États-Unis - L'immobilier, l'épée de Damoclès de la croissance

Washington — Les craintes pour l'économie américaine se portent plus que jamais sur le marché immobilier, qui a donné de nouveaux signes de faiblesse en octobre, alors que le danger semble s'éloigner sur le front de l'inflation.

Les mises en chantier de logements ont chuté en octobre à leur plus bas niveau en six ans, reculant de 14,6 % par rapport à septembre et de 27,4 % sur un an, a annoncé hier le département du Commerce. «L'ampleur de la baisse sur un an» illustre que ce secteur est «maintenant entré en récession» a estimé Brian Bethune de Global Insight. De leur côté les permis de construire ont reculé de 6,3 %, le niveau le plus faible depuis décembre 1997. Ces chiffres viennent confirmer le retournement du marché immobilier observé ces derniers mois après plusieurs années de hausse. Ses conséquences sont imprévisibles.

Selon Daniel Meckstroth, le chef économiste de l'alliance des industriels MAPI, la baisse des prix des logements représente le plus gros risque pour l'économie à court terme. «Si les consommateurs américains, lourdement endettés, décidaient brusquement d'augmenter leur épargne l'an prochain, une récession serait plus probable qu'un atterrissage en douceur», estime-t-il.

La correction de l'immobilier peut peser sur l'économie par deux canaux: d'abord en réduisant l'effet de richesse qui pousse les propriétaires à dépenser, et ensuite en les empêchant de dégager de nouvelles lignes de crédits garanties par la valeur de leur logement.

«Le plus gros danger posé par la baisse de limmobilier est que la possible déflation des prix des maisons soit assez sévère pour affecter la confiance des consommateurs et réduire leur richesse au point d'altérer leurs dépenses», estime John Lonski de Moody's Investors Service.

Pour l'instant, ces effets ont été limités. Lors de sa dernière réunion fin octobre, la banque centrale a estimé que le retournement de l'immobilier «ne semblait pas contaminer les dépenses de consommation».

La consommation étant le principal moteur de la croissance, sa vigueur est déterminante. Les fêtes de fin d'année, traditionnellement l'occasion d'une débauche de dépenses, seront un bon test, mais pour l'instant les Américains ne se sont pas rués dans les magasins: en octobre, les ventes de détail ont reculé de 0,2 %, avec des poches de faiblesse dans les secteurs liés à la maison (ameublement, bricolage...).

Aussi la banque centrale estime-t-elle que «l'activité dans le secteur immobilier résidentiel devrait rester une entrave importante à la croissance économique dans les prochains trimestres». Les analystes sont d'accord et ont dans l'ensemble transféré leurs inquiétudes de l'inflation à la croissance, à présent que la hausse des prix semble se calmer sous les effets conjugés de la baisse des prix du pétrole et des hausses des taux d'intérêt. Le ralentissement de l'immobilier va «dans une certaine mesure» se transmettre au reste de l'économie, et «toute la question est de savoir dans quelle ampleur», estime Drew Matus de Lehman Brothers. M. Lonski pour sa part n'exclut pas un ralentissement de la croissance entre 1 % et 1,5 % au quatrième timestre.

Ces dernières semaines des signes de faiblesses sont également venus du côté de l'industrie, avec une hausse décevante de la production en octobre (+0,2 % après -0,6 % en septembre) liée aux difficultés du secteur automobile. L'automobile est en effet un secteur très symptomatique de la santé des consommateurs.