Ce n'est pas fini...

Le Complexe des sciences de l’UQAM en août 2005.
Photo: Jacques Nadeau Le Complexe des sciences de l’UQAM en août 2005.

Pendant 20 ans, dans la foulée de l'onéreuse aventure olympique, il ne se passait plus rien à Montréal. La ville se vidait au profit des banlieues. Puis le secteur de la construction reprit vie, soutenu par des projets d'abord publics, puis privés. Aujourd'hui, de vastes zones urbaines suscitent l'intérêt chez plus d'un promoteur.

Pour l'usager de l'autoroute 25, un ralentissement s'impose au nord de Terrebonne: les voies de circulation ont été réduites en largueur et tous les accotements, tant latéraux que celui du centre, accueillent grues, excavatrices et pylônes. Un nouveau viaduc est en voie d'érection et l'automobiliste de passage se dit que la forêt qui se trouve à l'est de la voie routière ne sera bientôt plus qu'un souvenir. Un nouvel arrondissement urbain, où les unifamiliales pousseront comme autant d'arbres, prend donc forme, justifiant ainsi pour certains encore plus l'urgence d'un nouveau pont pour la 25!

Et qui poursuit son voyage en périphérie de la métropole québécoise voit çà et là, au nord comme au sud, tant à l'est qu'à l'ouest, de nouveaux quartiers apparaître dans le paysage des banlieues. Qui avait donc dit que la dénatalité allait rapidement entraîner une baisse des populations? et des besoins en logements?

Projets publics

À Montréal même, il y a cinq années de cela à peine, on se consolait de voir ailleurs tous les champs de patates devenir autant de surfaces à gazon en se disant combien il était heureux que la construction publique soit là pour soutenir l'activité de la construction: toutes les universités étaient sur la brèche pour parsemer l'île de nouveaux pavillons.

Un tel mouvement ne serait d'ailleurs point à la veille de prendre fin, sauf si, dans un cas, l'UQAM ne réussit pas à démêler l'impasse financière entraînée par les découverts qu'affiche le Complexe des sciences et, dans un autre, si l'Université de Montréal réussit à attirer suffisamment de partenaires financiers pour lui permettre de transformer radicalement la cour de triage d'Outremont. Ajoutez à cela les futurs hôpitaux universitaires et on se dit que c'est à coups de milliards que le monde de l'enseignement «bétonne» la ville.

Initiatives privées

Mais les universités ne furent bientôt plus seules à se faire promoteurs immobiliers. Le secteur domiciliaire est passé à l'action: les abords du canal Lachine ont été transformés, le boulevard René-Lévesque fait toujours son plein de nouvelles tours et l'ouest de la ville est devenu une terre fertile pour les condominiums de toute nature (qui travaille au Devoir voit ainsi d'une fenêtre un 18 étages en voie de réalisation et d'une autre, les fondations d'un futur 34 étages). N'a-t-on point parlé récemment d'une chute prévisible à la fois des prix et des nouveaux projets?

Pourtant, le Montréal immobilier est toujours sur une pleine lancée. Pour comprendre ce que l'avenir réserve, il suffit de jeter un regard sur un des arrondissements de la ville. Quand Bombardier a découvert dans ses actifs un vaste espace rendu désert par l'élimination d'un aéroport devenu inutile, l'entreprise a décidé de donner une nouvelle vocation à la zone: Services immobiliers Bombardier inc. était mis en place et le projet résidentiel Bois-Franc allait prendre forme. Trois promoteurs immobiliers se mettaient à la tâche pour offrir des résidences valant d'une centaine de milliers à un million de dollars l'unité.

Futur immédiat

Et voilà que, pour un quartier de la zone sud-ouest de la ville, au Village Griffintown, les urbanistes du groupe Daniel Arbour et associés joignent leurs efforts à ceux du promoteur Devimco pour concevoir un développement complexe (avec ces temples urbains que sont les Wal-Mart et autres Canadian Tire). Le coût affiché de l'opération dépasserait le milliard de deux centaines de millions.

Et qui suit la vie municipale sait que ce n'est pas sur cette dernière proposition que va s'arrêter la vague immobilière. N'y a-t-il point le long de l'autoroute Décarie un vaste hippodrome dont la relocalisation est depuis longtemps annoncée? Aux confins donc de voies dites «rapides» (un euphémisme quand on parle de la Métropolitaine et de l'autoroute Décarie), dans un secteur desservi par l'une des trop rares lignes de métro, mais à proximité du centre-ville, de vastes espace seront bientôt disponibles sur lesquels les promoteurs immobiliers pourront surenchérir. Comparées à de telles possibilités, les initiatives qui ont transformé les anciennes usines Angus ou le secteur de l'incinérateur Des Carrières seraient décrites aujourd'hui comme des interventions simples dans un développement normal.

La renaissance de Montréal est en cours. Il faut cependant souhaiter que le résultat ne sera pas banal, et qu'une évaluation de la qualité des réalisations accompagnera un simple calcul quantitatif, qui décrit, lui, le nombre d'unités d'habitations rendues disponibles. Et il faudra un juste partage entre la nature de ces habitations: des condominiums de luxe pour investisseurs, certes, mais aussi des lieux pour les moins nantis de nos sociétés, et pour tous ceux dont les revenus dépendent de l'activité de ces PME, les petites et moyennes entreprises, qui constituent le paysage commercial, industriel et celui des services à Montréal.

Y aurait-il demain une élection municipale qu'on se dit que, dans la métropole québécoise, il n'est point difficile de se trouver un programme électoral.