Bilan du 37e Forum économique mondial - Davos: l'année du changement climatique

Rex W. Tillerson, p.-d.g. d’Exxon. L’entreprise américaine, qui a dépensé des millions de dollars pour nier l’impact de l’activité humaine sur le réchauffement climatique, reconnaît à demi-mot, un virage. Accusée hier de détruire la croi
Photo: Agence Reuters Rex W. Tillerson, p.-d.g. d’Exxon. L’entreprise américaine, qui a dépensé des millions de dollars pour nier l’impact de l’activité humaine sur le réchauffement climatique, reconnaît à demi-mot, un virage. Accusée hier de détruire la croi

Le 37e Forum de Davos ne fera pas partie des plus flamboyants. Aucun représentant du gouvernement américain n'est descendu d'un hélicoptère de l'US Air Force comme Dick Cheney en 2003, aucune star n'a fait tourner les têtes comme Sharon Stone en 2005 et aucun pays n'a, comme l'Inde en 2006, brillé de mille feux. Qu'importe, l'optimisme habitait les 2500 participants. Pas de doute: 2007 sera encore un très bon millésime pour l'économie mondiale. Davos 2007 aura été l'année du changement climatique.

Les entreprises américaines, dont le lobbying explique en partie la non-ratification du protocole de Kyoto par les États-Unis, ont tourné casaque. Même Exxon, qui a dépensé des millions de dollars pour nier l'impact de l'activité humaine sur le réchauffement climatique, reconnaît à demi-mot un virage. Accusée hier de détruire la croissance, la protection de l'environnement est devenue un véritable business. «Green is gold», résume un professeur de l'université Yale. Une thèse validée par le rapport de l'ancien chef du service économique du gouvernement britannique, Nicholas Stern.

Pourtant, même les libéraux en conviennent: le marché ne sauvera pas, seul, l'environnement. L'action des États est indispensable, notamment pour aller au-delà du protocole de Kyoto. Alors que celui-ci prévoit une réduction de 5 % des émissions de dioxyde de carbone, les scientifiques s'accordent à dire que ce taux doit être porté rapidement à 60 % voire 70 %, selon David Runnals, universitaire canadien. On en viendrait presque à oublier que 1,6 milliard de personnes n'ont toujours pas accès à l'électricité.

L'avenir de la planète dépend en fait des États-Unis, qui sont de loin les principaux consommateurs d'énergie, et de la Chine et de l'Inde qui le deviennent. «Dans les vingt ans qui viennent, 600 millions de Chinois vont habiter en ville. Ne faites pas les mêmes erreurs que nous. Construisez des villes durables. Ne favorisez pas le transport automobile pour satisfaire les besoins de votre industrie », a enjoint le professeur Steve Chu, de l'université de Berkeley, à ses interlocuteurs chinois.

Le poids pris par la Chine sur la scène internationale revenait dans toutes les conversations. Lors du débat sur les perspectives économiques 2007, le représentant de la banque centrale chinoise occupait symboliquement le fauteuil central, Jean-Claude Trichet (Banque centrale européenne) et Robert Kimmit (Trésor américain) se contentant des places latérales. Après avoir été l'usine du monde, la Chine veut favoriser la consommation intérieure et augmenter la qualité de ses produits. «Après la quantité, la qualité», a résumé l'économiste américain Stephen Roach.

Alors que les diplomates se demandent pourquoi Pékin a envoyé un de ses missiles détruire un vieux satellite, les Chinois se sont voulus rassurants. «La société harmonieuse que nous voulons promouvoir ne concerne pas que la Chi ne mais aussi nos relations internationales», ont-ils expliqué. «Nous ne sommes pas une superpuissance et nous ne le serons jamais», a affirmé Cheng Siwei, un vice-président de l'Assemblée du peuple. Commentaire d'un observateur de Singapour, Kishure Mahbubani: «La Chine craint d'être vue comme une menace si elle essaie de jouer un rôle plus important dans l'organisation du monde.»

Alors que l'excédent commercial chinois fascine et inquiète, trente ministres du commerce ont multiplié les rencontres pour tenter de relancer le cycle des négociations commerciales de Doha, en présence de Pascal Lamy, directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC): Doha était à Davos. Les négociations, lancées en 2001, étaient tombées dans l'impasse en juillet 2006, mais elles ont été relancées cahin-caha depuis. La ville symbole de la mondialisation voulait fournir l'occasion de franchir un pas vers un accord. Présent à Davos, le président Lula a lancé aux États-Unis et à l'Europe: «Les concessions que vous ferez sur le plan commercial seront autant de gagné sur vos budgets militaires à venir.»

Mais rien n'est sorti de ces rencontres, si ce n'est un communiqué pour dire que le processus doit continuer vers une conclusion positive. Les discussions techniques n'ont pas assez avancé, il était trop tôt pour que les ministres s'engagent. Si l'ombre de l'OMC planait sur Davos, c'était surtout à cause de l'inquiétude d'une menace sur la mondialisation par un retour du protectionnisme. Un échec de Doha pourrait le justifier, le précipiter. Plusieurs débats sur les «angoisses» des classes moyennes ont souligné que la mondialisation faisait aussi des perdants, «y compris dans les pays émergents», a remarqué Carlos Ghosn. La crainte davosienne est que les politiques ne s'en saisissent et ne trouvent comme réponse que des mesures de fermeture et de protection. «Un manifeste pour la globalisation» a été énoncé pour enjoindre les politiques à renoncer à toute attitude «défensive» vis-à-vis de la mondialisation. Le business devrait lui aussi s'impliquer. «Nous n'en faisons certainement pas assez», a reconnu le patron de Renault et de Nissan.

Un futur commun

Si le commerce inquiète, les technologies rassurent. Parmi les motifs d'optimisme des global leaders, les avancées technologiques sont à placer au premier rang. Le Forum de Davos a toujours accordé une large place à Bill Gates et consorts. Après l'explosion de la bulle Internet de 2000, les débats sur la Toile avaient été moins suivis. Mais ils le sont à nouveau. Le Forum a lui-même sauté le pas en retransmettant nombre d'échanges sur le Net et en créant un forum sur le site SecondLife. Les débats sur le monde «virtuel» du Web 2.0 où chaque internaute peut exposer une vidéo, ouvre l'ère des débats participatifs globalisés. «La technologie rend le pouvoir aux gens», a expliqué Chad Hurley, fondateur de YouTube. Quelle conséquence cet individualisme aura-t-il sur les débats politiques ou les liens sociaux? Entrons-nous dans l'ère d'un nouveau communautarisme à l'échelle mondiale? Les réponses restent ouvertes.

Alors que la protection de l'environnement fait craindre que les entreprises ne se détournent d'une autre grande cause — le développement de l'Afrique —, Tony Blair, héraut de l'aide au continent noir, a lancé un vibrant appel en faveur d'une meilleure gouvernance mondiale. «Ce qui est en train de se passer, c'est que les nations, même les plus grandes, réalisent qu'elles ne peuvent plus se préoccuper uniquement de leurs intérêts nationaux sans invoquer des valeurs globales plus larges», a-t-il affirmé. Si le monde n'est sans doute pas tout à fait plat, le Forum de Davos a voulu montrer que la mondialisation est notre futur commun.