Perspectives - Pari risqué

De toute évidence, les employés d'Olymel à Vallée-Jonction ont le goût du risque. Et s'ils misent sur une intervention gouvernementale pré-électorale, ils prennent un pari risqué. Après ce qui s'est fait (ou ce qui ne s'est pas fait) dans la forêt...

Une nouvelle fois l'État est appelé à la rescousse. Mais outre l'aide de première ligne déjà accordée, que peut bien faire le gouvernement lorsque la crise dans l'industrie porcine, à l'instar de celle qui frappe le secteur forestier, est structurelle? Les employés de l'usine de Vallée-Jonction ont cru à un «bluff» d'Olymel et ont rejeté massivement la dernière offre patronale. Ils ont associé la menace de fermeture à un chantage, à un refus de négocier de la part d'Olymel. Ils pensent sûrement que l'imminence d'un rendez-vous électoral au Québec est une carte maîtresse dans leur jeu. C'est probablement ce que Réjean Nadeau, président d'Olymel parti au Japon, tentera d'expliquer aux principaux clients de l'abattoir beauceron, particulièrement nerveux ces dernières semaines.

Lucien Bouchard précisait hier que l'usine de Vallée-Jonction est le seul abattoir au Québec à offrir une technologie de conservation particulièrement prisée par les Japonais, seuls clients de l'usine. Mais cela aussi, les employés devaient le savoir.

Il leur a été demandé de revenir sur cette rémunération classée parmi les plus élevées de l'industrie, obtenue dans un sommet conjoncturel pour l'industrie du porc. D'absorber un recul majeur, de 30 %, touchant essentiellement leurs programmes collectifs, qui les laisserait tout de même parmi les mieux rémunérés de leur industrie. Des compressions tout de même difficiles à accepter. Ils ont préféré prendre le chemin du pari risqué.

Même s'ils reçoivent présentement leur avis de cessation d'emploi, les quelque 1100 employés de l'usine d'Olymel à Vallée-Jonction restent en contact avec l'employeur, par l'intermédiaire du médiateur nommé par Québec. Ils veulent garder la porte ouverte à une négociation véritable et ont en face d'eux un négociateur — Lucien Bouchard — qui, il y a deux semaines de cela, faisait l'éloge du pouvoir du dialogue dans la capacité de convaincre.

Mais ils ont également en face d'eux un négociateur mandaté par une entreprise qui a cumulé une perte de 50 millions sur trois ans, de 14 millions l'an dernier, uniquement pour cette usine. Une entreprise qui a, dans son actionnariat, la Coop fédérée et le gouvernement québécois, par l'entremise de la Société générale de financement. Une entreprise qui a vu un autre géant de l'alimentation, Maple Leaf, délaisser les abattoirs pour ne conserver que la transformation, une activité à valeur ajoutée. Une entreprise qui veut mettre un terme à l'hémorragie, qui ne veut plus négocier à perte.

Ils ont également, en face d'eux, des producteurs soutenus à bout de bras par la Financière agricole. Il est estimé que l'institution leur aura versé, l'an dernier, 220 millions en vertu de son programme d'assurance stabilisation. Ce programme est composé, au tiers, par les cotisations des producteurs, le reste étant épongé par le gouvernement.

Rappelons que, chez les fournisseurs, la Fédération des producteurs de porcs du Québec compte 4011 membres travaillant dans 2500 fermes. Selon un article publié le 11 novembre, dans le quart de ces fermes, on a cessé de faire des paiements; dans un deuxième quart, on a procédé à un refinancement auprès de la Financière agricole et d'institutions financières. Pour ce qui est du reste, c'est-à-dire les leaders et les plus forts de la production, leur situation financière se détériore. Pendant ce temps, les banquiers sont aux aguets et tout le monde est nerveux.

