Volvo S60 - Crise existentielle

Les 5-cylindres suralimentés de la S60 montrent une belle élasticité, et ils délivrent du couple à bas régime; mais on est loin de l’onctuosité des 6-cylindres allemands et japonais.
Photo: Les 5-cylindres suralimentés de la S60 montrent une belle élasticité, et ils délivrent du couple à bas régime; mais on est loin de l’onctuosité des 6-cylindres allemands et japonais.

Dans l'industrie automobile, la tendance est aux mélanges des genres. Les automobiles veulent être à la fois des minifourgonnettes et des VUS, les berlines de luxe affichent des prétentions sportives (ou l'inverse), les généralistes s'aventurent dans des créneaux plus exclusifs, les marques réputées cartésiennes tentent de se dévergonder pour changer leur image... Bref, on veut ratisser de plus en plus large. Mais en sortant de leur niche, certaines marques perdent leur identité. C'est ce qui arrive à Volvo, et la berline S60 l'illustre bien.

Au sein de la gamme Volvo, la S60 s'intercale entre la S40 et la S80. Simple. Le milieu de gamme, donc, ce qui en fait une rivale des berlines de luxe dont le prix se situe entre 40 000 $ et 60 000 $ (Acura TL, Audi A4, BMW Série 3, Infiniti G35, Lexus IS, Saab 9-3). Elle n'est offerte qu'en une seule configuration; quant au choix des versions, il est moins varié cette année, avec la disparition de la version de base (2.4) — peu intéressante, il est vrai — et, à l'autre extrémité, de la prétendument sportive S60 R, puissante mais peu inspirante. L'acheteur a donc le choix entre les versions 2.5T à deux ou quatre roues motrices (AWD), ou encore à la T5, désormais la plus puissante avec la disparition de la R. Mais pas plus douée pour la conduite sportive, comme on le verra plus loin.

Belle partout

L'examen de la S60 commence avec de bonnes notes. Le passage au XXIe siècle semble avoir entraîné une révolution en matière de style chez ce constructeur, réputé pour son conservatisme. Les Volvo font désormais figure de référence, ce qui est tout un revirement par rapport aux légendaires «boîtes» des trois décennies précédentes.

Deux choses font en sorte que l'on n'a jamais le goût de sortir de cette berline suédoise: les sièges, de véritables fauteuils qui se classent parmi les plus confortables de l'industrie; et la chaîne stéréo, qui comblera les plus exigeants en la matière. La complexité des commandes demande cependant une période d'adaptation. La superbe présentation intérieure et la finition cossue se situent à des années-lumière du dénuement des anciennes Volvo. On peut donc dire que le contenu est à la hauteur de l'emballage.

L'habitacle récolte aussi des notes parfaites aux chapitres de l'ergonomie et du rangement, tout comme le coffre, très vaste. L'habitabilité légendaire des Volvo n'est cependant plus ce qu'elle était: dans une berline de luxe, on s'attend à plus de dégagement pour les jambes. Les habitués de la marque vont tiquer, c'est sûr.

Puis la déception...

Depuis dix ans, les moteurs à 5-cylindres font partie intégrante de l'environnement Volvo. Cette architecture originale, utilisée puis abandonnée par quelques constructeurs dans les années 80 (Audi, Mercedes, Acura), se veut un compromis: l'économie d'un 4-cylindres avec le couple d'un 6-cylindres. En ce qui me concerne, je suis loin d'être convaincu; les compromis éliminent parfois l'essentiel...

Les 5-cylindres suralimentés de la S60 montrent une belle élasticité, et ils délivrent du couple à bas régime; mais on est loin de l'onctuosité des 6-cylindres allemands et japonais. Et il y a ce grognement agricole lorsqu'on accélère, tout à fait inapproprié pour une berline de luxe. L'accélérateur spongieux, un défaut chronique des Volvo, constitue un autre irritant.

Si le confort est royal, l'agrément de conduite est mitigé, voire inexistant. Si la douceur de roulement est votre priorité, ça peut aller; mais pour les sensations, ou encore le simple plaisir de conduire, vous êtes à la mauvaise adresse.

La version plus musclée, la T5, génère un peu plus d'adrénaline, avec ses 257 chevaux, mais ses prétentions sportives s'arrêtent là. Sa boîte manuelle mérite des compliments, tout comme le freinage, malgré un ABS chatouilleux. Mais sa direction vient tout gâcher: elle ne communique aucune sensation et son énorme rayon de braquage vient altérer l'agrément de conduite sur un parcours sinueux, en plus de compliquer les manoeuvres de stationnement. L'effet de couple est par ailleurs inévitable avec plus de 250 chevaux. La traction intégrale aurait permis de corriger le tir mais, allez savoir pourquoi, elle n'est pas disponible sur la T5. Trouvez l'erreur.

Conclusion

À vouloir trop plaire à trop de monde, la marque suédoise a perdu de son lustre et s'est éloignée de ses acheteurs traditionnels, tout en peinant à fidéliser les nouveaux. Perte d'identité, fiabilité en baisse et service après-vente très variable d'un concessionnaire à l'autre, voilà autant d'éléments qui font en sorte que les clients n'ont pas envie de racheter une Volvo. Et l'intégration au groupe Ford n'y est pour rien: le déclin de Volvo a commencé bien avant.

Collaborateur du Devoir

FICHE TECHNIQUE VOLVO S60

- Moteurs: 5 cyl 2,5 L turbo

- Puissance: 208 ch

- 0 à 100 km/h : 9,1 s

- Vitesse maximale: 210 km/h (limitée électroniquement)

- Consommation: 11,0 L/100 km

- Échelle de prix: de 40 995 $ à 47 995 $
1 commentaire
  • Kim Cornelissen - Inscrite 18 décembre 2006 12 h 00

    Crise existentielle... de Volvo ou des journalistes auto?

    On jurerait qu'on conduit pas la même auto... Je conduis souvent des S-60 et je n'ai pas la même impression du tout que le journaliste... Un grognement agricole dans la S-60??? C'est drôle, moi j'apprécie particulièrement les S-60 parce qu'elles sont à la fois sportives, tout en étant anti-fatigue et permettant à mes parents âgés de voyager, le tout avec un grand coffre!

    On a l'impression qu'elles ont été conçues par des gens intelligents, soucieux et raffinés, en plus de se sentir parfaitement en sécurité. J'ai roulé avec des S-60 sur les routes sinueuses suédoises et c'était une vraie merveille! Sans doute n'ai-je pas la même adrénaline que le journaliste? Un peu moins de testostérone peut-être?

    Les gens qui apprécient les voitures ont autre chose en tête qu'une vitesse maximale interdite et une puissance dont on ne peut se servir de toute façon... à quand des articles qui parlent d'autre chose que cela?