OMC: le Canada est prêt à se rabattre sur l'Asie

David Emerson, le ministre canadien du Commerce international
Photo: Agence Reuters David Emerson, le ministre canadien du Commerce international

Le Canada se dit prêt à se rabattre sur un éventuel projet de libéralisation des échanges avec l'Asie en cas d'échec à l'OMC.

Le premier choix des Canadiens demeure sans conteste la conclusion d'une entente à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), a déclaré hier en conférence de presse téléphonique d'Hanoï, au Vietnam, le ministre du Commerce international, David Emerson. «Mais il nous faut un plan B. Nous ne pouvons tout simplement pas rester assis et présumer que le cycle de Doha fonctionnera.»

Ce plan B serait la réanimation du rêve porté par le Forum de coopération économique en Asie-Pacifique (APEC), dont le Canada est membre, avec 20 autres pays, et qui tiendra sa réunion annuelle des chefs d'État et de gouvernement, samedi et dimanche, à Hanoï. «Lorsqu'on regarde nos habitudes de commerce et l'endroit dans le monde où les chances de croissance sont les plus grandes, on voit que l'APEC représente sans doute la meilleure solution de rechange», a-t-il déclaré au terme d'une journée de rencontres bilatérales avec des homologues.

Fondé en 1989 et regroupant 21 pays bordant l'océan Pacifique, dont le Canada, les États-Unis, la Chine, le Japon, l'Australie, l'Indonésie, la Russie, le Chili et le Mexique, l'APEC n'a donné jusqu'à présent que de maigres résultats, de l'avis des experts. Théâtre d'un foisonnement d'ententes commerciales régionales et bilatérales, la région n'a fait que s'éloigner, plutôt que de se rapprocher de l'établissement d'une éventuelle zone de libre-échange. Des voix au sein des communautés d'affaires réclament aujourd'hui que l'on redonne la priorité à cet objectif.

Les négociations à l'OMC, quant à elles, ont été suspendues indéfiniment cet été. Il reste peu d'espoir qu'une entente soit conclue avant que le président Bush ne perde en juillet les prérogatives qui lui permettent de négocier à sa manière (communément appelées «fast track») et qu'un Congrès américain en proie aux démons du protectionnisme a peu de chances de lui renouveler.

L'un des objectifs déclarés de la réunion de l'APEC à Hanoï est de lancer un appel au sauvetage du cycle de Doha. Le fait de réentendre des voix prôner le libre-échange entre des États d'Amérique et d'Asie convaincra peut-être certains pays qui ne font pas partie de l'APEC de laisser tomber leurs objections contre l'OMC et de permettre une conclusion rapide du cycle de Doha, a espéré David Emerson. «Il n'y a pas de doute dans mon esprit que, pour le Canada, plus le cadre des règles commerciales est large et multilatéral, meilleur il est.»

Il s'est dit convaincu que les États-Unis partagent la même opinion et qu'ils continueront à le faire en dépit de l'élection d'une nouvelle majorité démocrate réputée plus protectionniste. «Personnellement, ça ne m'empêche pas de dormir la nuit», a-t-il dit à propos de la menace d'une multiplication des conflits commerciaux entre le Canada et son imposant voisin. «La réalité est que le Canada est le principal marché d'exportation de 38 des 50 États américains. Le traitement de certains dossiers pourrait subir quelques retards a-t-il admis. Mais je crois que le Congrès américain et le peuple américain en général restent généralement attachés au maintien d'un cadre de règles commerciales multilatérales.»

Quoi qu'il dise sur sa préférence pour les règles commerciales multilatérales, le ministre Emerson n'a pas manqué de se féliciter de la signature, hier, d'un nouvel accord bilatéral sur la protection et la promotion des investissements étrangers (APIE) avec le Pérou. Il en a profité pour rappeler que le Canada aimerait bien relancer les négociations d'un accord de libre-échange avec le Pérou, l'Équateur et la Colombie. Il aimerait aussi faire de même avec Singapour, alors que des négociations sont déjà en cours avec la Corée du Sud.