréal.

Fondée à la fin de 1996, l'entreprise conçoit des logiciels permettant à ses clients — parmi lesquels figurent tous les grands réseaux de télédiffusion des États-Unis — de réaliser rapidement des graphiques et des tableaux de résultats qui se mettent à jour automatiquement, en se basant sur les plus récentes données fournies par les agences de presse, les Bourses, les satellites météo... ou les bureaux de scrutin. Ces diagrammes peuvent ensuite être intégrés à des reportages ou prendre la forme de téléscripteurs qui défilent au bas de l'écran pendant les bulletins d'information, les rencontres sportives ou les événements spéciaux.

«Pour la soirée électorale, nous avions créé des gabarits pour chacun de nos clients — CNN, ABC, NBC, CNBC, MSNBC et le réseau Time Warner Cable — avec leur logo et leurs couleurs, explique David Wilkins, président et fondateur de VertigoXmedia. Dès que les votes étaient compilés, les résultats étaient automatiquement intégrés aux images pour que le public puisse suivre facilement la progression des deux partis.»

M. Wilkins était à New York, le jour du vote, pour veiller au bon fonctionnement de la technologie, répondre aux questions et rassurer les clients. Ses employés étaient disséminés dans les salles de nouvelles du pays, pour fournir une assistance technique aux clients qui le souhaitaient. «Notre logiciel est conçu pour que les journalistes puissent l'utiliser eux-mêmes. Ils n'y a pas de programmation à faire, c'est une interface simple. Mais certains préfèrent quand même qu'on fasse la conception graphique pour eux. C'est une question de moyens.»

Et de confiance, pourrait-on ajouter. Car même si le système est bien rodé et que la plupart des clients l'utilisent depuis quelque temps déjà, le stress est énorme. «On ne peut pas se tromper dans des circonstances comme celles-là, pour des clients comme ça», souligne le jeune homme d'affaires.

Heureusement, jusqu'à maintenant, Vertigo a toujours su répondre aux besoins de ses clients. La semaine dernière, l'un d'eux a même confié à M. Wilkins que l'utilisation de la grosse plateforme logicielle de Vertigo — ProducerXmediaÔ — lui avait permis d'épargner près de deux millions $US lors de la soirée des élections législatives de 2002. «Avant, tout était fait à la mitaine. Chaque salle de nouvelles devait compiler ses données et créer ses tableaux à mesure. C'était beaucoup plus long», souligne-t-il.

Un contrat qui fait tout basculer

Près d'une quarantaine de personnes —gestionnaires, programmeurs ou graphistes — travaillent dans les immenses locaux de VertigoXmedia, rue Saint-Paul, dans le Vieux-Montréal. Le matin, tous les postes sont déserts. «Ça ne commence pas tôt, les artistes», rigole Maria Porco, vice-présidente du développement des affaires de l'entreprise. «Mais ça travaille souvent le soir et les fins de semaine.»

Dans un coin trône d'ailleurs une magnifique table de billard autour de laquelle sont nées plusieurs idées. «Notre travail est souvent super stressant, alors nous avons essayé de créer un environnement propice à la détente et à la créativité», explique la jeune femme, qui s'est jointe à l'équipe de Vertigo en 1998.

À l'époque, l'entreprise venait de prendre le virage télévisuel après quelques années consacrées à la conception de sites Internet. «Au départ, en 1997, on offrait nos services pour créer des catalogues en ligne. C'était du commerce électronique, en fait, raconte M. Wilkins. Mais notre premier contrat en télédiffusion a tout fait basculer. On a changé notre plan d'affaires!»

C'est que le client était gigantesque, et le défi, quasi titanesque. «Le réseau ABC nous a demandé de prendre en charge les graphiques lors de la diffusion hebdomadaire des matchs de football. C'était une première pour nous. Et pour eux aussi! Avant, ce genre de choses-là ne se faisait qu'à l'occasion d'événements spéciaux», souligne M. Wilkins.

L'expérience s'est révélée tellement concluante qu'en quelques mois à peine, toutes les grandes chaînes ont fait appel aux services de la jeune PME québécoise. Depuis, Vertigo a collaboré au Super Bowl, à la Série mondiale de baseball, à l'élection présidentielle de 2000 ainsi qu'à deux élections législatives aux États-Unis. «Tout s'est passé très rapidement», reconnaît M. Wilkins.

Aujourd'hui, Vertigo réalise plus de 80 % de son chiffre d'affaires à l'étranger: aux États-Unis surtout, mais aussi en Argentine, en Finlande et en Norvège. Au Canada, la PME a récemment signé une importante entente avec la Société Radio-Canada pour mettre au point des environnements graphiques automatisés pour les émissions d'information.

RDI a été la première à bénéficier du partenariat. Depuis peu, deux bandeaux animés bordent l'image principale, formant une sorte d'«équerre» où défilent les indices boursiers et les manchettes. D'autres projets du même type devraient aussi faire leur apparition sur les ondes sous peu.

Le local, puis le monde

Mais les géants des communications ne seront bientôt plus les seuls à pouvoir profiter de la bonne idée de Vertigo. L'entreprise vient en effet de mettre en marché une version moins élaborée et surtout moins coûteuse de sa plateforme. Ce nouveau produit — qui tient avec son manuel d'instruction dans une boîte de la grosseur d'un dictionnaire — est destiné aux stations locales qui disposent d'un budget limité. Le logiciel se vend entre 10 000 et 15 000 $.

Pour les prochaines années, la PME entend consolider sa place dans le marché en faisant découvrir ses produits aux télévisions, d'abord, puis aux sites Internet d'information en Amérique du Nord, en Asie et en Europe. Par la suite, il s'agira de diversifier la clientèle en s'attaquant aux marchés croissants de la télévision interactive et des réseaux cellulaires. Ou encore à l'immense marché des entreprises privées. «Certaines grosses compagnies ont leurs propres chaînes de télévision où elles diffusent de l'information interne ainsi que des animations. Notre logiciel pourrait leur être utile.»

Mais pour réaliser ses projets, la PME a besoin d'argent neuf. «Depuis nos débuts, nous n'avons reçu que 1,5 million $US en capital de risque de Telesystem. Je crois que nous en avons fait bon usage. Nous avons maintenant de bons produits, de bons partenaires et de gros clients. Mais il nous faut trouver d'autres sources de financement», souligne M. Wilkins. Sauf que les investisseurs échaudés par la dégringolade des technos ne se pressent pas au portillon en dépit du bilan exceptionnel de Vertigo. «La crise ne nous a pas été trop néfaste, sauf pour ça», fait-il remarquer.

Mais l'homme d'affaires et son équipe ont bon espoir de dénicher un mécène d'ici au printemps. Après tout, Vertigo a déjà été nommée entreprise de l'année 2001 par la Banque nationale. Et elle fait depuis peu partie des Technology Fast 50, un palmarès des 50 entreprises technologiques qui ont vu leurs revenus croître le plus rapidement depuis cinq ans établi par Samson Bélair/Deloitte et Touche.

Si tout va comme prévu, elle devrait compter une centaine d'employés d'ici à cinq ans, dit David Wilkins. En choisissant ses nouveaux locaux, les dirigeants ont d'ailleurs prévu de l'espace pour eux. Et puis, cela relèvera sans doute le niveau des tournois de billard. Plus on est de fous... plus on crée?