Airbus reçoit son cadeau de Noël

L’annonce de Singapore Airlines met du baume au coeur d’Airbus, même si son programme est encore loin du seuil de rentabilité, réévalué à 420 appareils après l’annonce des derniers retards, contre 270 auparavant.
Photo: Agence Reuters L’annonce de Singapore Airlines met du baume au coeur d’Airbus, même si son programme est encore loin du seuil de rentabilité, réévalué à 420 appareils après l’annonce des derniers retards, contre 270 auparavant.

Paris — Singapore Airlines a réaffirmé sa confiance dans l'Airbus A380 en convertissant hier une intention d'achat de neuf appareils en commande ferme, un cadeau de Noël réconfortant au terme d'une année noire marquée par les retards d'industrialisation de l'avion géant.

L'A380 n'avait plus enregistré de commande ferme depuis la fin 2005 et l'avionneur européen, en retard de deux ans sur les livraisons, a dû annoncer le lancement d'un plan d'économies drastiques pour faire face à une chute de trésorerie attendue de 6,3 milliards d'euros d'ici à 2010.

Airbus a perdu début novembre une commande du géant américain de la messagerie, Fedex, qui a troqué ses dix A380 cargo contre 15 Boeing 777, faute de pouvoir obtenir sa première livraison en 2010.

L'annonce de Singapore Airlines met du baume au coeur d'Airbus, même si son programme est encore loin du seuil de rentabilité, réévalué à 420 appareils après l'annonce des derniers retards, contre 270 auparavant.

Le carnet de commandes fermes de l'A380 s'élève désormais à 158 unités, auprès de 15 compagnies clientes, dont au moins 143 pour la version passagers.

Airbus comptabilise encore 15 versions cargo, dont 10 commandées par l'entreprise de messagerie UPS et cinq par la société de leasing ILFC.

Selon des informations de presse non confirmées par Airbus, cette dernière a manifesté son intention début décembre de renoncer à la version cargo au profit de la version passagers.

Pour ne pas perdre de clients, Airbus a dû négocier des indemnités de retard ou des conditions avantageuses pour l'achat de nouveaux appareils, une stratégie qui semble porter ses fruits.

Si le premier client de l'A380, Emirates (43 commandes) n'a pas encore annoncé sa décision, le président de Thaï Airways, Apinan Sumanaseni, un moment tenté par l'annulation de sa commande de six appareils, a indiqué qu'Airbus avait «proposé un rabais sur l'achat de six A380 supplémentaires».

«C'est une option que nous envisageons pour la compensation», a-t-il dit.

Quant à Singapore Airlines (SIA), elle a indiqué que les conditions du nouvel achat et du règlement du contentieux sur les retards étaient «confidentiels».

Et les déclarations de Thaï Airways laissent penser que SIA a pu obtenir un rabais significatif pour cet avion au prix catalogue de 306 millions de dollars (environ 235 millions d'euros).

Le prix de location par SIA de 19 biréacteurs long courrier A330, livrables à partir de janvier 2009, a dû aussi constituer un élément de négociation.

SIA, qui sera la première compagnie livrée, avait fait part de sa «déception», en apprenant qu'elle ne recevrait son premier A380 qu'en octobre 2007 au lieu du printemps 2006. Son président, Chew Choon Seng, rasséréné par la certification de l'appareil le 12 décembre, a déclaré hier qu'il avait «hâte de recevoir l'avion en octobre et de le mettre en service très vite».

Les neuf nouveaux appareils seront livrés entre janvier 2010 et le début 2011, a précisé SIA, qui a également annoncé six options supplémentaires susceptibles de porter sa flotte à 25 unités.

Louis Gallois, coprésident exécutif d'EADS et président d'Airbus, présent à Singapour, a déclaré qu'il prévoyait «une ère de coopération encore plus étroite» avec Singapore.

Cerise sur le gâteau, la compagnie régionale de Singapore Airlines, Silk Air, a aussi annoncé la commande de

11 moyen-courriers A320 supplémentaires et neuf options, soit potentiellement 1,33 milliard de dollars (environ 1 milliard d'euros). De quoi rapprocher Airbus de son rival Boeing au bilan des commandes de 2006. À la mi-décembre, Boeing totalisait 865 commandes, contre 662 Airbus. Airbus restera cependant en tête pour les livraisons, avec 430 avions.