Parlons chiffres, parlons REER

Il y a ces Québécois, nombreux, soutenant qu'ils n'auront pas les moyens de s'offrir plus de dix années de retraite. Et tous ces retraités faisant état d'un appauvrissement marqué lorsqu'ils quittent la vie active. Une fois cela dit, Statistique Canada nous rappelle que, bon an, mal an, du nombre de Canadiens ayant le droit de cotiser à un régime enregistré d'épargne-retraite (REER), moins du tiers versent effectivement une cotisation.

Parlons chiffres. Selon les conclusions d'un sondage Ipsos Reid-BMO Groupe financier effectué auprès des 45-60 ans, 48 % des «baby-boomers» québécois prévoyaient passer moins de 10 ans à la retraite, faute de ressources financières suffisantes. Au Canada, ce pourcentage atteignait les 33 %. Du même souffle, 36 % des répondants affirmaient qu'ils n'avaient pas de REER (contre 30 % pour les répondants des autres provinces).

Assisterons-nous à une course au rattrapage? Difficile de répondre. Il reste qu'à la question de savoir à quels projets ils consacrent présentement leurs économies, 64 % des baby-boomers québécois ont répondu se concentrer d'abord sur la retraite. Suivent les imprévus (45 %), les voyages (27 %) et l'éducation des enfants (13 %).

S'appauvrir en cotisant!

Les perspectives demeurent donc sombres. Et cela vaut même si 42 % des travailleurs québécois participent à un régime complémentaire de retraite. Car ces régimes seraient davantage des vecteurs d'appauvrissement que d'enrichissement.

C'est du moins la conclusion qu'a bien voulu retenir l'an dernier l'Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic (AQRP) qui voulait, du même souffle, briser le mythe de la retraite dorée pour les bénéficiaires de ces régimes perçus comme étant les plus généreux.

Sauf exception, ces employés sont pourtant tous des participants à un régime de retraite complémentaire (le plus gros étant le RREGOP), alors que le taux de couverture est de seulement 31 % pour les salariés du secteur privé. Mais le facteur corrosif de l'inflation n'ayant pas été pris en compte, une rente non indexée ou partiellement indexée perd rapidement son pouvoir d'achat lorsque l'espérance de vie après 65 ans est de 17,4 ans pour les hommes et de 20,8 ans pour les femmes.

Quand mille dollars ne valent plus que 475 $

S'inspirant des calculs de Louis Ascah, professeur à l'Université de Sherbrooke, à partir d'une inflation annuelle moyenne de 4 %, l'AQRP a fait valoir que, sur 20 ans, la valeur réelle d'une rente de retraite, de 1000 $ à l'âge de 61 ans, passe à 855 $ à l'âge de 65 ans et à 475 $ à l'âge de 80 ans si elle est non-indexée. En supposant une indexation partielle, disons de 3 %, la valeur réelle de ces 1000 $ à l'âge de 61 ans devient 890 $ à l'âge de 65 ans et 573 $ à l'âge de 80 ans. L'érosion provoquée par l'inflation est telle qu'en supposant un taux de seulement 3 %, une rente aura perdu près de la moitié de sa valeur réelle après 20 ans, avait résumé l'auteur de l'étude.

Sans oublier que plusieurs participants ne remarquent pas que leur régime est intégré au Régime de pension du Canada ou des rentes du Québec (RRQ). L'intégration signifie que la rente de retraite est réduite pour tenir compte de la rente du régime public, a ajouté le spécialiste de l'Université de Sherbrooke.

Reprenant les statistiques du RRQ, l'Association a souligné que le revenu annuel moyen d'un retraité est de 25 000 $, mais de 15 000 $ pour 44 % d'entre eux. Pour les bénéficiaires du RREGOP, ce revenu moyen oscille autour de 14 000 $, dont 5000 $ venant du RRQ.

Des cotisants trop peu nombreux

S'ajoute le REER, soit le troisième élément d'un système de retraite qui, avec ses trois dimensions, vise à préserver le niveau de vie une fois la retraite venue. Une épargne «concentrée chez les plus fortunés», a commenté Louis Ascah. Il a précisé que le taux de participation à un REER, de 36 %, augmente avec le revenu et que, pour les rares de la classe moyenne à y contribuer, la cotisation annuelle oscille autour de 3300 $ alors qu'elle devrait être de plus du double si l'on retient la balise des 18 % du revenu gagné.

Plus précisément, selon les données de Statistique Canada, les Canadiens ont cotisé 30,6 milliards à un REER en 2005, une hausse de 6,2 % par rapport à 2004. Il s'agit des cotisations annuelles les plus élevées à ce jour. Parallèlement, le nombre de cotisants a crû pour atteindre son plus haut niveau observé au cours des quatre dernières années. Ainsi, 6,1 millions de Canadiens ayant complété leur déclaration de revenus ont cotisé à un REER en 2005, soit 2,2 % de plus qu'en 2004.

Or, à l'instar des années précédentes, pour l'année d'imposition 2005, près de 86 % des déclarants avaient le droit de cotiser à un REER mais du nombre, 31 % l'ont effectivement fait. Quant à la valeur des cotisations, elle ne représentait que 7 % de la somme maximale permise.

À l'échelle nationale, la cotisation médiane a été de 2630 $ en 2005. Au Québec, elle a été de 2430 $, alors que l'augmentation des cotisations s'est chiffrée 4,6 %.

Parlons REER!
1 commentaire
  • BERTRAND LEGER - Inscrit 28 janvier 2007 08 h 17

    Faut pas faire peur au monde!

    C'est souvent ce qui arrive quand on lit ce genre de commentaire. On veut effrayer le monde pour les inciter à économiser. Je lis souvent que ça va prendre 800,000$ de côté au minimum pour s'assurer d'un revenu de retraite décent, soit 60,000$ par an!
    Voyons donc! on peut vivre avec 15000$ par an au Québec!