Portrait - Comme une partie de Monopoly

Robert Doyon, président et chef de la direction du Groupe Atis
Photo: Jacques Grenier Robert Doyon, président et chef de la direction du Groupe Atis

Depuis le début de sa carrière, Robert Doyon a participé à 65 acquisitions d'entreprises, et ce n'est pas fini. En tant que président et chef de la direction du Groupe Atis, il en a effectué huit au cours des 27 derniers mois. Chimiste de formation, il est aujourd'hui le patron de l'une des deux plus importantes entreprises canadiennes dans le domaine des portes et fenêtres. Avec des ventes qui dépassent les 200 millions, il maintient le cap sur la croissance et prévoit encore une ou deux acquisitions au Canada avant de s'attaquer au marché américain.

À première vue, il peut sembler étonnant qu'un chimiste se retrouve ainsi dans le domaine des portes et fenêtres, mais l'évolution de sa carrière s'est faite le plus naturellement du monde. Pendant ses études à l'Université de Sherbrooke, M. Doyon a travaillé pendant plusieurs étés chez Molson. Il a commencé sa carrière chez Dominion Textile, à Magog, mais s'est rapidement retrouvé chez Molson, d'abord au contrôle de la qualité, puis comme directeur d'usine, avant d'occuper des fonctions encore plus importantes dans la filiale de Molson Diversey, une compagnie spécialisée dans les produits de nettoyage de bouteilles et de systèmes de fabrication. Il y est demeuré 10 ans à titre de vice-président pour l'Amérique du Nord et ensuite pour 36 pays à travers le monde. Au cours de cette décennie, Diversey a procédé à 50 acquisitions et son chiffre d'affaires est passé de 350 millions à 1,8 milliard. M. Doyon était alors sur la route au moins 250 jours par année. Il a travaillé ensuite pour quelques autres entreprises, dont Weston et Disque Amérique à Drummondville.

En 2001, il a lancé son propre fonds d'investissement familial, fort d'une vaste expérience acquise chez Molson — qui lui avait fait suivre des cours dans divers domaines (finances, ventes, acquisitions, etc.) — et profondément marqué par les valeurs et la culture d'affaires de la famille Molson. Il a eu tôt fait de se trouver un partenaire investisseur, Key Principal Partners (KPP), un fonds privé de 2,7 milliards de dollars de Cleveland, en Ohio. Ensemble, ils ont fait en septembre 2004 l'acquisition de la participation de 100 millions de la Caisse de dépôt et placement du Québec dans la compagnie québécoise Focus Portes et Fenêtres, dont faisaient partie les deux usines de Laflamme dans la région de Québec. Il y a eu aussi les deux usines de Solarcan, sur la rive sud de Montréal. Le nom de l'entreprise a été changé pour celui de Groupe Atis, dont KPP détient les deux tiers des actions. M. Doyon en est cependant le cerveau et le véritable patron en tant que président et chef de la direction.

En mars 2005, Atis procédait à quatre autres acquisitions, à savoir les deux usines de Melco, les cinq magasins, l'entrepôt et le centre de distribution de Vimal dans la grande région montréalaise.

Puis en novembre dernier, Atis effectuait une première acquisition dans l'Ouest, celle d'Allied Windows en Colombie-Britannique, suivie d'une autre ce mois-ci, celle de Bestway à Calgary. Bref, à l'heure actuelle, le Groupe Atis peut dire que ses revenus dépassent les 200 millions, que ses usines et magasins totalisent une superficie de 880 000 pieds carrés, que ses équipes comptent 1600 employés, 200 vendeurs et 145 firmes installatrices de portes et fenêtres. Atis s'est rapidement haussé au rang des deux premières entreprises dans ce créneau d'activités au Canada. Les objectifs du plan stratégique de trois ans mis au point en 2004 ont déjà été atteints.

Est-il possible qu'une croissance aussi rapide puisse donner une entité dont les parties mises ensemble forment vraiment un tout? Le Groupe Atis possède une structure entrepreneuriale très décentralisée, chaque entité ayant son directeur général, mais il y a un comité exécutif qui est aussi «un bureau de changement», présidé par M. Doyon. Son rôle est de vérifier «la résistance au changement» pour chaque nouvelle entreprise dont on vient de faire l'acquisition. Ce comité compte sept membres permanents, d'autres personnes pouvant s'y ajouter pour chaque situation particulière. «Notre dynamique entrepreneuriale s'appuie sur l'honnêteté et le respect, d'abord entre nous puis avec nos clients et fournisseurs. Et il faut aussi s'amuser.» Toutefois, M. Doyon n'achète pas n'importe quoi. «Nous achetons les compagnies qui ont du vécu, qui ont survécu aux récessions, qui ont une bonne équipe de direction et de bons employés. Nous achetons ce qui marche bien avec des gens qui ont le goût de participer à la croissance», explique-t-il. En fait, les usines acquises jusqu'à maintenant ont au moins 20 ans d'existence et certaines, comme Laflamme, existent depuis 57 ans. Depuis un an, M. Doyon dit avoir visité 62 compagnies, mais seulement quelques-unes ont fait l'objet d'une transaction.

