Les fonds d'investissement, rois et maîtres de l'économie mondiale

Les fonds d’investissement rachètent généralement des entreprises en payant une petite partie en comptant et en empruntant le reste. Ils retirent l’entreprise de la Bourse, la restructurent pour améliorer sa rentabilité, avant de la revendre que
Photo: Agence Reuters Les fonds d’investissement rachètent généralement des entreprises en payant une petite partie en comptant et en empruntant le reste. Ils retirent l’entreprise de la Bourse, la restructurent pour améliorer sa rentabilité, avant de la revendre que

New York — Multimilliardaires et secrets, les fonds d'investissement mettent la main sur des entreprises de plus en plus grosses, une frénésie d'achats devenue le moteur des fusions et acquisitions mondiales, qui grâce à eux atteindront un record absolu en 2006.

L'un des plus puissants fonds du monde, l'américain Blackstone, a annoncé hier le rachat du premier promoteur-gérant de bureaux aux États-Unis, Equity Office, pour 36 milliards de dollars, dont 16 milliards de dettes.

Il s'agit du plus gros rachat jamais effectué par un fonds d'investissement.

En incluant cette opération, les rachats d'entreprises par des fonds atteignent cette année un record mondial absolu: près de 600 milliards de dollars (dont 353 milliards aux États-Unis), soit une hausse de 70 % sur les 350 milliards de 2005, selon le cabinet Dealogic.

Leurs opérations tous azimuts, qui visent aussi bien les plus grosses entreprises du monde que les PME régionales, atteignent désormais plus de 17 % des opérations mondiales de fusions et acquisitions, contre seulement 4 % en 2000, selon le cabinet.

C'est grâce aux fonds que les fusions et acquisitions mondiales atteindront cette année le record de 3 700 milliards de dollars, davantage que les 3 320 milliards de dollars atteints en 2000, année de la bulle Internet, précise Dealogic.

À l'inverse, les opérations «classiques» — les rachats stratégiques d'une entreprise par une autre — sont en perte de vitesse.

Aux États-Unis, principal terrain de jeu des fonds, leurs opérations de rachats ont représenté 25 % des fusions et acquisitions américaines, en hausse de 150 % par rapport à 2005, selon le groupe d'information financière Thomson Financial.

«En excluant les transactions des fonds», souligne l'analyste de Thomson Richard Peterson, «les fusions et acquisitions aux États-Unis n'ont augmenté que de 3 % cette année, et excluant les rachats par les entreprises étrangères, elles sont même en recul de 5 % sur 2005».

«Cinq des plus grands rachats de tous les temps par des fonds ont eu lieu cette année», renchérit Paul Kedrosky, expert du secteur, citant plusieurs gigantesques opérations, dont le groupe hospitalier américain Hospital Corporation of America (HCA) pour lequel le fonds KKR propose 33 milliards de dollars.

Ces fonds privés, non cotés pour la plupart, donc exempts des exigences de transparence des autorités boursières, ont encore levé près de 300 milliards de dollars cette année, surtout auprès des fonds de pension américains qui leur confient leur argent. Ils disposent maintenant d'une puissance de tir de plus de 1 000 milliards de dollars.

Ils rachètent généralement des entreprises en payant une petite partie en comptant et en empruntant le reste. Ils retirent l'entreprise de la Bourse, la restructurent pour améliorer sa rentabilité, avant de la revendre quelques années plus tard, avec d'importantes plus-values.

«En moyenne, ces opérations sont financées à 80 % par l'emprunt», selon le professeur Joseph Bartlett, conseiller chez Fish & Richardson et professeur à l'Université de Cornell. La montée de la Bourse ne peut que favoriser cette tendance: racheter une entreprise, la retirer de la Bourse, la développer puis la réintroduire en Bourse peut rapporter 300 ou 400 fois la mise, précise-t-il.

«Aucun groupe n'est à l'abri à partir du moment où il a une valorisation boursière qui n'est pas très élevée par rapport à sa taille, ce qui est le cas de beaucoup d'entreprises françaises et européennes», commente l'économiste Nicolas Bouzou.

Parmi les plus récents groupes cibles, le français Vivendi s'est vu proposer 40 milliards de dollars par KKR. La presse américaine a aussi évoqué un possible rachat du groupe de grande consommation Sara Lee pour 20 milliards de dollars.

La montée en puissance des fonds avait été révélée en 1989 quand KKR avait racheté le groupe NJR Nabisco, une opération qui avait choqué à l'époque.