Désaccord au sein des antimondialisation - La FTQ boude le référendum sur la ZLEA

La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) ne participera pas à la vaste consultation populaire qui sera bientôt menée au Québec par les opposants à la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA). Loin de renier ses critiques à l'endroit du processus de négociation en cours, la centrale syndicale en veut contre une certaine façon d'y faire la lutte.

Organisé par le Réseau québécois sur l'intégration continentale (RQIC), auquel appartiennent les centrales syndicales et plusieurs organisations populaires, le référendum informel doit se tenir à la fin du mois de mars prochain et sera précédé d'une grande campagne d'information. Lancée au Sommet des peuples de Québec, au printemps 2001, l'idée de tenir une telle consultation a déjà été appliquée le mois dernier au Brésil et a amené la quasi-totalité de ses dix millions de participants à interdire à leur gouvernement de signer une éventuelle ZLEA.

«Compte tenu de la façon dont on entend formuler la question, il n'y aura rien de plus facile que d'aller chercher un non [ici aussi]», déplore André Leclerc, responsable de la solidarité internationale à la FTQ. «Se limiter à rejeter le processus en cours nous est toujours apparu comme un exercice rhétorique qui ne mène nulle part. Un tel accord est inévitable, et nous nous privons de belles occasions d'influencer le processus en cours lorsque nous nous campons dans cette opposition.»

On voudrait, à la centrale, que l'on mette plutôt l'accent sur les modèles alternatifs d'intégration continentale. On dit comprendre que les crises économiques qu'ont connues des pays comme l'Argentine et le Brésil incitent les Latino-Américains à adopter des positions plus radicales sur la question. «Mais la situation est différente ici», dit André Leclerc.

Si la FTQ continue de croire qu'à l'exception de cette histoire de référendum, les autres membres du RQIC partagent sa perception des choses, elle doute que ce soit le cas dans le reste du pays. «Il est difficile d'avoir des discussions avec le gouvernement sans s'y faire traiter de traître. C'est dommage, parce qu'on pourrait réaliser des gains intéressants si on présentait un front commun.»

Au RQIC, on précise que la formulation finale des questions du référendum n'est pas encore fixée. On ajoute toutefois que la nature de l'exercice fait en sorte que ces questions ne pourront pas être très différentes de celles qui ont été posées au Brésil et qui doivent aussi être posées dans d'autres pays des trois Amériques. «L'action est placée sous le couvert de l'Alliance sociale continentale, explique Roger Saucier, du Centre international de solidarité ouvrière. Elle s'inscrit dans la logique des résolutions adoptées au Sommet des peuples de Québec.»

Au Québec, on y ajoutera une deuxième question demandant si les membres du RQIC doivent poursuivre leur lutte contre la ZLEA. Le vote se fera lors d'assemblées militantes ou au moyen de cartes postales de réponse.

Comme à la FTQ, Roger Saucier tient à répéter que le RQIC ne court pas le risque d'un éclatement. «Ce genre de débat est courant. Sur le fond, on reste d'accord.»