BCE largue Télésat pour 3,25 milliards

La société-mère de Bell Canada, BCE, a franchi hier un des derniers pas dans le recentrage de la compagnie sur les communications de base en cédant sa filiale Télésat auprès du régime de retraite fédéral et d'une société américaine.

BCE a indiqué que l'Office d'investissement des régimes de pensions du secteur public du Canada (Investissements PSP) et le groupe new-yorkais Loral Space & Communications paieraient 3,25 milliards pour mettre la main sur Télésat et prendraient en charge sa dette évaluée à 172 millions.

Télésat est un exploitant de services de satellite fondé en 1969 grâce à une loi du Parlement. La compagnie s'est fait un nom dès 1972 en lançant Anik 1, le premier satellite commercial sur orbite géostationnaire à desservir un pays.

Depuis 2004, la direction de BCE a entrepris de tourner la page sur la diversification qui avait caractérisé l'évolution de la compagnie depuis les années 80 et la tentative de convergence avancée par l'ancien p.-d.g., Jean Monty. Par exemple, BCE a vendu sa participation dans le fournisseur de services informatiques CGI, réduit sa participation dans Globemedia (CTV, Globe and Mail, etc.) et placé ses lignes régionales au sein d'une nouvelle fiducie de revenu. BCE a aussi supprimé des milliers d'emplois.

La nouvelle stratégie tourne entièrement autour de Bell Canada. Bien que Bell demeure dominant dans ses marchés, la compagnie fait face à la concurrence des câblodistributeurs dans la téléphonie résidentielle, ce qu'elle tente de compenser en poussant davantage du côté des services de croissance comme le sans-fil et la télévision. Il est déjà prévu que BCE, une société de portefeuille, change de nom pour celui de Bell d'ici à la fin de l'année.

Deux options

Pour se débarrasser de Télésat, BCE évaluait deux possibilités: l'inscrire en Bourse ou la vendre. Elle a fini par choisir la deuxième, et ce, à un prix largement supérieur à ce que prédisaient les analystes depuis cet été. Ce n'est qu'en 2007 que BCE dira ce qu'elle fait exactement avec l'argent récolté grâce à la vente.

«Depuis quelque temps, Télésat fonctionne indépendamment de nos activités de communications de base. Compte tenu des évaluations actuelles des services fixes par satellite, nous croyons qu'il s'agit d'un moment opportun pour dégager de la valeur pour les actionnaires de BCE», a affirmé dans un communiqué le chef de la direction de BCE, Michael Sabia.

Par cela, M. Sabia entend que l'objectif était de faire grimper la valeur de l'action de BCE. À la Bourse de Toronto hier, l'action a progressé de 2,6 % à 30,69 $. Elle oscille entre 27 $ et 30 $ depuis environ trois ans.

Plusieurs analystes financiers voyaient d'un bon oeil la transaction d'hier. Un gestionnaire de fonds a indiqué au Devoir que le geste annoncé rendrait l'action plus intéressante qu'elle ne l'était récemment.

Maintien à Ottawa

BCE a indiqué que Télésat, qui gardera son nom et sera toujours basée à Ottawa, serait dirigée tant par des personnes de Télésat que de Loral Skynet. Daniel Goldberg, qui dirigeait déjà Télésat, en sera le chef de la direction. La nouvelle compagnie sera le quatrième exploitant de services de satellite du monde.

La majeure partie des droits de vote chez Télésat sera détenue par des intérêts canadiens, et son conseil d'administration sera majoritairement représenté par des résidents canadiens. En ce qui concerne les participations économiques, toutefois, Loral détiendra 64 % alors qu'Investissements PSP en aura 36 %.

Loral offre des services de satellite et fait aussi de la fabrication. Lorsque la transaction sera conclue, Loral intégrera à Télésat sa propre filiale Loral Skynet, qui offre des services en Europe, en Asie, au Moyen-Orient et en Amérique latine. Investissements PSP et Loral ont estimé que le chiffre d'affaires de la nouvelle compagnie, au 30 septembre dernier, aurait été de 658 millions et que ses profits avant intérêts et impôts auraient été de 341 millions.

«La combinaison de Télésat, avec sa solide présence canadienne, et de Loral Skynet, avec sa couverture outre-mer, crée un important actif de croissance à long terme pour Investissements PSP», a dit Gordon Fyfe, président d'Investissements PSP. Celle-ci gère les contributions faites après le 1er avril 2000 aux régimes de retraite de la fonction publique fédérale, de la GRC et des Forces armées. La transaction devrait être conclue au milieu de l'année qui vient, ont indiqué les compagnies.