L'emploi américain retrouve sa vitesse de croisière

Washington — Le marché du travail a créé 111 000 emplois en janvier aux États-Unis, suggérant, selon les analystes, que l'économie américaine est en train de renouer avec son rythme de croisière.

À première vue, c'est une déception. Les créations d'emplois sont en dessous des attentes des analystes (150 000) et le chômage, à 4,6 % de la population active, est au plus haut depuis le mois de septembre. Mais les économistes soulignent que le rapport s'assortit de fortes révisions pour les mois précédents, qui portent à 171 000 en moyenne la croissance de l'emploi au cours des trois derniers mois. À titre de comparaison, les économistes estiment qu'il faut entre 100 000 et 150 000 embauches nettes chaque mois pour absorber la hausse de la population active.

«L'emploi continue de progresser à un rythme qui traduit une croissance solide des revenus et une vitesse de croisière pour l'ensemble de l'économie», a estimé John Silvia du groupe Wachovia.

Ce rapport est publié deux jours après les bons chiffres de la croissance (3,5 % en rythme annuel) du dernier trimestre 2006, qui ont révélé au grand soulagement des marchés que l'économie américaine avait digéré le ralentissement de l'immobilier résidentiel. Prenant acte de cette amélioration, la banque centrale avait délivré un diagnostic serein sur l'état de l'économie, parlant d'une amélioration de la croissance et d'une atténuation des pressions inflationnistes.

«Dans cette économie de rêve, le marché du travail était la grande crainte. Mais lui-même semble s'aligner», a affirmé Steven Gallagher de la Société Générale à New York.

Le rapport de janvier révèle une dichotomie entre les secteurs dynamiques (les services) et ceux qui continuent de souffrir (l'industrie). Les créations d'emploi ont été vigoureuses dans l'éducation/santé (31 000) et les services aux entreprises (25 000). Mais, sans surprise compte-tenu des difficultés du secteur automobile, l'industrie a supprimé des emplois pour les septième mois consécutif (-16 000). De plus, le secteur a réduit le temps de travail de ses ouvriers, confirmant qu'il est en train d'éponger ses stocks pléthoriques selon les analystes.

Le rapport suggère toutefois «que nous allons voir la croissance ralentir un peu au premier semestre» par rapport au fort rythme de la fin 2006, estime Nigel Gault de Global Insight.

Les chiffres devraient par ailleurs rassurer la banque centrale sur les risques d'inflation. Le salaire horaire moyen a progressé de 3 ¢US en janvier, ce qui représente une hausse de 0,2 % sur un mois, inférieure aux attentes des analystes.

La grande crainte de la banque centrale est que la santé du marché du travail ne vienne miner l'économie par le biais de l'inflation, si les salaires se mettaient à augmenter trop vite. Mais «il n'y a pas de menace d'une poussée d'inflation à cause des salaires même si beaucoup de gens ont toujours un emploi», souligne Beata Caranci de TD Bank Financial Group.

Pour les marchés, ce scénario idéal signifie aussi que la banque centrale risque de maintenir assez longtemps son principal taux directeur inchangé à 5,25 %. Les chiffres de l'emploi voit «atténuer les attentes de toute baisse des taux d'intérêt de la Fed à court terme», assure M. Silvia.