L'époque Messier est scrutée à la loupe

Paris — Les comptes et l'information financière de Vivendi Universal (VU) à l'époque de l'ex-p.-d.g. Jean-Marie Messier font désormais l'objet d'enquêtes des deux côtés de l'Atlantique: après l'information judiciaire ouverte à Paris, une enquête a débuté la semaine dernière aux États-Unis.

Cette enquête pénale préliminaire a été ouverte en fin de semaine passée par le procureur général du district sud de New York, a annoncé hier le groupe français de médias et communication.

En juillet, une plainte en nom collectif avait été déposée à New York par des actionnaires qui accusent VU d'avoir masqué la gravité de ses problèmes de liquidités, du temps où M. Messier en était p.-d.g. Celui-ci a été poussé à la démission et remplacé le 3 juillet par Jean-René Fourtou.

Parallèlement, le bureau de Miami de la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme américain de la Bourse, «mène une enquête informelle sur VU» et «coordonnerait ses activités avec l'enquête du Bureau fédéral du procureur général», a précisé le groupe français dans un communiqué.

«Comme en France avec la COB et la justice», Vivendi Universal «entend coopérer pleinement avec ces enquêtes préliminaires», a-t-il ajouté, sans plus de précisions concernant les motifs des procédures.

VU est coté à Wall Street et dispose d'activités importantes aux États-Unis, notamment dans la production audiovisuelle et le cinéma avec Universal et USA Networks et dans la musique avec Universal Music Group.

En France

Quelques jours auparavant, le 29 octobre, le parquet de Paris avait ouvert une information judiciaire, à la suite d'une plainte contre X déposée par un groupe d'actionnaires, l'Association des petits porteurs actifs (APPAC). L'enquête porte sur la «publication de faux bilans pour les exercices clos au 31 décembre 2000 et au 31 décembre 2001» et la «diffusion d'informations fausses ou trompeuses sur les perspectives de Vivendi Universal en 2001 et 2002».

Le groupe français s'est constitué partie civile à l'occasion de cette enquête, afin de coopérer avec les magistrats instructeurs et d'avoir accès au dossier et à la plainte. Mais il ne s'est pas associé à celle-ci. «La procédure américaine conforte notre position et nos doutes», a réagi hier le président de l'APPAC, Didier Cornardeau.

«Mais la justice française doit aller vite. L'enquête devrait être bouclée d'ici à 2004. Il ne faut pas que les petits porteurs attendent un procès pendant 10 ans, sans quoi la crise de confiance dans la Bourse risque de ne pas être rapidement dissipée», a-t-il déclaré.

Parmi les éléments qui ont renforcé les doutes de l'APPAC figurent le bilan 2001 de VU transmis au greffe — auquel il manquerait 60 pages par rapport à sa version originale, notamment les observations faites par les commissaires aux comptes — et des déclarations contradictoires de Jean-Marie Messier concernant la prise en compte dans le bilan de VU du cash flow de sa filiale de télécommunications Cegetel, a précisé M. Cornardeau.

La Commission des opérations de Bourse (COB) continue par ailleurs à enquêter sur la qualité de l'information financière de VU depuis janvier 2001. Outre l'ex-p.-d.g. Jean-Marie Messier et l'ancien directeur financier Guillaume Hannezo, la COB a déjà interrogé le directeur financier adjoint Dominique Gibert, l'ex-directrice de la communication Catherine Gros, ainsi que Marc Viénot, président d'honneur de la Société générale et administrateur de VU, a-t-on appris de sources proches du dossier et de Vivendi.