La restructuration d'Airbus alourdit les craintes sociales et politiques

Les syndicats allemands ont rassemblé 25 000 personnes vendredi autour des sept usines allemandes du groupe Airbus. Ils craignent 500 à 8000 suppressions d’emplois, et le quotidien Die Welt citait vendredi un document confidentiel d’Airbus à Toulo
Photo: Agence France-Presse (photo) Les syndicats allemands ont rassemblé 25 000 personnes vendredi autour des sept usines allemandes du groupe Airbus. Ils craignent 500 à 8000 suppressions d’emplois, et le quotidien Die Welt citait vendredi un document confidentiel d’Airbus à Toulo

Paris — Les tensions sociales et nationales pèsent de plus en plus sur la finalisation du plan de restructuration d'Airbus, qui doit en principe annoncer le 20 février des économies de fonctionnement draconiennes, des suppressions d'emploi et d'importantes réorganisations industrielles.

Trois jours après une mobilisation massive des syndicats allemands qui ont rassemblé 25 000 personnes vendredi autour des sept usines allemandes du groupe, les syndicats français, qui s'étaient contentés de délégations aux préfectures vendredi, ont renforcé la mobilisation en annonçant une heure de débrayage pour aujourd'hui.

Le président d'Airbus et aussi coprésident de sa maison-mère EADS, Louis Gallois a eu beau répéter que le plan serait «difficile mais juste et équitable», la peur d'un plan social est doublée de craintes politiques de voir une des deux principales bases industrielles du constructeur européen, l'Allemande ou la Française vidée de sa substance au profit de l'autre.

Si le gouvernement français est resté relativement discret ces derniers jours, le magazine allemand Der Spiegel affirmait hier que la chancelière allemande, Angela Merkel, voulait rencontrer M. Gallois avant le 20 février.

Sans commenter l'information, un porte-parole du gouvernement allemand indiquait à l'AFP que Berlin «utiliserait tous les moyens à sa disposition pour représenter auprès d'EADS les intérêts des sites allemands d'Airbus».

De son côté le ministre de l'Économie Michael Glos menaçait dimanche dans la presse de «revoir les contrats de défense» avec le groupe européen de défense et d'aéronautique (EADS), si le plan de restructuration de l'avionneur pénalisait son pays plus que les autres. Le gouvernement allemand a rectifié le tir hier, affirmant par la voix d'un porte-parole qu'il n'était pas question de «menacer», mais de discuter.

Le calendrier du groupe EADS semble lui-même chahuté par ces turbulences. Ainsi au moment même où les syndicats français ont annoncé hier que leur débrayage aurait lieu pendant un conseil d'administration d'EADS, une source proche du conseil a indiqué à l'AFP que cette réunion était annulée.

Selon le quotidien français Le Monde, qui évoque également ce report de calendrier hier sur son site Internet, le groupe voudrait «attendre un climat plus serein» pour avoir cette réunion.

La tension est à la mesure de l'enjeu. Pour économiser cinq milliard d'euros d'ici à 2010 puis deux milliards par an, Airbus a indiqué qu'il voulait notamment économiser 30 % sur les frais de fonctionnement d'un groupe de 56 000 salariés. De sources concordantes, le plan prévoit aussi de ramener la part produite en interne de 65 % à 50 %, de centraliser au sein d'EADS les fonctions achats, finances, ressources humaines, l'informatique...

Viendra ensuite la réorganisation industrielle, la cession d'activités non essentielles à des sous-traitants, ainsi qu'une nouvelle répartition du travail entre sites.

Les syndicats allemands craignent 500 à 8000 suppressions d'emplois, et le quotidien Die Welt citait vendredi un document confidentiel d'Airbus à Toulouse selon lequel la direction voudrait subordonner les sites allemands à leurs homologues français et réserver les technologies de pointe à ces derniers.

Parallèlement l'usine allemande de Brême, chargée jusqu'ici d'équiper en volets les ailes anglaises et le plan horizontal arrière espagnol serait contrainte de les abandonner à ces partenaires.

Côté français, la rationalisation industrielle n'incite guère à l'optimisme. Les syndicats redoutaient hier «le rapatriement en Allemagne de la chaîne A320, sans démenti de la part de notre direction générale».