Vallée-Jonction - Olymel: Québec et la Coop fédérée préparent l'après-fermeture

On a produit 7,1 millions de porcs en 2006 au Québec. À lui seul, l’abattoir de Vallée-Jonction reçoit 20 % des porcs.
Photo: Agence France-Presse (photo) On a produit 7,1 millions de porcs en 2006 au Québec. À lui seul, l’abattoir de Vallée-Jonction reçoit 20 % des porcs.

Même si le ministre du Travail, Laurent Lessard, refuse de jeter l'éponge dans le dossier Olymel à Vallée-Jonction, Yvon Vallières, son collègue à l'Agriculture, annonce la mise en place immédiate d'un comité interministériel élargi qui verra à faire en sorte que tous les porcs produits au Québec aillent dans des abattoirs québécois à partir du 25 mai prochain, date annoncée pour la fermeture de l'abattoir beauceron. De son côté, la Coop fédérée «tourne la page» et propose l'élaboration «d'un nouveau modèle de production, aussi souple que possible, afin de répondre rapidement aux impératifs de la mondialisation».

L'annonce de la fermeture de l'abattoir de Vallée-Jonction, qui est le plus important et le plus moderne des abattoirs québécois, a provoqué un véritable choc dans l'industrie porcine, en particulier chez les producteurs qui se demandent où iront leurs porcs à partir du 25 mai. Accompagné des ministres Raymond Bachand et Lessard, M. Vallières a expliqué qu'il fallait dès maintenant prévoir des lieux d'abattage pour accueillir les porcs qui ne pourront plus aller à Vallée-Jonction. Son objectif est de maintenir la même capacité d'abattage après le 25 mai, ce qui suppose des ajustements dans les abattoirs qui poursuivront leurs activités, par exemple l'ajout d'un quart de travail, l'installation de réfrigérateurs, la formation de personnel nouveau, l'investissement dans les installations, etc. Il faudra d'abord faire le tour des abattoirs pour savoir lesquels sont intéressés à augmenter leur production. Le comité interministériel élargi comprend aussi les ministères des Affaires municipales, du Développement durable et celui du Conseil exécutif (premier ministre).

Pour ce qui est de la distribution des porcs entre l'ensemble des usines, M. Vallières a précisé que la loi actuelle de la mise en marché continue de s'appliquer, à savoir que c'est la responsabilité de la Fédération des producteurs de porcs (FPPQ), affiliée à l'UPA, d'effectuer cette distribution, selon la formule établie des trois paliers, à savoir par préattribution de volumes précis à chacun des abattoirs; en second lieu, il y a contrats par soumissions et, enfin, l'encan résiduel, lequel a d'ailleurs été suspendu depuis novembre dernier parce que les prix du porc s'étaient effondrés. «Nous allons accompagner la fédération dans les prochains mois», a promis le ministre.

On a produit en 2006 au Québec 7,1 millions de porcs. À lui seul, l'abattoir de Vallée-Jonction reçoit 20 % des porcs; celui de Saint-Valérien, qui fermera ses portes le 31 mars, en reçoit 10 %. En outre, il y a une autre compagnie, ATrahan, dont l'abattoir à Yamachiche est en grève, qui a une capacité d'abattage de 10 %. Bref, il se pourrait que, le 25 mai, 40 % des porcs n'aient pas de lieu où se faire abattre, à moins qu'on intervienne dès maintenant. Selon le ministre, il y a «sur papier» une capacité d'abattage de 10,8 millions de porcs.

Mais encore faut-il que les propriétaires de ces installations veuillent augmenter leurs activités et qu'ils acceptent de faire les investissements requis. À cet égard, M. Bachand rappelle qu'Investissement Québec peut offrir à ces entreprises ses programmes de prêts habituels. Le ministère de l'Emploi peut aider à la formation du personnel et la Financière agricole est là pour du financement.

Pour sa part, la Coop fédérée, actionnaire majoritaire dans Olymel, a confirmé hier matin de façon on ne peut plus officielle que «la relance de l'industrie porcine québécoise se fera désormais sans l'usine de Vallée-Jonction». Denis Richard, le président du conseil, a déclaré que la Coop fédérée s'engage à faire la mise en marché de tous les porcs provenant de ses membres et de ceux qui allaient auparavant chez Lafleur, devenu un partenaire dans Olymel. Cela représente 1,2 million de porcs venant des membres coopératifs et 400 000 de Lafleur, soit au total 1,6 million de porcs. Or, jusqu'à maintenant, Olymel reçoit environ 3,1 millions de porcs. Il y aurait donc 1,5 million de porcs à livrer dans d'autres abattoirs que ceux d'Olymel, si Olymel ne recevait que les porcs venant de son réseau de base. Toutefois, selon la loi et la mise en marché collective actuelle, la FPPQ ne tient pas particulièrement compte de l'origine des porcs au moment de leur distribution aux abattoirs.

Dans son communiqué publié hier, la Coop fédérée mentionne que «les problèmes structuraux qui frappent l'industrie porcine nécessitent une réforme en profondeur qui doit permettre de concilier les divers intérêts des intervenants». Elle ajoute que «la quête d'une solution durable demande une réflexion partagée au sein de l'industrie». M. Richard tire la conclusion suivante: «Nous devons élaborer ensemble un modèle de production aussi souple que possible afin de répondre rapidement aux impératifs de la mondialisation.» C'est sans doute en prévision de ces changements éventuels que le mandat donné par Olymel à Lucien Bouchard comprend des discussions avec les producteurs, afin d'obtenir des ajustements à la mise en marché. Est-ce que cela sera possible sans contrevenir au principe d'une mise en marché collective ne tenant pas compte du lien qui existe entre un producteur coopérateur et sa coopérative?

