La Bourse de Tokyo est en quête d'alliances

Tokyo — La Bourse de Tokyo (TSE), dont la couronne de première place financière d'Asie est convoitée par des concurrentes chinoises aux dents longues, s'est lancée depuis peu dans une politique d'alliances à marche forcée afin de garder sa primauté sur son continent.

À peine avait-il paraphé le 31 janvier un accord de coopération avec la Bourse de New York (NYSE) que le président du TSE, Taizo Nishimuro, s'envolait pour Chicago, pour des discussions avec le plus grand marché mondial de produits dérivés. La nature des pourparlers n'a pas été divulguée.

«Le TSE n'avait d'autre choix que de s'allier avec le NYSE. Faute de quoi il serait devenu un marché mineur, dépassé par Hong Kong», explique Toshihiro Matsuno, analyste chez SMBC Friend Securities.

Hong Kong, premier centre financier de Chine, est lui-même talonné par Shanghaï, dont l'indice composite s'est envolé d'environ 150 % l'année dernière.

Selon des chiffres gouvernementaux, les entreprises chinoises ont levé la somme record de 559,4 milliards de yuans (55,7 milliards d'euros) sur les marchés d'actions en 2006, soit près de trois fois plus qu'en 2005.

Le volume d'échanges quotidien sur les places chinoises dépasse désormais les 20 milliards de dollars, un montant comparable avec ceux négociés à New York et Tokyo, les deux premières Bourses mondiales.

«Sans l'alliance avec le NYSE, le TSE courait le risque de se retrouver à la traîne dans la mondialisation», juge Hiroyuki Nakai, stratège au Centre de recherche Tokai Tokyo.

«De nombreuses sociétés chinoises s'introduisent sur les marchés américains au moment où la plupart des sociétés japonaises s'en retirent. En s'alliant avec le NYSE, le TSE peut corriger cette tendance», ajoute-t-il.

Malgré la reprise économique constatée actuellement au Japon, la Bourse de Tokyo peine à attirer les sociétés étrangères: seules 25 y sont cotées.

Les Bourses chinoises, de leur côté, tentent beaucoup les entreprises étrangères, mais celles-ci hésitent pour le moment à s'y lancer en raison des restrictions réglementaires en Chine sur le rapatriement des fonds levés sur les marchés d'actions.

«Le TSE essaye de faire venir les sociétés chinoises, mais en raison d'un manque de personnel celles-ci s'avèrent difficiles à démarcher à grande échelle», reconnaît pour sa part le porte-parole du TSE, Satoshi Futagi. «Nous pensons que notre alliance avec New York va nous rendre plus attractifs», espère-t-il.

Outre New York et Chicago, la Bourse de Londres (LSE) et Deutsche Boerse mènent actuellement des discussions avec Tokyo. En décembre, le TSE a déjà signé un accord de coopération avec le Singapore Exchange.

Selon Kenichi Azuma, stratège chez Cosmo Securities, l'alliance avec le NYSE est certes une bonne chose, mais un accord avec une autre grande place d'Asie comme Shanghaï «aurait encore plus de mérite».

«En s'alliant avec un autre marché d'Asie, le TSE rehausserait son image de marque dans la région», estime-t-il.

Pour le moment, la Bourse de Tokyo reste un organisme public, ce qui limite sa marge de manoeuvre puisqu'aucun accord ne peut être consolidé au moyen d'un échange de participations.

La privatisation du TSE devrait en principe intervenir en 2009, une fois que le marché tokyoïte aura achevé la modernisation de son système informatique, dont les défaillances ont été à l'origine de plusieurs incidents désastreux pour la réputation de la première place financière asiatique.

Le pire de ces incidents est survenu en janvier 2006, quand la Bourse a dû fermer avec une demie heure d'avance, ses ordinateurs menaçant d'exploser en raison d'une avalanche d'ordres de vente passés par des petits porteurs, paniqués par un scandale affectant le portail Internet Livedoor.