Pour tenter de regagner la confiance du public - Citigroup sépare analystes et banquiers d'affaires

New York - Citigroup, la première banque du monde, a libéré hier ses analystes financiers de l'influence directe de ses banquiers d'affaires pour tenter de redorer le blason d'une profession à la réputation ternie par ses pratiques douteuses.

La banque veut ainsi prendre les devants alors que les autorités judiciaires et de régulation du secteur financier accroissent la pression sur les grandes firmes de Wall Street pour tenter de trouver une réponse collective aux conflits d'intérêt qui ont miné la confiance des investisseurs.

Une division séparée

La solution de Citigroup: mettre ses analystes dans une division séparée, mais toujours détenue à 100 % par la banque, avec les 12 500 conseillers financiers en charge des investisseurs individuels. L'idée est d'isoler les analystes de l'influence des banquiers d'affaires. Ces derniers avaient plus intérêt à ce que les notes de recherche soient flatteuses pour s'attirer en retour de lucratifs contrats qu'à s'assurer que l'investisseur lambda bénéficie d'une information objective.

La rémunération de l'analyste — en moyenne un million $US par an, selon une étude — dépendait de sa diligence.

La nouvelle unité regroupant les activités de courtage de détail et les activités de recherche financière, intitulée Smith Barney, sera dirigée par Sallie Krawchek, distinguée par le magazine Fortune comme la dernière analyste honnête sur la place financière américaine. «Cette structure, sous la direction de Sallie [Krawcheck], va permettre d'assurer que la recherche financière chez Citigroup soit indépendante des activités de banque d'investissement et de placement de titres», a expliqué le p.-d.g. de la banque, Sandy Weill, dans un communiqué.

Art Hogan, stratégiste du marché à la maison de courtage Jefferies, reste prudent et assez sceptique. «Il faut voir comment cela s'inscrit» dans un schéma plus large, a-t-il dit.

Pièce maîtresse

De fait, Sallie Krawcheck semble bien être la pièce maîtresse de la contre-offensive de Sandy Weill. Elle s'est taillé «une incroyable réputation d'objectivité, d'honnêteté et d'équité», a souligné Laura Unger, ancienne patronne de la Commission des opérations de Bourse (SEC), sur la chaîne de télévision CNBC.

«Notre objectif est d'améliorer la confiance dans l'intégrité et l'impartialité du produit, a martelé Sallie Krawcheck. Cela se fera à travers des normes toujours plus exigeantes au chapitre de la performance, du professionnalisme et de l'indépendance.» Elle rendra directement compte à Sandy Weill.

Sallie Krawcheck connaît les arcanes de ce secteur pour avoir été analyste pendant des années avant de prendra la tête de la société de Bourse et d'analyse financière Sanford C. Bernstein. En juin, dans une entrevue, elle avait réaffirmé son attachement farouche à l'indépendance de la recherche. Quand on lui avait demandé si elle accepterait de lancer Sanford C. Bernstein dans le placement de titres — une activité très rentable mais source de conflit d'intérêts —, elle avait répondu: «Jamais. Il faudrait qu'ils me passent sur le corps.»

Ces derniers mois, Citigroup s'est retrouvé sur la sellette à cause des liens très étroits entre celui qui était alors l'analyste-vedette de la maison, Jack Grubman, et le groupe de télécoms WorldCom, qui détient le titre de plus importante faillite des États-Unis.

La SEC, le Congrès et plusieurs États fédérés ont emboîté le pas au ministre de la Justice de l'État de New York, Elliot Spitzer, qui a lancé une offensive en règle contre les analystes financiers au printemps. Elliot Spitzer a déjà forcé la maison de courtage et banque d'affaires Merrill Lynch à payer une amende de 100 millions $US. Il avait prouvé que des analystes louaient en public les qualités d'une entreprise qu'ils traitaient de «merde» en interne.