Sommet mondial du microcrédit de Halifax - Les banques ne prêtent plus qu'aux riches

Robert Annibale, directeur mondial pour le microcrédit chez Citigroup. La banque pense pouvoir utiliser son expertise avec les institutions de microcrédit pour constituer une future base de clients.
Photo: Agence France-Presse (photo) Robert Annibale, directeur mondial pour le microcrédit chez Citigroup. La banque pense pouvoir utiliser son expertise avec les institutions de microcrédit pour constituer une future base de clients.

Halifax — Robert Annibale est un banquier atypique: globe-trotteur de l'établissement bancaire américain Citigroup, sa clientèle est souvent analphabète et sans économies.

Les grandes banques internationales, traditionnellement, ne s'intéressent pas aux gens les plus pauvres dans le monde, mais des banquiers comme M. Annibale sont en train soudainement de se réveiller face au potentiel que représente cet énorme marché inexploité.

«Il s'agit vraiment d'étendre l'accès aux services financiers à toutes sortes de personnes. Il y a des centaines et des centaines de millions de gens qui sont économiquement actifs et qui ne disposent pas de comptes bancaires», a déclaré à l'AFP M. Annibale, directeur mondial pour le microcrédit chez Citigroup.

Le banquier américain est venu de Londres pour participer au Sommet mondial du microcrédit organisé cette semaine à Halifax et dont l'invité vedette est Muhammad Yunus, qui vient de recevoir le prix Nobel de la Paix.

M. Yunus a été récompensé pour avoir conçu et lancé depuis des années une méthode de développement pour combattre la pauvreté dans son pays natal, le Bangladesh, en prêtant de petites quantités d'argent à des gens pour leur permettre de développer leurs affaires, tels qu'un stand de fruits et légumes ou un atelier.

Dans son livre, Le Banquier des pauvres, M. Yunus rappelle comment des banquiers bangladais lui ont ri au nez quand il a proposé pour la première fois de prêter de l'argent aux déshérités.

Les banquiers ne rient plus. Au contraire, ils font la queue pour offrir des services à ceux qui n'ont pas de banque dans l'espoir que les pauvres d'aujourd'hui deviendront les clients prospères de demain.

«Deux tiers de la population mondiale n'a pas accès aux banques traditionnelles», rappelle Muhammad Yunus.

À Halifax, des banquiers de la Deutsche Bank, d'ING, et le directeur de Banco Estado Chile, Jose Manuel Mena Valencia, ont participé lundi à un groupe de discussions sur la manière dont les grandes banques commerciales peuvent travailler dans le microcrédit.

Les banques commerciales sont actuellement de «petits joueurs» dans le microcrédit, mais elles «devraient être plus ambitieuses», a estimé Gera Voorrips, un spécialiste du microcrédit pour le groupe bancaire ING.

«Tout le monde devrait être accueilli comme un client par n'importe quelle banque», a-t-il ajouté.

Lassé des banquiers traditionnels, M. Yunus a créé sa propre banque, Grameen Bank, en 1983, qui a proposé des prêts à 6,6 millions de pauvres, principalement des femmes.

C'est la capacité de la banque Grameen à être remboursée qui a attiré l'attention de Citigroup et d'autres banques. Son taux de recouvrement des prêts est de près de 99 %, malgré des taux d'intérêts qui peuvent s'élever à 20 %.

Jusqu'à maintenant la banque Grameen a prêté 5,7 milliards de dollars, dont 5,1 milliards ont été remboursés.

Citigroup, qui a gagné cette somme en un trimestre, pense pouvoir utiliser son expertise avec les institutions de microcrédit pour constituer une future base de clients.

La banque américaine et sa filiale au Mexique Banamex ont levé 70 millions de dollars sur les marchés financiers au cours des dernières années pour Compartamos, le plus grand spécialiste de microcrédit en Amérique latine.

«Ils ont de très bons résultats en matière de remboursements. Il y a une population ignorée qui devrait bénéficier de services de la part du secteur financier», a expliqué M. Annibale.

Citigroup s'est joint à des projets de microcrédit notamment au Bangladesh, en Inde, en Indonésie, au Mexique, au Pérou et en Roumanie.