Tout en ayant des unités très décentralisées, Atis montre une volonté très nette de dégager un maximum de synergies pour le plus grand bien du groupe, que ce soit dans les achats, l'informatique, la préparation des conventions collectives, etc. Par exemple, 23 cadres détiennent des actions et la rémunération de ces derniers est établie en fonction de l'efficacité du groupe. Une telle mesure vise notamment à inciter les cadres à s'intéresser et à participer aux activités d'autres usines que la leur. Ainsi, les usines de l'Est peuvent être appelées à aller aider celles de l'Ouest. Le Groupe Atis compte 5000 clients, dont le plus important est le Groupe Rona avec ses 600 magasins. «Nos clients nous demandent de les suivre dans l'Ouest», souligne le président. Atis a installé chez Laflamme un centre de recherche et développement qui travaille pour tout le Canada.

Dans toutes les décisions importantes, on cherche d'abord à dégager des consensus, ce qui est généralement le cas; mais lorsqu'il n'y en a pas, il appartient alors au «capitaine» de prendre la décision. On a procédé récemment à une vaste opération de remue-méninges parmi les 200 vendeurs pour en arriver à établir la liste des nouveaux produits qu'il faudrait fabriquer au cours des cinq prochaines années. Que retrouve-t-on sur cette liste? Il y a par exemple les fenêtres solaires, qui peuvent capter l'énergie et l'utiliser, dans l'instant ou plus tard, en l'envoyant dans le sol, selon un procédé géothermique. La plupart des nouvelles technologies concernant les portes et les fenêtres viennent d'Europe, constate M. Doyon, qui fréquente régulièrement les grands salons d'Allemagne, à l'avant-garde en ce domaine.

Atis offre à ses clients une vaste gamme de produits en bois, en PVC, en acier, en fibre de verre destinés à tous les marchés, du résidentiel jusqu'à celui des grands immeubles commerciaux. M. Doyon se montre particulièrement confiant quant aux perspectives d'avenir. La part de marché d'Atis est présentement de 37 % dans le marché résidentiel au Québec et de 10 % au Canada. Il s'agit d'un marché global (résidentiel et commercial) de 400 millions au Québec et de deux milliards au Canada. Il y a aussi un marché de la rénovation de 11 milliards, dont une part de 22 % pour les portes et fenêtres. Le président rappelle que 88 % des maisons sont âgées de 16 ans ou plus; plusieurs d'entre elles sont donc susceptibles d'avoir besoin de nouvelles fenêtres dans un avenir rapproché. Pour ses acquisitions futures, Atis s'intéresse non seulement aux portes et fenêtres, mais aussi aux produits connexes. Puisque ses clients lui demandent de les accompagner au Canada et ailleurs, Atis, qui aura complété avant longtemps l'installation de tout son réseau au Canada, se tournera alors vers les États-Unis. Au fait, M. Doyon a déjà commencé à explorer ce marché.

Contrairement à ce que pourrait laisser croire le nombre d'acquisitions qu'il a effectuées au cours de sa carrière, M. Doyon assure qu'il est «hyper-conservateur» et qu'il se garde toujours un filet de sécurité. Les acquisitions ne lui font pas peur. Il a élaboré une technique bien rodée pour passer au peigne fin les entreprises avant de décider de les acquérir.

Il avoue par ailleurs que ce qui lui cause le «plus grand stress», c'est le départ massif des baby-boomers à la retraite d'ici cinq à dix ans. «Qui va gérer les entreprises? Qui seront les dirigeants clés? Comment allons-nous intégrer la génération X, qui pense beaucoup à sa vie personnelle? Il va falloir trouver des gens prêts à travailler des centaines d'heures.» Ce sont là les angoisses de M. Doyon, qui a lui-même 48 ans et qui ne songe pas du tout à prendre sa retraite. Il s'amuse, comme s'il jouait au Monopoly, mais avec du vrai argent.
1 commentaire
  • marcel vinet - Inscrit 16 décembre 2006 20 h 49

    C'est notre imagination positive du futur qui est notre force

    bravo,je lui souhaite bonne chance, il ne devrait pas sous estimer la nouvelle generation qui remplace les baby boomers,le monde futur sera sa capacite de l imaginer