Pour leur part, les abattoirs doivent conjuguer avec un surplus de capacités et une faible productivité exacerbée par la hausse du dollar canadien. S'ajoutent à l'équation la petite taille des installations québécoises, la concurrence étrangère et le modèle d'intégration québécois, qui incite la filière porcine à travailler en vase clos, en circuit fermé.

Si ces données sont exactes, force est de constater que tous tentent de s'adapter comme ils peuvent à la crise. Les employés de l'usine de Vallée-Jonction ont, ici, le droit de défendre leurs acquis. Ils ont le droit à cette solidarité syndicale avec les employés des usines de Saint-Valérien et de Saint-Simon, également condamnées à la fermeture. Il est, alors, légitime pour Olymel de mettre un terme à la saignée financière.
2 commentaires
  • Jean-Pierre Aubry - Abonné 1 février 2007 09 h 34

    Demande de subventions pour payer une rente

    La présence de syndicats a permis à de nombreux travailleurs d'augmenter leurs salaires bien au-delà du salaire qu'ils pourraient décrocher dans le marché. Prenons le cas de GM. Quand il y a un poste de libre dans ces usines, il y a des milliers de demandes d'emploi.

    Toyota (un employeur où il n'y a pas de syndicat) n'a aucun problème dans la même région où GM a des usines à trouver des centaines de travailleurs à un salaire moindre que GM. Un travailleur syndiqué qui sera bientôt mis à pied par Goodyear à Valleyfield disait que lui et ses collègues, qui sont peu scolarisés, qui ont peu de compétences spécifiques en demande et qui ont des salaires entre 20 $ et 40 $ l'heure, ne pourront pas trouver un travail aussi bien rémunéré dans leur région. Pour plusieurs de ces travailleurs, on parle d'un écart entre leur salaire présent et celui du marché de plus de 100%. Sur le plan psychologique, ce sera très difficile pour ces travailleurs d'accepter de travailleur pour un salaire tellement plus faible que celui auquel ils étaient habitués.

    Les syndicats ont permis d'accroître, dans de nombreux cas, les salaires de leurs membres bien au-delà de leur valeur dans le marché. En fait, plus les salaires ont monté plus les entreprises ont accrû la qualité de l'équipement pour générer une productivité plus cohérente avec de tels salaires. Ceci a réduit, à la marge, la création d'emplois dans ces régions et a rendu plus vulnérables les travailleurs aux fermetures d'usines.

    Notez que les travailleurs du secteur public sont moins sujets à des telles pressions car leur employeur est un monopole et il peut utiliser la taxation pour se financer. Notons cependant qu'il y a de plus en plus de pressions en faveur de la sous-traitance dans le ce secteur. En somme, la plus grande concurrence a donc pour effet de réduire la rente syndicale dans de nombreux secteurs (dans une moindre mesure dans le secteur public).

    L'idée de subventionner les entreprises, qui paient une telle rente et qui menacent de fermer leurs usines, implique que, d'une certaine façon, la majorité des travailleurs/contribuables qui sont payés selon leur valeur au marché subventionneraient des travailleurs qui sont payés bien au dessus du marché. Ce fut le cas lorsque Paul Martin, en pleine campagne électorale, a promis des subventions à GM. Veut-on refaire de telles erreurs ?


    Jean-Pierre Aubry
    Président du Comité des politiques publiques
    Association des économiste québécois

  • Baptiste1 - Inscrit 1 février 2007 09 h 56

    risque calculé ou manipulation?

    En refusant l'offre de la compagnie, les travailleurs d'Olymel prennent-ils un risque calculé fondé sur une analyse réaliste des possibilités de l'entreprise ou s'agit-il plutôt d'un exercice de pensée magique (Olymel bluffe, le gouvernement va intervenir)encouragé par la CSN?

    Je n'ai pas les renseignements qui me permettrait de répondre à cette question et perdre des acquis est extrêmement pénible mais je dis aux travailleurs d'Olymel: soyez prudents! Demandez-vous si le syndicat défend vraiment vos intérèts ou si vous n'êtes que des pions dans une lutte idéologique contre le patronat.