Crise chez Olymel - La patience des producteurs de porcs atteint ses limites

À trois jours de l'échéance fixée par Olymel pour en arriver à une entente avec ses employés syndiqués de Vallée-Jonction, les producteurs de porcs, par la voie de leur fédération et de l'Union des producteurs agricoles, font savoir que leur patience a atteint ses limites et que l'absence d'une entente chez Olymel constitue une menace pour l'avenir de toute la filière porcine au Québec, laquelle, rappellent-ils, crée 28 000 emplois et génère des retombées économiques de 3,1 milliards de dollars.

En conférence de presse, Claude Corbeil, président de la Fédération des producteurs de porcs, et Laurent Pellerin, président de l'UPA, ont souligné qu'Olymel a déjà annoncé la fermeture le 31 mars de l'abattoir de Saint-Valérien, qui reçoit 10 % de la production de porcs du Québec. Il y a l'abattoir d'Atrahan de Yamachiche, qui est en grève depuis octobre et qui recevait 10 % des porcs. Avec la fermeture de l'usine de Vallée-Jonction, on ferme la porte à 20 % de la production. Bref, on risque de se retrouver dans une situation où il faudrait réorienter 40 % de la production vers d'autres abattoirs. Cela représente trois millions de porcs par année, c'est-à-dire la production de 600 fermes moyennes qui devraient cesser leurs activités si aucun abattoir ne voulait accueillir leurs porcs.

«Nous avons été patients. Il y a eu des solutions transitoires, mais nous sommes à la limite. Chaque jour, il y a des décisions qui se prennent. Certains réduisent leur production, d'autres ferment. Il y a 21 % des producteurs qui ont des arrérages de paiement à la Financière agricole», a déclaré M. Pellerin. Globalement, les producteurs n'ont pas l'intention de cesser leur production. Ils veulent respecter leurs engagements financiers, mais, depuis la période des Fêtes, il y a au moins 25 000 porcs en attente d'abattage chaque semaine.

En conséquence, la Fédération prévient maintenant les abattoirs en grève, ou qui risquent de fermer, qu'elle cherche des ententes avec d'autres abattoirs, de préférence au Québec, lesquels pourraient augmenter leur capacité d'abattage, par exemple ajouter un quart de travail. Pour le surplus de porcs qui pourrait rester, la fédération opterait pour des abattoirs ontariens. Il est prévisible cependant que de telles ententes auraient une portée à plus ou moins long terme, de sorte qu'il ne resterait plus de porcs pour ces abattoirs en conflit une fois leurs problèmes de relations de travail résolus.

C'est tout cela qui menace actuellement l'existence de la filière porcine québécoise. L'UPA préfère préserver cette filière plutôt que d'envoyer les porcs vivants hors du Québec, mais pas au point de voir ses producteurs tomber par centaines. Pour l'instant, elle supplie les parties de reprendre les négociations mais refuse d'intervenir directement dans le dossier. M. Pellerin est bien d'accord pour dire que la masse salariale est plus élevée à l'usine de Vallée-Jonction qu'ailleurs au Canada et aux États-Unis et qu'il y a peut-être moyen de couper dans les avantages sociaux et autres coûts dans cet abattoir plutôt que dans le salaire proprement dit.

Par ailleurs, M. Corbeil pense qu'Olymel pourrait montrer plus de transparence envers son syndicat, qui dit n'avoir pas eu accès à toutes les informations et à tous les scénarios qui ont été transmis à l'UPA par le médiateur Lucien Bouchard. Si le blocage persiste au-delà du 28 janvier, l'UPA pense que le gouvernement devra intervenir dans cette crise, notamment par des mesures incitatives aux usines en activité pour former davantage de personnel en vue d'augmenter leur capacité d'abattage.

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