Marchés boursiers - L'Irak a pesé sur le dollar et Wall Street

La perspective d'un conflit armé avec l'Irak a fait reculer le dollar hier tout en pesant sur les marchés boursiers, victimes en plus des inquiétudes liées aux perspectives de résultats d'entreprises, tandis que le marché obligataire a fini en hausse dans des échanges limités à la veille du long week-end du 11 novembre.

Le marché obligataire, qui a clôturé dès 14h et sera fermé lundi pour le Veterans Day, a en revanche peu réagi à la décision du Conseil de sécurité des Nations unies d'approuver à l'unanimité une résolution donnant à l'Irak une dernière chance d'éliminer ses armes de destruction massive pour éviter de «graves conséquences». Le soutien des Nations unies à la résolution, préparée par les États-Unis et la Grande-Bretagne, était attendu à Wall Street.

Marché partagé

Le marché boursier est partagé: certains estiment que cela a eu peu d'influence sur les cours, mais d'autres jugent que cela rappelle à Wall Street que la question n'est pas encore réglée et qu'une offensive militaire américaine sera davantage probable si Bagdad n'accepte pas d'ici une semaine la résolution de l'ONU.

«Cela pèse temporairement sur le marché», explique Ron Doran, responsable des transactions institutionnelles chez C. L. King & Associates. «Mais c'est positif à long terme [...]. Quoi qu'il arrive, s'il se désarme lui-même ou si nous devons le désarmer [le président irakien Saddam Hussein], il y a une solution.»

Le marché des changes a quant à lui conclu au caractère quasi inévitable d'un conflit. «Il arrivera toujours un moment où les États-Unis ou d'autres décideront que l'Irak ne se conforme pas à la résolution — même s'il reste toujours une possibilité qu'ils le fassent —, et cela ne fait que renforcer la menace d'un conflit», souligne Bob Lynch, stratège des changes chez BNP Paribas. «Et tout risque d'escalade militaire augmente l'aversion pour le risque et travaille contre le dollar.»

À ses plus bas en séance, le dollar s'inscrivait en baisse de plus de 1,2 % contre le yen, à 119,56 yens, son plus mauvais niveau depuis la mi-septembre. Il est ensuite revenu aux alentours de 119,82 yens en fin de séance contre 121,12 yens la veille en clôture à New York. Le passage du dollar sous les 120 yens ravive le spectre d'une intervention de la Banque du Japon si la tendance devait s'accélérer. L'euro a grignoté 0,4 % pour se hisser à 1,0149 $, un nouveau sommet depuis trois mois et demi, avant de redescendre aux environs de 1,0128 $ contre 1,009 $. Sur la semaine, le billet vert a abandonné 1,5 % à l'euro et 1,9 % au yen.

À Wall Street, les investisseurs ont continué à prendre leurs bénéfices après un rebond d'un mois qui a permis aux principaux indices de reprendre quasiment de 20 à 25 % depuis leurs plus bas de cinq ans du début octobre. «L'écrasante majorité d'investisseurs bien informés disent qu'ils ne croient pas au "rallye"», souligne Hugh Johnson, responsable des investissements chez First Albany. «Ils estiment

que l'économie américaine va connaître des difficultés.»

Le Dow Jones a perdu 49,11 points, soit 0,6 %, à 8537,13, et l'indice Standard & Poor's, 500 7,91 points (0,9 %), à 894,74. Le Nasdaq a abandonné 17,43 points (1,3 %), à 1359,28, après un plus bas en séance de 1354,28. À Toronto, l'indice TSX a clôturé à 6390,01, en hausse de 5,59 points (0,01 %).

Sur la semaine, le Dow conserve une hausse de 0,2 %, sa cinquième progression hebdomadaire d'affilée, mais le S&P 500 perd 0,7 %, et le Nasdaq, 0,1 %. «Il y a des prises de bénéfices en ce moment. Après quatre semaines et demie, c'était à prévoir. La question était simplement de savoir quand», note Al Kugel, stratège senior en investissements chez Stein Roe & Farnham.

La principale ombre planant sur le marché, selon lui, c'est le statu quo monétaire décidé jeudi par la Banque centrale européenne alors que la Réserve fédérale avait baissé ses taux d'un demi-point la veille pour redonner du tonus à la reprise économique américaine, en perte de vitesse. «Cela signifie que les économies européennes seront moins fortes et moins à même de soutenir nos activités à l'exportation», constate-t-il.

McDonald's surprend

McDonald's a surpris le marché en début de journée en indiquant qu'il ne pourrait pas atteindre l'objectif de bénéfice par action pour 2002 qu'il anticipait encore à la fin octobre en raison de la concurrence de plus en plus féroce qui l'oblige à se restructurer aux États-Unis et à l'international. Pour leur part, les titres General Electric et Disney ont été déprimés par des commentaires négatifs d'analystes. Les titres de ces trois groupes figurent parmi les 30 valeurs-vedettes du Dow Jones.

La Bourse a également souffert des problèmes de Tenet Healthcare, deuxième groupe hospitalier américain, qui fait l'objet d'une enquête fédérale sur ses méthodes de facturation. Le titre a subi hier sa plus forte baisse journalière depuis 20 ans (-46,7 %).

«La réalité est que si on a progressé pendant près de cinq semaines, on doit redescendre, et pas seulement pendant une seule séance mais pendant plusieurs séances d'affilée», a estimé Larry Wachtel, analyste de Prudential Securities. «Le marché continue à digérer» la baisse de 50 points de base des taux directeurs de la Réserve fédérale mercredi, qui a surpris les investisseurs qui tablaient sur une diminution moins importante, a indiqué Art Cashin, analyste d'UBS PaineWebber. «Il faut attendre de voir si elle aura un effet quelconque sur la reprise économique.»

Le marché obligataire a continué à s'apprécier, profitant d'un transfert de capitaux depuis la Bourse. Le rendement de l'obligation du Trésor à 10 ans a reculé à 3,83 %, contre 3,86 % jeudi soir, et celui de l'obligation à 30 ans, à 4,77 %, contre 4,88 %.