On a vu par exemple dans l'industrie de l'érable un conflit majeur mettant en cause Citadelle, une coopérative voulant obtenir en exclusivité le sirop des membres producteurs. Le cas est allé jusqu'en Cour suprême et Citadelle a perdu sa cause. Jusqu'à maintenant, les rapports entre la FPPQ et la Coop fédérée semblaient plutôt bons. La Coop fédérée insiste beaucoup sur le besoin d'une «réflexion partagée au sein de l'industrie». Malgré l'échec des négociations à Vallée-Jonction, M. Richard «réaffirme toute sa confiance en Lucien Bouchard, qui a fait un excellent travail jusqu'à maintenant, et nous sommes confiants que son expertise sera un précieux atout dans la relance de la filière porcine».

Évidemment, tout le monde se demande ce qu'il adviendra de l'abattoir de Vallée-Jonction, si vraiment il demeure fermé. M. Richard a pour sa part répondu qu'il fallait d'abord parler aux partenaires d'Olymel pour la suite des choses. M. Vallières n'en a évidement aucune idée, mais il rappelle que l'abattoir de Princeville avait été fermé pendant plus d'un an avant d'être remis en activité.

La journée d'hier fut très fertile en conférences de presse sur le cas de Vallée-Jonction, et la dernière a été celle de la CSN qui, selon la Presse canadienne, se dit «extrêmement déçue» qu'on fasse sienne la version d'Olymel en se lançant dans la préparation de l'après-fermeture. «Le gouvernement se contente de constater que c'est une décision privée. Le gouvernement accepte de façon aveugle la thèse d'Olymel et cautionne en quelque sorte la stratégie d'affrontement mise en avant par cette entreprise», déplore Claudette Carbonneau, la présidente de la CSN, qui aimerait voir le gouvernement convoquer toute la filière porcine, y compris sa centrale et le syndicat. La CSN va demander à ses procureurs de se pencher sur le dossier pour voir si un recours juridique est possible, notamment dans l'éventualité où Olymel transférerait la production de l'usine beauceronne vers un autre abattoir. Mme Carbonneau a toutefois insisté sur le fait que la priorité n'était pas au combat juridique, qu'il fallait plutôt tenter d'éviter la fermeture par des discussions entre tous les acteurs de l'industrie porcine.

M. Lessard a mentionné de son côté que le médiateur demeure en fonction et très actif dans ce dossier. «Comme ministre du Travail, je ne jette jamais l'éponge», a-t-il dit.
2 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 3 février 2007 18 h 13

    Le réveil de Claudette Carbonneau

    Mais où était donc passée la présidente de la CSN ?

    On ne l'avait pas entendue depuis longtemps.

    Pourquoi ne l'a-t-on pas vue durant les longues et difficiles négociations que menaient avec Olymel les représentants des travailleurs affiliés à la CSN ? Il me semble que son devoir aurait été de contribuer presque quotidiennement et ouvertement à l'examen que faisaient de ce dilemme, les responsables municipaux et régionaux, les dirigeants des petites et moyennes entreprises qui allaient être affectées par le dénouement de cette situation, sans compter les travailleurs et leurs familles. Il me semble que la CSN n'est pas qu'une caserne de pompiers qui se présentent après que le drame ce soit produit.

    Voici que l'on retrouve encore et toujours le même réflexe de la part de la présidente de la CSN. Demander au gouvernement d'intervenir dans une situation que les dirigeant syndicaux ont mal évaluée et au sujet de laquelle ils n'ont pas pris la précaution de bien s'informer et surtout d'informer les travailleurs impliqués, leurs familles et les citoyens affectés des conséquences pour chacun de la disparition de plus de mille emplois.

    Était-ce parce que la fermeture d'une usine affecte moins les fonds de la CSN que le déclanchement d'une grève ? Durant une grève, la CSN doit puiser dans ses fonds pour compenser les travailleurs, sans revenus, mais à la fermeture de l'usine, les travailleurs qui ne se trouvent pas immédiatement un autre emploi n'ont de recours que l'assurance emploi qui a une durée bien limitée?

    Il me semble que l'intervention d'un négociateur aussi sérieux que Lucien Bouchard aurait dû faire prendre conscience à chacun que la situation était critique et que les livres et les comptes de la société Olymel étaient disponibles aux dirigeants de la CSN pour évaluer eux-mêmes les conséquences de leur décision.

    georgespaquet@sympatico.ca

  • mario berube - Inscrit 10 février 2007 18 h 13

    olymel vérité ou mensonge

    olymel veux nous faire porter l'odieux de la feremeture de
    l'usine.la compagnie nous demande de réduire nos salaires de
    30% ce que l'executif et les employés ont refusés a97%.
    mais une semaine plus tard l'executif a déposée la demande
    de 30% que olymel demandait et la compagnie a refusée l'offre
    ce que les gens ignorent c'est que la compagie a decider de
    faire une refonte de la convention collective dans toute sa largeur.demandez aux personnes interessées la véracité de ces faits et vous conviendrez du pourquoi que les employés refusent une partie de l'offre patronale. MR.nadeau a brisé la convention dans le secteur de la volaille et a eu ^pour mandat de faire la meme chose dans le secteur porcin.