Sereine, la Fed garde son taux à 5,25 %

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Washington — La Réserve fédérale américaine (Fed) a laissé inchangé hier son principal taux directeur à 5,25 %, en soulignant les premiers signes de raffermissement de la croissance économique et de modération des tensions inflationnistes.

«Les récents indicateurs laissent penser que la croissance économique est un peu plus solide et des signes qui restent à confirmer de stabilisation sont apparus sur le marché immobilier résidentiel», a-t-elle indiqué. Selon elle, «l'économie devrait croître à un rythme modéré dans les trimestres à venir».

Le Comité monétaire de la Fed (FOMC) a également noté que «les chiffres de l'inflation de base se sont légèrement améliorés ces derniers mois» et que «les pressions inflationnistes devraient se modérer à terme».

Les chiffres de la croissance, publiés hier, ont souligné cette double tendance: le Produit intérieur brut (PIB) a augmenté de 3,5 % au quatrième trimestre (en rythme annuel) et de 3,4 % sur l'ensemble de 2006, l'économie faisant preuve d'une résistance inattendue face aux difficultés de l'immobilier résidentiel.

Dans le même temps, les indices sur l'inflation ont révélé que la hausse des prix restait certes supérieure à l'objectif implicite de la banque centrale, mais qu'ils ne s'emballaient pas.

Signe de la sérénité de la banque centrale sur l'inflation, la décision a été cette fois prise à l'unanimité, alors qu'au cours des réunions précédentes l'un des gouverneurs, Jeffrey Lacker, avait fait cavalier seul en réclamant une hausse de 0,25 point. M. Lacker ne siège plus au FOMC cette année.

La décision d'hier avait été largement anticipée par les marchés. C'est la cinquième fois que la banque centrale préfère le statu quo. Elle avait auparavant observé une politique de resserrement monétaire continue depuis la fin juin 2004, remontant son taux de 0,25 point à 17 reprises.

Un an derrière la cravate

Ce nouveau statu quo accompagne le premier anniversaire de Ben Bernanke à la tête de la banque centrale américaine. Pour le président de la banque centrale, la réunion d'hier marque la fin d'une première année mouvementée à la tête de la Fed. Sa prise de fonction date du 1er février 2006.

«Les premiers mois ont été rudes», rappelle Nariman Behravesh, chef économiste du cabinet Global Insight. Mais «on peut dire aujourd'hui qu'il a trouvé sa voie et que les marchés se sont habitués à son style de communication», ajoute-t-il.

Succédant à Alan Greenspan, M. Bernanke partait dès le début avec un handicap de crédibilité par rapport à son illustre prédécesseur.

Ses gaffes de communication, amplifiées par les médias, n'ont rien arrangé: en mai il estimait qu'une pause éventuelle ne marquerait pas la fin du cycle de hausse de taux, avant de tenter de clarifier ses propos par la bande — ce qui n'a eu pour effet que de créer la confusion dans les marchés.

«Sa crédibilité a alors touché le fond», estime Ethan Harris, chef économiste de Lehman Brothers, qui rappelle que Greenspan avait traversé une phase encore plus difficile au début de sa présidence lorsqu'il avait parlé des risques d'inflation à la télévision.

Mais la cote de Ben Bernanke est vite remontée à l'été: les marchés, qui craignaient une Fed trop laxiste sur l'inflation, ont été rassurés par la hausse de taux décidée en juin. «Et la pause qu'il a temporairement décidée s'est ensuite transformée en statu quo durable et brillamment chronométré», note M. Harris.

L'économie a donné raison au président de la Fed: d'une part, l'inflation a commencé à se calmer, et d'autre part la croissance n'a pas plongé comme certains le craignaient dans la récession. Le nouveau statu quo sur les taux marque l'aboutissement de cette politique «M. Bernanke méritait 11/20 dans les premiers mois de sa présidence mais cela s'est transformé en 17/20 ces derniers mois», estime M. Behravesh.

Les économistes soulignent toutefois que M. Bernanke a pour le moment eu la chance d'échapper à toute crise majeure, qu'elle soit économique ou politique. Alors que M. Greenspan par exemple avait dû affronter un krach boursier au cours de sa première année à la Fed, son successeur n'a qu'une correction immobilière, somme toute modeste à gérer. L'inflation reste plus ou moins contenue — même si elle se maintient au-dessus de la barre de 2 % implicitement souhaitée par M. Bernanke.

Le prochain défi sera sans doute de trouver ses marques avec la nouvelle majorité démocrate au Congrès. Mais M. Bernanke avance prudemment: là où son prédécesseur avait apporté son soutien au programme de baisses d'impôts de George W. Bush, lui a esquivé tout commentaire sur le sujet lors de ses dernières interventions.