Gaz: la Biélorussie n'entend pas céder au chantage russe

Moscou — Le président biélorusse Alexandre Loukachenko a affirmé hier que son pays «ne cèderait pas au chantage de la Russie» qui réclame une hausse du prix du gaz livré à Minsk, alors que des négociations sur l'accord gazier continuaient à Moscou, sans résultat dans l'immédiat.

Minsk a dépêché des négociateurs supplémentaires à Moscou pour arracher un accord gazier à trois jours de l'expiration de l'ultimatum lancé par le géant russe Gazprom qui a mis en garde contre des «pénuries» en Europe s'il devait fermer son robinet.

«La Biélorussie n'a pas l'intention de céder au chantage gazier de la Russie. Si ce chantage continue, nous nous abriterons dans des bunkers, mais nous n'y cèderons pas», a affirmé M. Loukachenko.

«La délégation biélorusse se trouve au siège de Gazprom. Les négociations continuent, mais pour l'instant, il n'y a pas de résultat», a indiqué dans la soirée le porte-parole de Gazprom, Sergueï Kouprianov, à la chaîne de télévision russe NTV.

Minsk a «présenté» jeudi aux Russes «un paquet supplémentaire de documents pour les négociations», a précisé à l'AFP un conseiller du ministre biélorusse de l'Énergie, Andreï Joukov.

«Nous nous trouvons dans la phase finale des négociations. Nous ne pouvons plus traîner», a souligné pour sa part M. Kouprianov à la télévision Rossia, mettant en garde Minsk contre «de graves conséquences» d'une éventuelle coupure de gaz pour l'économie biélorusse. L'ultimatum lancé par le géant gazier expire au matin du 1er janvier.

En cas de coupure, Minsk pourrait utiliser du gaz destiné aux consommateurs européens qui transite par la Biélorussie, mais ce serait «un vol avec effraction», a estimé le porte-parole de Gazprom.

Dans une interview au quotidien français Le Figaro parue hier, le vice-président de Gazprom Alexandre Medvedev a fustigé le «chantage grotesque» exercé par Minsk qui menace d'interrompre les livraisons de gaz vers l'Europe.

Il a estimé qu'on ne pouvait pas «exclure un rationnement contraint de l'offre [russe] et donc des pénuries» en Europe.

Environ 5 % du gaz consommé par les Européens transite par la Biélorussie.

Depuis mardi et l'échec des négociations sur une hausse du prix du gaz fourni à la Biélorussie qui devait passer de 46 à 200 $ les 1000 m3, le ton n'a fait que monter, et ce malgré un compromis proposé par les Russes.

Le géant gazier russe, qui ne cache pas convoiter Beltransgaz, a offert à Minsk de payer 105 $ les 1000 m3 de gaz en l'échange de l'acquisition de 50 % de ce maître d'oeuvre du réseau de gazoducs biélorusses.

La crise rappelle le conflit du même genre entre Moscou et Kiev qui avait entraîné en janvier dernier des interruptions de livraisons de gaz en Europe.

Mais alors qu'à l'époque, les Européens avaient critiqué le Kremlin et volé au secours de l'Ukraine dirigée par un président pro-occidental, le ton se fait plus mesuré à l'égard Biélorussie qualifié de «dernière dictature d'Europe» par Washington.

Jeudi, le commissaire européen à l'Énergie Andris Piebalgs s'est contenté d'appeler les deux parties à trouver «au plus vite un accord qui ne mette pas en danger le transit du gaz vers l'UE».

Le premier importateur de gaz en Allemagne, EON Ruhrgas, a relativisé l'impact d'une crise éventuelle, indiquant qu'une grande partie du gaz de Gazprom arrivait par l'Ukraine, tandis que le ministre français de l'Industrie, François Loos a souligné de son côté que la France ne devait «pas s'inquiéter», car elle disposait de réserves «suffisantes».