L'accessibilité à la propriété poursuit son redressement

La hausse annuelle des prix à Montréal ne dépasse plus les 20 % comme avant, mais oscille plutôt entre 2 % et 2,5 %.
Photo: Jacques Grenier La hausse annuelle des prix à Montréal ne dépasse plus les 20 % comme avant, mais oscille plutôt entre 2 % et 2,5 %.

L'accessibilité à la propriété a continué de se dégrader au Canada au cours des derniers mois, mais elle devrait bientôt enfin se stabiliser, selon la Banque Royale.

La hausse du prix des logements au troisième trimestre 2006 a encore une fois été plus forte que l'augmentation des revenus au pays. Le léger recul des coûts de chauffage et la stabilité des taux hypothécaires n'y ont rien changé. Comme toujours, l'Alberta est l'endroit où la situation s'est le plus dégradée, avec une baisse du taux d'accessibilité de 12 % à 15 % en l'espace de trois mois seulement, un rythme inégalé depuis 1990. Elle est toutefois l'exception à la règle canadienne.

«En fait, le rythme de la détérioration a été nettement moins élevé qu'au cours des trois trimestres précédents dans toutes les catégories de logement et presque toutes les régions du pays», a expliqué l'auteur du rapport, Derek Holt, économiste en chef adjoint de RBC. «L'an prochain, a-t-il ajouté, les candidats à la propriété devraient toutefois profiter d'une petite embellie grâce aux effets de la baisse des taux hypothécaires au quatrième trimestre, de la détente des prix de l'énergie et de la stabilisation des prix des logements.»

Cette embellie a déjà commencé à se faire sentir au Québec, où la proportion du revenu avant impôt des ménages consacrée à l'hypothèque, au chauffage et à l'ensemble des autres frais reliés à la propriété a légèrement baissé dans le segment du bungalow individuel et de la copropriété. Le taux d'accessibilité a néanmoins continué à se détériorer dans le segment des maisons de deux étages et en rangée.

Tout indique, selon la Banque Royale, que le marché immobilier québécois est en voie de compléter un atterrissage en douceur après plus de cinq ans d'un rattrapage enfiévré. La hausse annuelle des prix à Montréal ne dépasse plus les 20 % comme avant, mais oscille plutôt entre 2 % et 2,5 %.

«À Montréal, à Québec, à Saguenay et à Trois-Rivière, [le marché immobilier] est moins favorable aux vendeurs, plus proche de l'équilibre entre l'offre et la demande, dit le rapport de RBC. Le Québec doit désormais s'attendre à un ralentissement du rythme des transactions, à une augmentation des inscriptions et à une modération graduelle de la hausse des prix.»

«Cette stabilité du marché au Québec devrait durer au moins deux à trois ans», a précisé en entrevue Derek Holt.

La même tendance a commencé à être observée aussi dans les autres provinces canadiennes. La hausse des prix en Ontario est notamment en voie de reprendre un rythme plus mesuré dans tous les secteurs. L'excédent de demandes serait même en voie de se résorber en Alberta. Cela devrait permettre aux prix d'y ralentir un peu leur course vers de nouveaux sommets.

Un ménage montréalais devait consacrer en moyenne 36 % de son revenu pour s'offrir un bungalow détaché durant le troisième trimestre. C'était nettement moins que les 41 % requis à Calgary, les 44 % à Toronto et les 70 % à Vancouver, mais plus que les 31 % nécessaires à Ottawa.

Occasion ratée

La hausse rapide et marquée du prix des logements ces dernières années a quand même permis à ceux qui étaient propriétaires de s'enrichir considérablement. Les Canadiens auraient cependant peut-être pu faire mieux encore s'ils avaient pris exemple sur leurs voisins américains, a noté Derek Holt.

De nombreux propriétaires aux États-Unis ont en effet profité de la forte augmentation du prix de leur résidence et de la faiblesse des taux d'intérêt pour contracter de nouvelles hypothèques. Environ 45 % de cette nouvelle marge de manoeuvre financière a été réinvestie dans des rénovations permettant d'augmenter la valeur du logement. Environ 20 % est allée à l'achat de biens de consommation, comme une auto de l'année ou une nouvelle télé. Plus de 35 % a toutefois aussi été consacrée aux paiements des comptes de cartes de crédit, mais surtout à des investissements sur les marchés boursiers, obligataires et autres.

«Les Américains ont profité du boom immobilier pour diversifier leurs actifs, a expliqué en entrevue Derek Holt. La plupart des Canadiens, de leur côté, se sont contentés de regarder le prix de leurs maisons monter de plus en plus haut sans penser qu'ils pouvaient s'en servir pour mieux répartir la valeur de leurs actifs. C'est une belle occasion ratée.»
1 commentaire
  • Laurent Ricard - Abonné 21 décembre 2006 09 h 39

    La cigale et la fourmi

    Ceux qui ont vécu, au début des années 1980, des taux d'intérêt de 19 3/4 % (dont je suis)se souviennent de ce que c'est qu'une remontée brusque des taux... Avec les mouvements mondiaux que l'on connaît, nos américains opportunistes pourraient se retrouver "Gros Jean comme devant" avec leurs hypothèques. Au lieu d' "occasion ratée", de la part des Canadiens, ne pourrait-on pas plutôt parler de "sagesse appliquée" ???