Bush veut défendre l'automobile américaine

Le président américain, George W. Bush, et Dick Cheney ont accueilli dans le bureau ovale les chefs des trois grands constructeurs automobiles américains, Rick Wagoner, Alan Mulally et Tom LaSorda. Le président Bush a défendu l’industrie sans anno
Photo: Agence Reuters Le président américain, George W. Bush, et Dick Cheney ont accueilli dans le bureau ovale les chefs des trois grands constructeurs automobiles américains, Rick Wagoner, Alan Mulally et Tom LaSorda. Le président Bush a défendu l’industrie sans anno

Washington — Le président George W. Bush a affirmé hier son engagement à faire en sorte que l'industrie automobile nationale soit «aussi dynamique et solide que possible», à l'issue d'entretiens avec les patrons des trois grands constructeurs américains en crise.

M. Bush a indiqué que lors de sa prochaine tournée en Asie, il insisterait auprès des partenaires des États-Unis pour des relations commerciales équitables. «Mon message à l'adresse de nos partenaires commerciaux, c'est traitez nous de la même manière que nous vous traitons. Nos marchés sont ouverts à vos produits, et nous attendons que vos marchés soient ouverts aux nôtres, y compris nos automobiles», a-t-il dit dans le Bureau Ovale après environ une heure de discussions avec Rick Wagoner (General Motors), Alan Mulally (Ford Motor) et Tom LaSorda (Chrysler Group).

M. Bush, qui quittait hier soir Washington pour l'Asie et le 14e Forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC) les 18 et 19 novembre à Hanoï, devait rencontrer le nouveau premier ministre japonais Shinzo Abe le 18.

Les patrons des constructeurs américains plongés dans le rouge par la concurrence japonaise et les coûts sociaux se plaignent de la sous-évaluation notoire selon eux de la monnaie nippone. Ils rencontraient aussi M. Bush, non pas pour demander un renflouement de leurs compagnies, mais obtenir son aide face au coût exorbitant selon eux des charges patronales. La couverture santé de leurs salariés coûte 1000 $US par véhicule construit, plus que l'acier, disent-ils.

«Les fabricants automobiles jouent un rôle tellement important dans notre économie et un rôle vital pour l'emploi», a dit M. Bush. «Au gouvernement, nous trouvons les moyens de [...] faire en sorte que cette industrie soit aussi dynamique et solide que possible.»

«J'ai assuré à ces dirigeants que le gouvernement traitait le problème de l'augmentation du coût de la couverture santé à travers toute une série d'initiatives qui, je crois, à la longue, feront une différence considérable», a-t-il dit. Comme prévu, il n'a cependant annoncé aucune nouvelle mesure concrète.

Rick Wagoner, Alan Mulally et Tom LaSorda étaient demandeurs de cette réunion depuis quelques mois mais la Maison Blanche l'avait repoussée à plusieurs reprises. Ford a perdu sept milliards sur les neuf premiers mois de l'année, GM trois milliards et Chrysler, qui fait partie du groupe germano-américain DaimlerChrysler, 1,16 milliard de dollars sur le seul troisième trimestre. Ford et GM sont en train de supprimer près de 75 000 emplois et fermer plusieurs usines en Amérique du Nord.

Les p.-d.g. des trois groupes, surnommés les «Big Three», ont surtout été particulièrement piqués par une petite phrase lâchée par George W. Bush en début d'année selon laquelle ils devaient faire un «produit plus attirant» pour séduire les acheteurs et les convaincre de se tourner vers eux plutôt que vers les voitures japonaises et européennes.

Ils ne venaient cependant pas demander d'argent «et l'administration a dit clairement qu'ils n'en obtiendraient pas», souligne George Magliano, analyste chez Global Insight. «Les constructeurs [américains] affirment qu'ils ne veulent pas bénéficier d'un traitement spécial mais tout ce qu'ils demandent revient en fait à obtenir un tel traitement», affirme Peter Morici.

MM. Wagoner, Mulally et LaSorda veulent mettre en avant leurs efforts pour commercialiser des véhicules économes en carburant utilisant la technologie hybride (électricité/essence) pour répondre au souhait du président Bush de «briser la dépendance des Américains vis à vis du pétrole».

Ils se sont aussi plaint des énormes coûts sociaux qu'ils assument et qui sont, selon eux, ce qui les pénalise le plus face à la concurrence. GM, le premier constructeur automobile américain et mondial, dépense cinq milliards de dollars par an en prestations sociales. Il est le premier assureur maladie aux États-Unis où il n'existe pas de système universel, la charge de la couverture étant partagée entre employeurs et employés.

GM, Ford et Chrysler devaient aussi évoquer les droits de douane sur les importations d'acier et la sous-évaluation, aux yeux de Rick Wagoner au moins, du yen, la devise japonaise. Plus de 60 % des voitures japonaises vendues aux États-Unis sont toutefois fabriquées dans le pays, ce qui retire quelque peu de poids à l'argument de la concurrence déloyale soulevé par les «Big Three».

Les constructeurs japonais emploient dans leurs usines américaines une main d'oeuvre beaucoup plus jeune et n'ont pas concédé les avantages sociaux que GM, Ford et Chrysler ont accordé à leurs employés, actifs et à la retraite.