Paulson surveille de près la devise japonaise

Washington — Le secrétaire au Trésor américain Henry Paulson a indiqué hier qu'il suivait de «très très près» les mouvements du yen, la devise japonaise, tout en durcissant le ton sur la sous-évaluation du yuan chinois.

«Je regarde la devise japonaise de très très près», a affirmé M. Paulson lors d'une audition devant une commission du Sénat américain alors que l'affaiblissement du yen a suscité récemment les inquiétudes des responsables économiques occidentaux.

Il a toutefois estimé qu'«il n'y pas eu d'interventions sur le yen depuis mars 2004». «Je peux me tromper, mais je ne pense pas qu'il y ait eu de déclarations [des responsables japonais, NDLR] sur ce sujet depuis près d'un an», a ajouté M. Paulson.

Les ministres des Finances de la zone euro avaient manifesté lundi à Bruxelles leur inquiétude devant ce qui est perçu en Europe comme une manipulation politique du yen par les responsables de la politique économique japonaise.

Les propos de M. Paulson provoquaient une hausse du yen sur les marchés des changes, la devise japonaise s'affichant vers 17h30 GMT à 120,96 yens pour un dollar contre 121,64 yens quelques heures auparavant.

Le secrétaire au Trésor américain a toutefois souligné que «ce qui me préoccupe c'est quand les cours des devises ne sont pas décidés par des marchés ouverts», ajoutant que le yen a «un marché large et concurrentiel». Les autorités américaines ont manifesté jusqu'à présent beaucoup plus d'inquiétudes sur la sous-évaluation du yuan chinois que sur celle du yen japonais.

Les constructeurs automobiles américains s'étaient toutefois plaints l'an dernier de la faiblesse du yen face au dollar qui, selon eux, avantagent les importations de leurs concurrents japonais aux États-Unis.

Lors de leur réunion à Bruxelles lundi, les principaux responsables de la politique économique de la zone euro avaient implicitement mis en cause le pouvoir politique japonais, soupçonné d'avoir fait pression sur la Banque du Japon pour qu'elle maintienne un statu quo monétaire qui contribue à la sous-évaluation du yen.

Les ministres des Finances du G7 (Allemagne, Canada, États-Unis, France Grande-Bretagne, Italie, Japon), doivent se réunir à la mi-février à Essen (Allemagne).

M. Paulson a également durci le ton hier sur la politique de changes chinoise, qui exacerbe selon lui les distorsions de son économie, et proposé un plan en quatre étapes pour parvenir à la libre fluctuation du yuan. «Clairement, la Chine n'a toujours pas la politique de changes que nous voulons et qu'elle doit avoir», a estimé M. Paulson dans un discours devant une commission du Sénat. «L'approche prudente qu'a la Chine des réformes de son taux de changes exacerbe les distorsions de son économie nationale et entrave les ajustements des déséquilibres internationaux», a-t-il ajouté.

M. Paulson s'exprimait devant les parlementaires après la publication, en décembre, du rapport semestriel sur les politiques de changes, qui appelait à des réformes en Chine sans toutefois aller jusqu'à accuser Pékin de «manipuler» sa monnaie.

Il a dressé un plan de travail en quatre points pour permettre une «libre fluctuation» du yuan. «D'abord, le gouvernement devrait progressivement élargir la bande limitant les mouvements quotidiens des taux de changes. [...] Deuxièmement, la banque centrale devrait progressivement réduire ses interventions sur les marchés des changes», a-t-il affirmé.

Les deux dernières étapes seraient selon lui le développement d'un marché des capitaux et la fixation, par la banque centrale, «d'objectifs clairs pour éviter l'inflation et ainsi donner confiance dans la valeur de la monnaie chinoise».