Flexibilité du taux de change - La Chine et les États-Unis dialoguent mais sont loin d'une entente

Le secrétaire au Trésor américain, Henry Paulson, et la vice-première ministre chinoise, Wu Yi, ont tenté de trouver un terrain d’entente sur l’épineuse question de la flexibilité du taux de change du yuan, mais les discussions ont surtout mis
Photo: Agence Reuters Le secrétaire au Trésor américain, Henry Paulson, et la vice-première ministre chinoise, Wu Yi, ont tenté de trouver un terrain d’entente sur l’épineuse question de la flexibilité du taux de change du yuan, mais les discussions ont surtout mis

Pékin — Chine et États-Unis se sont engagés hier à agir pour améliorer leurs relations commerciales, en inaugurant un nouveau «dialogue stratégique économique» qui a surtout mis en lumière leurs divergences.

Le secrétaire au Trésor Henry Paulson, arrivé à Pékin en soulignant l'importance d'aboutir à «résultats concrets», est reparti en admettant la necessité de patienter: «Il n'est pas réaliste de vouloir des résultats immédiats. Il y a en jeu des questions importantes», a dit le responsable, à l'issue de ce dialogue nouvelle formule.

Il avait un peu plus tôt assuré que les deux pays allaient «s'attaquer aux déséquilibres», les États-Unis «encourageant davantage l'épargne nationale» et la Chine «la consommation et la flexibilité du taux de change» de sa monnaie, lors d'une conférence de presse en compagnie de la vice-première ministre chinoise Wu Yi.

Mais s'exprimant à son tour, cette dernière a mis l'accent sur les divergences. «Nous avons eu des zones de consensus, mais aussi un certain nombre de divergences», a-t-elle dit.

«Il est compréhensible que nous ayons des différences» entre «pays très différents. La clef, c'est l'attitude que l'on adopte face à ces différences», a-t-elle aussi lancé, en soulignant l'importance du «respect mutuel».

Une antienne chère à Pékin, qui presse souvent ses «amis américains» de faire des efforts pour comprendre la Chine. Dès jeudi, Wu Yi avait prévenu: «la connaissance limitée de la réalité chinoise» de «certains amis américains» n'est pas «favorable à un développement sain des relations».

M. Paulson a reconnu avoir trouvé des interlocuteurs d'accord sur la nécessité de réformes, mais pas sur leur rythme: «Nous voyons plus de danger dans la lenteur. Les Chinois voient ça différemment».

À l'impatience de Washington, Pékin oppose ses nombreux progrès en matière d'ouverture, de réformes, d'adaptation aux règles de l'OMC, ou de taux de change du yuan, promettant de continuer à oeuvrer en ce sens, mais pas au prix d'une déstabilisation de son économie.

«L'attitude de la Chine vis-à-vis du yuan est celle de progrès continu vers un plus grand rôle des forces de marché. Récemment il s'est apprécié de plus de 5 %, ce qui n'est pas un mince changement», résumait hier le Quotidien du peuple, organe du parti communiste.

Effectivement, depuis sa réévaluation de 2,1 % le 21 juillet 2005, le renminbi a progressé de plus de 3,5 % face au dollar.

Cela reste insuffisant pour Washington, dont la Chine est le troisième partenaire commercial, comptant pour plus du tiers dans son énorme déficit commercial (41 % en octobre).

Appelant donc une nouvelle fois à la réévaluation de la monnaie chinoise, le président de la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke, a souligné hier que la Chine aurait à gagner à en augmenter la flexibilité, à l'heure où ce pays veut promouvoir la consommation pour ne plus voir son économie essentiellement basée sur les investissements et les exportations.

«Non seulement la réduction des déséquilibres chinois contribuerait à la stabilité financière mondiale, mais ce serait aussi dans l'intérêt chinois», a-t-il affirmé.

MM. Bernanke et Paulson étaient accompagnés de la plus importante délégation américaine jamais vue en Chine, pays devenu la cible de critiques virulentes aux États-Unis, notamment de la part des démocrates qui prendront le contrôle du congrès en janvier.

«On spécule beaucoup pour savoir si les membres du Congrès vont être satisfaits. Moi je suis satisfait de ce que nous avons accompli», a dit le secrétaire au Trésor.

Les prochaines rencontres du dialogue sont prévues à Washington, en mai.